Slime City Massacre

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Vingt-deux ans après son Slime City (1988), Greg Lamberson a toujours le nez qui coule. Et c’est dans nos écrans qu’il se mouche et laisse dégouliner quelques nouveaux litres de morve, nous abandonnant sur les genoux une suite plutôt digne de son film le plus célèbre. Digne en cela que Slime City Massacre (2010, donc) perpétue le style visuel du premier-né de la saga et s’en retourne aux immeubles abandonnés, à cette sensation de fièvre perpétuelle et ce mélange entre gore gélatineux et cultes obscurs.

 

 

Le rhume du poto Gregory ne s’en va certes pas, mais ses amitiés et fidélités non plus. On l’avait vu via son Slime City, le bonhomme y avait très à coeur de fortifier une communauté d’esprit partagée avec les autres barons du crado de l’époque, reprenant styles, humeurs (dans tous les sens du terme) et même noirceur des auteurs de mouchures comme Toxic Avenger, Brain Damage ou Street Trash. Roy Frumkes, réalisateur de la célèbre biture acide, fut d’ailleurs le professeur de cinéma de Lamberson lorsqu’il en était encore à dessiner des bites dans ses cahiers d’école. L’un dût éternuer sur l’autre et lui refiler le virus de l’horreur poisseuse… Quoiqu’il en soit, de retour à la mise en scène en 2010 (même si on a tendance à oublier que Lamberson n’arrêta jamais vraiment et livra par exemple New York Vampire et Naked Fear), le New Yorkais chante à nouveau ses sympathies, quitte à les appuyer plus que par le passé. Voire un peu trop. Cela débute par une explosion nucléaire pulvérisant Lloyd Kaufman, cela continue plus loin avec la découverte d’un panier dans lequel pourrait fort bien se cacher un certain Belial de Basket Case, et dans l’osier duquel on retrouve finalement un tas d’épinard à la crème où trempe une bouteille de Tenacious Viper, gnôle terrible de Street Trash qui renvoie le plus costaud des bidons de Destop au statut de banale eau de robinet. Du fan-service pur et des clins d’oeil envoyés avec la grâce d’un hippopotame nourri à l’hydromel russe, mais après tout Slime City Massacre ne sort de sa bouche d’égout que pour humidifier les yeux de quelques nostalgiques des années VHS et peut difficilement faire autrement que de verser dans la citation bête et méchante.

 

 

D’ailleurs, en bonne suite directe, ce retour à la cité de slime s’autorise tous les liens possibles et imaginables avec le premier volet, que l’on se remémore au travers d’un générique d’intro fait de peintures des séquences cultes du film. Après cela, on retrouve quelques noms connus, comme le gourou maléfique Zachary, alchimiste coupable il y a bien longtemps d’avoir transféré son âme dans un yogourt, passerelle de flan vers l’immortalité. On retrouve aussi sa chaude compagne de l’époque Nicole, sorte d’Elvira des squats nucléaires, ainsi que la brave petite-amie forcée, dans le premier film, de décapiter son copain possédé, cette fois dans le rôle d’une vieille fille tentant comme elle peut de survivre dans un monde plus apocalyptique que jamais. Car tout est allé de mal en pis dans l’univers de Slime City : après une grosse explosion, les quartiers les plus craignos de NY sont devenus le repaires de clodos sauvages, quelquefois cannibales, souvent habillés de sacs poubelles et armés comme des bouchers. C’est dans cette Grosse Pomme Pourrie que débarquent les vagabonds Alexa et Cory, en quête d’un toit pas trop fissuré sous lequel se poser quelques temps. Ils en trouvent un dans un vieux bâtiment en ruines, où séjournent aussi Mason et Alice (incarnée par notre vieille copine Debbie Rochon). Mason accueille avec joie Cory, force supplémentaire pour repousser les assauts des voisins les plus voraces, définitivement bienvenue lorsque l’on découvre que le nouveau-venu possède un trousseau de clés pouvant ouvrir une porte barricadée. Celle cachant la réserve de yaourts et de vinasse de Zachary, sur laquelle se jettent les deux couples, ignorant que plutôt que des bifidobactéries c’est les ectoplasmes de Zachary et ses membres qu’ils ingurgitent. S’en suivra une transformation en plusieurs étapes : d’abord la troupe se sentira huileuse, ensuite elle sera prise d’un grand rut puis de pulsions de mort, avant de se changer en monstre, parfois avec un vagin denté poussé sur le ventre. Ca c’est pour la Rochon, évidemment.

 

 

Pour ce qui est de la fidélité à la mythologie et du respect dû à son aîné (y compris dans des scènes en noir et blanc), Slime City Massacre frôle la perfection en n’oubliant aucune caractéristique qui fit le succès de l’original, et surtout pas son gore franc de la serpette. Au rez de chaussé du bâtiment, des crocs qui viennent de pousser sur un bide arrachent un pied et une jeune demoiselle crache un jet visqueux au visage d’un agresseur potentiel. A l’étage, Debbie a fondu et n’est plus qu’une flaque de mucus dans une baignoire, et lorsqu’elle se reforme, la chatte acérée qu’elle a sur le torse avale un mec. Plus loin on s’échange des coups de hachoir et on fracasse des crânes. Dans un ultime hommage au premier film, des cerveaux multicolores, carnassiers eux aussi, s’échappent des boîtes crâniennes. Et si on a encore le temps, on plante des tessons de bouteilles dans des orbites. Le cirque du soleil déplacé dans les sous-sol d’une usine désaffectée, pour dire les choses clairement. Là où Lamberson varie par rapport à ses débuts, c’est dans la perte de cette sensation de fièvre qui vous collait jadis à la peau, Slime City premier du nom étant de ces films qui vous donnaient réellement l’impression d’être malade et coincé au lit avec un 38 de fièvre, à boire du sirop dégueulasse en crachant vos poumons à l’autre bout de la pièce à chaque respiration. Dans Massacre, on a à peine la gorge qui grattouille. La faute avant tout à un équipement plus moderne, le digital apportant une clarté que n’avait pas Lamberson auparavant. Difficile, il est vrai, de retrouver la patine des débuts après deux décennies… Du coup, son méfait du jour semble trop solaire, trop chaud pour la recherche de crasse qu’est la sienne. Pas sûr non plus qu’une bande-son versant parfois dans le rock et la présence, même furtive, de Lloyd Kaufman, personnage de cartoon à lui tout seul, aident l’atmosphère générale… Notez que je chipote et qu’il n’y a pas lieu de parler de déception : pour ce qu’il est, c’est à dire un Z pur et dur, Slime City Massacre allie rythme, dynamisme de groupe, comédiens plutôt corrects (certains marmonnent un peu trop, mais on a connu pires interprètes) et générosité dans le sang, les mutants et la confiture aux reines-claudes. On espérait juste ce petit rien d’âme qui aurait fait la différence.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Greg Lamberson
  • Scénario: Greg Lamberson
  • Production: Greg Lamberson, Marc Makowski
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jennifer Bihl, Debbie Rochon, Kealan Patrick Burke, Lee Perkins
  • Année: 2010

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