Make/Direct/Produce/Sell Your Own Damn Movie !

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S’il faut généralement plusieurs années à Lloyd Kaufman pour nous offrir un nouveau Troma pur et dur, il met par contre nettement moins de temps pour écrire ses livres. La preuve: il en a sorti quatre entre 2003 et 2011. Mais sont-ils tous indispensables ? C’est ce que nous allons voir ensembles à travers ce petit guide, les affreux !

 

Les fans de films d’horreur, les bisseux, les fantasticophiles,… Sous ces différentes appellations se cachent en fait les mêmes personnes, hommes ou femmes, tous et toutes passionné(e)s par le cinéma d’épouvante. Des amoureux dévoués aux arts sombres, au gore et à tous ce qui touche de près ou de loin leur passion. Des collectionneurs qui n’hésiteront pas à manger des pâtes pendant trois mois si ça peut leur permettre d’avoir tous les DVD sortis dernièrement et toute une gamme de figurines. Des fidèles qui pensent souvent à apporter leur pierre à l’édifice gothique et suintant, comme le prouvent ces millions de courts-métrages ou série Z confectionnées par des amateurs du genre. On voit rarement des fans de films romantiques ou de comédies en faire de même, se payer un petit film juste pour l’amour du gore et du fun. Il n’y a guère que chez les bisseux que l’on peut voir une aussi grande envie de participer, non pas pour entrer dans la cour des grands, mais juste pour rendre hommage à un genre qui leur apporte tant. Mais qui pour les guider dans leurs premiers pas ? Pour leur tenir la main lors du casting, pour leur expliquer comment exploser un crâne sans avoir à tuer son acteur principal, pour ne pas se fâcher avec les voisins lorsque vous tournez votre film de loup-garou mutant ? Lloyd Kaufman, bien entendu, la malicieuse légende de la série Z faisant cela depuis des lustres…

 

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On vous avait déjà parlé des écrits du monsieur via son premier livre au titre incroyablement long: All I Need to know about filmmaking I learned from the Towic Avenger: the shocking true story of Troma studios. Un ouvrage amusant, véritable autobiographie de Kaufman et de son légendaire studio qui nous offrit quelques jolis brûlots de gore et d’humour comme Toxic Avenger ou Terror Firmer. Souvent drôle, le livre contenait un maximum d’anecdotes et était plus que satisfaisant pour un fan de la firme toxique qui avait là de quoi s’en mettre plein la gueule. Mais le livre était aussi prévu pour être un guide pour les réalisateurs amateurs désireux de faire leur petit film d’horreur dans leur coin, avec les moyens du bord et bien entendu peu ou pas d’argent. Et c’est là que le bas blessait, Kaufman n’étant visiblement pas intéressé par cet aspect du bouquin, jugeant que la lecture d’un tel manuel serait ennuyeuse qu’il serait préférable mettre en avant sa personnalité, histoire de déconner. Mais il comprit assez vite que la demande pour le manuel en question était suffisamment importante pour qu’il retourne sa veste et se mette en tête de satisfaire les réalisateurs en herbe. Après tout, s’ils doivent écouter des conseils, autant que ce soit les siens puisqu’il est le dieu du film à petit budget et du système D. Kaufman va tellement bien s’acquitter de sa tâche qu’il ne va pas écrire un livre mais quatre sur le sujet ! Tous en anglais, bien entendu, n’espérez pas voir un éditeur français nous les traduire… Valent-ils tous le coup ? Sont-ils complémentaires ? C’est ce que nous allons voir ensembles…

 

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Make your own damn movie !

 

Edité par St. Martin’s Griffin (je sais, vous connaissez probablement pas et ça vous fait une belle jambe de le savoir, mais bon, autant le dire quand même), ce deuxième livre de Kaufman est donc là pour réparer l’erreur du premier, qui sera dés lors considéré comme la biographie du studio. Ce qui ne veut pas dire que Make… est si diffèrent que cela du premier opus, au contraire. Car Kaufman continue de sortir des brouettes d’anecdotes, comme s’il en pleuvait. Il faut dire qu’en plus de trente ans (à l’époque du livre, maintenant c’est plutôt quarante), il en a vu, et des belles ! On a donc droit à notre lot d’histoires rocambolesques, émaillant les conseils du pape du cinéma gore indépendant. Car oui, Kaufman nous donne des conseils, entrant plus en profondeur dans le sujet que dans son premier ouvrage. On sent qu’il y rechigne toujours un peu, persuadé que les lecteurs sont là pour ses blagues, mais il y a un gros effort de fait. Il passe en revue les étapes de production d’un film, de la levée des fonds jusqu’à la phase de marketing en passant par le choix du casting, la sécurité lors des cascades, les assurances, trouver des lieux de tournage, les petits trucs pour les effets spéciaux, la scénarisation et le montage. Un tour d’horizon complet des problèmes que rencontreront les bisseux désireux de tourner leur première péloche avec des zombies, des filles nues et des monstres.

 

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Kaufman ayant visiblement beaucoup à faire (ou alors il a du mal à écrire), le patron de Troma fait bien entendu appel à d’autres pour l’aider. Dans le premier livre, c’était James Gunn (Slither) qui avait cette lourde tâche, ce sera cette fois Adam Jahnke (qui gravite autour de Troma depuis le début des années 2000) et Trent Haaga qui seconderont le réalisateur lubrique et fou. Qui est Trent Haaga ? Une petite figure du cinéma Z puisqu’il a joué dans un grand nombre de films indépendants et est surtout connu pour incarner le clown tueur des Killjoy, des productions Full Moon. Il vient souvent compléter ce que Kaufman raconte et se charge de ce qui semble emmerder ce dernier, c’est-à-dire des questions plus techniques, comme le choix de la caméra. Ce qui leur vaut d’ailleurs une belle engueulade au milieu du livre, retranscrite pour que les lecteurs profitent de leurs insultes. Reste que la présence de ces deux jeunes (enfin, à l’époque du moins) permet au livre de garder un certain équilibre entre ce que l’on apprend et ce qui nous fait rire. Make your own damn movie ! est donc un bon complément au premier livre et devrait satisfaire ceux qui espèrent y piocher quelques trucs et astuces tout en se marrant comme des baleines. Recommandé, donc, même si certaines pages sont écrites blanc sur noir, ce qui peut faire fondre les yeux…

 

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Direct your own damn movie !

 

Direct… entame une nouvelle série de livres, pour le moment au nombre de trois, édités chez Focal Press. Le but est de faire des manuels plus courts et concentrés sur un sujet précis, cette fois la réalisation. Le problème, c’est que la majorité de ce qui est évoqué dans ce premier volume a déjà été traité dans Make… Ecrire le script, constituer le casting, faire les effets spéciaux, gérer la post-production,… Tout ça, on l’a déjà vu dans le précédent effort, rendant ce Direct… moins nécessaire… Ce qui ne veut pas dire qu’il est inutile, Kaufman allant plus en profondeur sur certains sujets, notamment sur le relationnel avec ses acteurs ou sur l’importance d’avoir un bon planning. Il s’offre également quelques caméos de luxe, certains de ses amis venant prodiguer quelques conseils, comme Stuart Gordon, Eli Roth, son vieil ami James Gunn ou encore William Lustig. Toujours aussi agréable à lire grâce aux petites piques et aux gags de Kaufman, qui par ailleurs continue toujours autant de sabrer les gros studios, qu’il ne porte décidément pas dans son cœur. Un refrain connu et que vous allez manger à toutes les sauces, chaque livre y ayant droit, voire même chaque chapitre. Reste que ce Direct… est peut-être le moins nécessaire si vous avez déjà Make…

 

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Produce your own damn movie !

 

La route vous menant à la connaissance absolue de la création d’un film indépendant continue avec Produce…, qui s’attardera plutôt sur le plan financier que sur le coté artistique. Kaufman nous propose donc un tour de la production d’un petit film avec des arrêts sur les modèles de promotions, sur l’utilité des écoles de cinéma, les pré-ventes de votre film ou encore trouver une musique en adéquation avec votre œuvre. Un livre qui apporte donc un peu d’inédit et pose des questions plus en rapport avec l’argent et comment rentabiliser au maximum le peu que vous avez. Encore une fois, Kaufman donne la parole à d’autres pros du petit budget, comme le légendaire Roger Corman, Avi Lerner (producteur des Expendables) ou le désormais habituel James Gunn. Comme Direct…, nous avons un livre globalement plus sérieux (pour du Lloyd Kaufman, car il y a toujours 3045 vannes par chapitre), bourré d’informations, de définitions, d’entretiens intéressants. On apprend pas mal sur la production et on saisit un peu mieux les différents rôles et postes que l’on voit aux génériques de nos films préférés. On reprochera tout de même quelques pages présentes pour gonfler inutilement le bouquin et atteindre le nombre obligatoire de pages, comme lorsqu’on se tape 15 pages de screenshots de la page IMDB de Kaufman. De même, les notes de bas de page blindées de private joke pouvaient être amusantes dans Direct… mais commencent à devenir lourdingues et envahissantes ici… Ce qui n’empêche pas Produce… d’être l’un des plus intéressant de la sélection et un bon livre pour saisir un peu mieux le système de production américain…

 

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Sell your own damn movie !

 

Le petit dernier, centré sur tout ce qu’il se passe une fois que votre putain de film est terminé. Ben oui, Kaufman vous a expliqué comment venir à bout de votre petite œuvre d’art mais vous ne savez pas quoi en faire, maintenant. Sell… va donc vous faire un petit topo des possibilités qui s’offrent à vous et des manières de trouver une distribution. Ce nouveau tome est dans la même lignée que le précédent, c’est-à-dire plus terre-à-terre et sérieux, avec beaucoup plus d’informations que par le passé. Kaufman semble d’ailleurs moins à l’aise sur le sujet puisqu’il laisse sa place à d’autres (comme Oren Peli, réalisateur/producteur des Paranormal Activity) dans des interviews très longues et blindées d’explications. Un dernier livre assez centré sur les festivals, le meilleur moyen de se faire remarquer, ce qui permet à Kaufman de meubler avec plusieurs listes d’adresses et un répertoire des conventions. Bien pratique pour ceux qui aimeraient faire un peu de promo auprès d’un public déjà acquis à sa cause… De tous les livres de Kaufman, c’est sans doute celui qui vous apprendra le plus de choses, ce qui rend sa lecture plus compliquée car, pour rappel, le tout est en anglais et cette fois d’un niveau plus élevé que « le melon est le fruit parfait pour faire un crâne qui explose ». Mais si vous décidez de vous accrocher, l’effort peut valoir le coup…

 

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Bref, vous l’aurez compris, ces livres sont très intéressants et contiennent des astuces et des informations importantes. Le problème, c’est qu’ils s’adressent avant tout aux américains… Le système de production aux USA est sensiblement diffèrent de celui que nous avons en France et Belgique, pays dont vous êtes probablement issus si vous lisez ceci. Par contre les québécois ont encore une chance ! Mais pour les autres, il faut bien avouer que les bouquins du père Kaufman ne vous seront que d’une utilité toute relative. Bien sûr, certaines astuces sont ici universelles, comme les trucages gores, la manière de se comporter avec son équipe ou lorsqu’il s’agit de se trouver un endroit pour filmer. Mais concernant la distribution, voire même la production, c’est une autre paire de manche, car s’il est possible (mais difficile) de se faire remarquer avec une petite bande fauchée et même de la voir sortir dans les magasins aux Etats-Unis, c’est quasiment mission impossible en France, pays pas franchement branché série Z. Il faut donc savoir ce que vous recherchez dans ces livres, si c’est des anecdotes humoristiques, c’est Make… qu’il vous faut. Pareil si vous voulez apprendre à faire un film dans votre coin, vous pouvez à la rigueur y adjoindre Produce…, peut-être Direct… si vous êtes collectionneur. Enfin, Sell… s’adressera avant tout à ceux qui veulent découvrir les coulisses, quand bien-même cela ne les concernera pas réellement. Dans tous les cas, ces manuels de Kaufman valent le coup et se lisent d’une traite, prouvant que le père de Toxie manie aussi bien la plume que les gerbes, qu’elles soient de sang ou de vomis !

Rigs Mordo

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