The Ripper (L’Eventreur)

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Si The Ripper (1985) est vaguement connu, c’est défavorablement pour s’être vendu sur la présence du gore wizard Tom Savini dans le rôle de Jack l’éventreur alors que notre ami moustachu n’apparaît en tout et pour tout que cinq minutes à l’écran. Dix ans plus tard, le maquilleur de génie s’excusait toujours à genoux auprès de ses fans ayant déboursé quelques dinars pour le voir si peu à l’action. Ceux-là furent effectivement très surpris de se retrouver avec un bon vieux shot-on-video des familles dans les pognes. Peut-être les moins marris aussi avaient-ils compris que sous la déception de l’absence du père Savini se cachait une petite incision plus charmante qu’il n’y paraît.

 

 

Il n’est d’ailleurs pas gêné, le Savini, lui qui récupéra tout de même 15 000 dollars pour un travail d’une nuit, petit pactole ôté à un budget de 75 000, ce qui faisait mathématiquement du Tommy le grand gagnant de l’opération. Car on doute qu’il se fit des couilles en or avec The Ripper, le Christopher Lewis réalisateur de la chose, alors un tout jeune débutant dont les premiers pas derrière la caméra se firent la même année via le slasher sectaire Blood Cult, et qui insistera dans la profession quelques temps avant de se volatiliser dans les années 90, entre deux documentaires. Alors les larmes de crocodile d’un Savini pris de regrets une fois le chèque encaissé, alors qu’il ne prêta que quelques heures de son temps à des auteurs sans le sou qui lui confient une large part de leur butin, ça va cinq minutes… D’autant que si l’on tient là la production la plus chiche auquel le faiseur de morts chez Romero ou à Crystal Lake a participé, elle n’est pas nécessairement la plus infamante des lignes de son CV. C’est du SOV, oui, et cela ressemble donc un peu au travail de fin d’étude d’un lycéen en option cinoche, avec sa prise de son que l’on jurerait sortie d’une boîte à grolles, ses comédiens trop raides et son image parfois floue. Mais c’est plutôt du bon SOV, pour lequel on s’est retiré les doigts de la raie et que l’on a tenté de travestir en véritable production. Pour preuve cette introduction nous ramenant dans le vieux Londres de la fin des années 1800, où un cocher raccompagne une gente dame chez elle à la nuit tombée, avant que le chirurgien des ruelles sombres ne quitte ses ombres pour lui ouvrir la gorge au scalpel. Pour un Z fauché, elle est pas mal cette reconstitution faite de calèche, de bruits de pas sur le pavé dur, de lampadaire laissant apparaître la silhouette sinistre du père Jack. On a même droit à un Big Ben du pauvre, qui ne trompera personne et certainement pas un Britannique, mais l’effort est là et vaut bien qu’on le salue.

 

 

Saut dans le temps, nous voilà désormais dans une salle de classe d’une fac de l’Oklahoma, où le professeur Richard Harwell donne un cours sur les crimes célèbres et leurs adaptations cinématographiques à une poignée d’élèves portés sur le bistouri. Dont le geek de l’horreur Steve, puits de science lorsqu’il s’agit du septième art buboneux, et la petite copine de ce dernier qu’est la jolie blonde Cindy. Pour sa part en couple avec la prof de gym Carol (Mona Van Pernis, un R qui saute dans le blase et rien ne va plus), Richard accepte de suivre sa dulcinée chez une antiquaire, où il tombe sur une bague ayant appartenu au Ripper en personne. Un bijou de retour tous les trois jours chez la vieille vendeuse, personne ne désirant le garder. Comme de par hasard, à chaque fois que quelqu’un en a fait l’acquisition, des meurtres de jeunes filles, retrouvées éventrées et la gorge avec une jolie aération, furent perpétrés. Richard étant un passionné de l’affaire Jack the Ripper, il s’offre l’anneau et se l’enfile, alors que la tuerie reprend de plus belle. Whodunit pour The Ripper ! Whodunit raté me dois-je d’ajouter, car en précisant dès la jaquette et le générique du début que Tom Savini incarne le tripatouilleur d’entrailles, le film nous prive également de toute surprise. On comprend donc très vite que Richard, dès qu’il porte la bagouze, devient possédé par l’âme immortelle du tablier de cuir et s’en va fendre de la chair féminine sous le sourire sadique d’un croissant de Lune. Whitechapel dans l’Oklahoma ! Et avec des résultats franchement satisfaisants question barbaque, les différents effets n’étant pas ridicules et les gros plans généreux sur les jeux de boyaux ne manquant pas, sans la sensation que Christopher Lewis ait trempé des saucisses de Francfort dans le gaspacho. Un bon point. D’autres suivront.

 

 

Comme une production value revue à la hausse depuis Blood Cult, qui ne disposait pour sa part que de 25 000 billets verts en caisse. 50 000 de plus, ça fait la différence et ça vous offre des décors variés, une explosion de voiture et la bouille de Savini pour jouer le découpeur de filles (et le bonhomme s’en tire bien tant qu’il n’ouvre pas la bouche, son regard amélioré de lentilles démoniaques faisant le taf). Encore une fois, après la horde de SOV se déroulant entièrement dans un trois pièces, cela met du baume au coeur. N’empêche que plus que les coups de surin bien placés et les tentatives de sonner pro, c’est la caractérisation qui nous cueille. Sans parler de gros travail dans le scénar, aux tracés prévisibles, on reconnaîtra que le quatuor de héros est des plus agréables. Les projecteurs sont évidemment braqués sur Richard, professeur fan fou d’épouvante, amoureux de Vincent Price, mais c’est la paire Steve/Cindy que l’on retiendra, petit couple de fiction crédible. Lui de par son côté nerd incapable d’avoir une discussion normale, qu’il fait automatiquement glisser vers des sujets morbides, elle de par son naturel et sa joie de vivre. On sera même attristés lorsqu’il leur arrivera de vilaines bricoles et que leur avenir prendra fin en même temps que s’abattra la lame du Ripper. Lewis n’atteint bien sûr pas le sans-faute et on lui reprochera par exemple de laisser courir ses scènes un peu trop longtemps, comme s’il voulait que The Ripper donne dans la tranche de vie plutôt qu’il tranche dans le lard. Mais vu les espoirs, faibles, placés dans la bobine avant de la lancer, on peut dire qu’on est très agréablement surpris par le sérieux et le coeur de l’entreprise.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Christopher Lewis
  • Scénario: Bill Groves
  • Production: Linda Lewis
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tom Schreier, Wade Tower, Andrea Adams, Mona Van Pernis
  • Année: 1985

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