All I Need to know about Filmmaking I Learned from The Toxic Avenger

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Vous ne savez pas quoi cuisiner ? Pourquoi pas un délicieux bol de vomi accompagné d’une soupe de gore, avec une pincée de sexe ? La recette ? Lloyd Kaufman vous la livre dans son premier bouquin.

 

Quel fantasticophile ne connaît pas Lloyd Kaufman ? Créateur de la mythique firme Troma, cela fait plus de trente ans qu’il offre aux plus déments leur dose de gore, de sexe et de liquides fécaux, le tout dans la joie et la bonne humeur. The Toxic Avenger et ses suites, Terror Firmer, Poultrygeist ou encore Sgt. Kabukiman N.Y.P.D sont de bons exemples tromesques, chacun de ces films offrant le maximum au spectateur avec le plus petit budget possible. L’art du système D, permettant au studio de se créer une fanbase à travers le monde ainsi que quelques fans parmi certains réalisateurs aujourd’hui bien implantés, leur montrant la voie à suivre dans le domaine du cinéma indépendant. Sans les aventures nauséabondes de Toxie dans The Toxic Avenger, aurions-nous eu Bad Taste de Peter Jackson ? Peut-être pas. Le succès de Troma n’est visible que par quelques adeptes, principalement américains (la sauce toxique Troma n’a jamais vraiment pris en France), ne permettant pas à la firme créée par Kaufman et Michael Herz de se faire une place au soleil sur un lit de dollars, mais ils ont au moins le mérite de faire partie du décor depuis bien longtemps maintenant. Ce qui est suffisant pour qu’un éditeur demande à ce lutin malicieux de Lloyd d’écrire un bouquin sur l’art et la manière de faire un film indépendant sans le sou. Ce que le réalisateur de Tromeo & Juliet fera à sa façon…

 

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Kaufman est un rebelle, un vrai. Le genre de mec qui va chier dans son assiette avant de la manger pour en relever le goût. Cela ne surprendra donc personne si je vous dis que ce All I need to know about filmmaking I learned from The Toxic Avenger (je n’écrirai pas le titre à chaque ligne…) part dans tous les sens. Autant le dire de suite : si vous comptez acheter ce livre pour pouvoir obtenir des trucs et astuces applicables sur le film de potes que vous êtes en train de tourner dans le jardin de papy et mamy, laissez-tomber. Vous n’apprendrez pour ainsi dire rien, ou tout du moins pas grand-chose. Bien sûr, vous aurez quelques conseils, du genre « lors d’une scène d’écrasement de tête, utilisez un melon » ou « virez les acteurs qui vous font chier, quitte à passer pour un tyran », mais ce n’est clairement pas ce qui intéresse Kaufman. Il l’avoue lui-même lors des nombreuses retranscriptions de ses dialogues avec son éditeur, expliquant qu’un manuel sur la création d’un film à petit budget sera bien chiant. Du coup, le pape du gore bon marché se rabat sur une historique du studio Troma, véritable autobiographie entrecoupée de tout et n’importe quoi, avec une vanne toutes les trois lignes. Du coup, le livre s’adresse avant tout aux fans de la firme et à ceux qui aiment le cinéma indépendant, voire aux amateurs d’humour scato. Et, je vous le donne en mille, dans la crypte on aime bien tout ça.

 

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Sorti en 1998, ce premier bouquin de lord Kaufman s’attarde donc sur l’historique du monsieur et de sa firme, des débuts dans la sexy comedy au milieu des années 90 avec la sortie de Tromeo & Juliet. Tout est passé au crible, chaque difficulté, les rares bons moments, la création du dessin-animé The Toxic Crusader, les mésaventures de l’écriture du livre et même un touchant passage sur le cancer du sein qui a touché la femme de Kaufman. S’intercalent entre tout ça, tels des intrus, quelques tips et explications sur le monde du cinéma, une bonne occasion pour l’auteur de tirer à boulets rouges sur les gros studios. On le sait, Kaufman ne les aime guère et ne manque jamais de leur chier à la gueule et il ne fait aucun doute que certains ont du se sentir mal assis à la lecture du livre. New Line, par exemple, la firme créatrice des Freddy et du Seigneur des Anneaux enculant Troma, et sans vaseline. Disons-le aussi franchement que possible : à la lecture du livre, on n’a qu’une envie: supporter le cinéma indépendant et cesser d’acheter les films de Warner, la Fox ou Universal. Malgré ce fait, il faut avouer que le père Lloyd a tendance à en faire trop et que sa paranoïa nous fait parfois douter de la véracité de ses dires. Persuadé que tous les studios et conglomérats s’unissent pour tenter de faire tomber Troma, il tire l’alarme en permanence. S’il ne fait aucun doute qu’ils ne doivent pas apprécier outre mesure le cinéma indépendant, il est tout de même peu probable qu’ils voient en Troma une horrible menace. Enfin, jusqu’à ce livre du moins…

 

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Le plus intéressant dans ce bouquin ? Les anecdotes fournies par Kaufman. Car en une vingtaines d’années (à l’époque de la sortie du livre, il faut désormais en rajouter quinze), Troma aura vécu bien des mésaventures, des arnaques ou des rires incroyables. Cascade ratée à cause de Kaufman et Michael Herz sur Troma’s War, jeunes filles qui refusent de se déshabiller sur Squeeze Play, l’actrice principale de The Toxic Avenger 2 qui ne se pointe pas sur les lieux du tournage, toutes ces histoires constituent le sel du livre, le petit piment qui le rend explosif. Toutes ces déconvenues sont le lieu commun du cinéma, surtout indépendant, car fait de bric, de broc, mais aussi et surtout de la volonté de tous. Une volonté qui n’est pas toujours présente, au grand désarroi d’un Kaufman parfois tyrannique (voir Poultry in motion, le documentaire sur le tournage de Poultrygeist, pour se convaincre que si l’homme semble charmant et drôle en civil, il peut être d’une incroyable dureté une fois la casquette de réalisateur posée sur son crâne). Le titre du livre semble mal choisi et aurait mieux fait de se nommer quelque-chose comme « The Troma’s Story, a life of blood, vomit and boobs », ce qui aurait évité de décevoir les quelques personnes qui ont acheté le livre en espérant y voir un manuel du cinéaste amateur. Se rendant compte que son premier bouquin n’a pas répondu à une demande importante, Kaufman se lancera dans une série de livres qui répareront son erreur: Make your own damn movie, Direct your own damn movie , Produce your own damn movie et  Sell your own damn movie. A priori de quoi répondre à toutes les questions… A condition de savoir lire l’anglais, tous ces livres n’étant pas traduit en français. Et oui, fallait pas en espérer trop… Mais rassurez-vous, c’est aisément compréhensible.

 

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Sans surprise, l’ouvrage est préfacé par Roger Corman, le dieu du tournage à l’économie et véritable père spirituel de Kaufman, qui deviendra à son tour le père spirituel de beaucoup. James Gunn, notamment, le réalisateur des très bons Slither (Horribilis en français) et Super ayant fait ses débuts en tant que scénariste pour la firme aux déchets toxiques. Amusant de constater que Troma peut finalement mener à tout, Gunn travaillant en ce moment sur Guardians of the Universe, une énorme production, sorte d’Avengers-bis. Comme quoi, des plateaux avec du papier cul en guise d’effet spécial à ceux des gros studios, il n’y a qu’un pas. Et Gunn n’est pas la seule personne à avoir fait ses débuts chez Troma, Billy Bob Thornton, Samuel L. Jackson ou Michael J. White (le Spawn en personne dans l’adaptation ciné des années 90) ayant tous fais leurs premiers pas d’acteurs pour Troma. Une preuve supplémentaire de la place importante que tient la firme dans le monde actuel. Une alternative jouissive, ne subissant pas les lois des grands studios, un monde de liberté absolue que l’on doit à Kaufman et Herz (en retrait dans le livre, à sa demande). Alors qu’on aime ou pas Troma, il faut leur apporter du support, car bordel, que le monde serait triste sans eux.

Rigs Mordo

 

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  • Auteur(s): Lloyd Kauffman, James Gunn
  • Editeur: Troma Entertainment, Penguin Group
  • Pays: USA
  • Année: 1998

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