The Uncanny

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Qui, du chat ou de l’homme, est le véritable maître ? Le spectateur profitant ou ayant profité de la présence des félins sait déjà que les chefs sont ces petits êtres caractériels, et n’a donc pas besoin de la production anglo-canadienne The Uncanny (1977) pour découvrir que nos foyers sont gouvernés par des tyrans à coussinets. Cela dit, la piqûre de rappel fait d’autant moins mal que l’on tient là un vrai bon film à sketchs (en opposition aux faux bons films à sketchs, plus fréquents que ce que l’on veut bien l’avouer) apte faire ronronner de plaisir les fans de la Amicus.

 

 

D’ailleurs, même si la firme anglaise n’est pas venue faire ses besoins dans cette litière, le cousinage entre les productions british et ce bâtard mi-québecquois mi-britannique saute aux yeux et s’explique par la présence à la production de Milton Subotsky, connu au pays de sa Majesté comme le producteur d’Asylum, Le Jardin des Tortures ou encore Le Caveau de la Terreur. Soit des productions Amicus. Brr… (oui, tel est le titre français de The Uncanny au Québec, vague tentative d’encrer le ronron des vils minets) scelle un peu plus les ressemblances avec son modèle du vieux continent en adoptant la structure de l’anthologie à trois chapitres et en faisant appel à Peter Cushing, Donald Pleasance et Ray Milland, tous trois des habitués, à des degrés divers, du gothique sur bobine. C’est d’ailleurs à Cushing de jouer au Monsieur Loyal, sans déguisement coloré et sans élever la voix cependant. Apeuré, murmurant constamment en regardant autour de lui comme si les murs menaçaient de s’effondrer sur sa tête dégarnie, presque crasseux, il incarne le spécialiste du bouquin complotiste Wilbur, dont les derniers travaux portent sur la sourde emprise du chat sur l’homme, persuadé que son animal lui tient compagnie alors qu’il en est l’esclave aveugle. Peut-être le futur éditeur d’un bouquin révélant la tyrannie aux longues moustaches, Ray Milland accueille le chercheur terrorisé dans son salon et l’écoute prouver ses dires par trois histoires espacées dans le temps. La première se déroule au départ des années 1900 et tire le départ d’une course à l’héritage, un jeune dandy bientôt sans le sou séduisant la femme de chambre de sa riche tante pour qu’elle mette la main sur le testament de la vieille bique, affaiblie par une crise cardiaque et dont la mort pourrait survenir à tout moment. Le jeune homme a de bonnes raisons de se presser, car Tata vient de le déshériter au profit des douzaines de chats avec lesquels elle vit. La pauvre bonne à tout faire écope donc de la mission impossible d’ouvrir le coffre fort, situé à deux pas du lit de la vioque, sans réveiller celle-ci. On vous le donne en mille, tantine a le sommeil léger et se réveille, forçant la soubrette à l’étouffer sous l’oreiller. Et à récolter dans le même temps le courroux des minous.

 

 

N’allez cependant pas croire que les chachats à leur mémère ont le goût pour la vengeance, car si The Uncanny nous apprend une chose c’est que ce qui est à l’homme leur appartient, et il en va de même pour toute fortune. D’ailleurs, affamés depuis plusieurs heures, ils n’hésitent pas à dévorer la viande morte de leur soi-disant maîtresse qui les aimait tant. Le plan de la découverte du cadavre grignoté est d’ailleurs le seul point réellement fort de cette première histoire, distrayante mais ne cherchant pas à être plus qu’une rampe de lancement pour une suite autrement plus aguichante. Cette suite sera d’ailleurs tragique, puisque l’on colle aux basques de la petite Lucy, dont les parents sont morts dans le crash d’un avion, drame poussant la gosse dans les bras de sa tante sévère, mère d’une petite peste nommée Angela dont le but dans la vie semble être de pourrir encore un peu plus l’existence de l’orpheline. Notamment en se débrouillant pour la priver de son chat noir chéri, sur le dos duquel on met toutes les gaffes faites par la fourbe Angela, et que l’on amène chez le vétérinaire dans le but de le faire piquer. En vain, car le cat est très blackmagic. La mère de Lucy pratiquait effectivement les arts noirs et conversait avec le Diable, et ce savoir ardent permettra à sa fille de se venger de sa vilaine cousine. On ne dira pas comment, car ça vaut le coup d’oeil en dépit d’effets spéciaux accusant leur âge.

 

 

Sachant peut-être déjà qu’il se conclura dans une noirceur presque totale, The Uncanny opte pour la farce sombre pour sa dernière partie, usant des talents humoristiques de Donald Pleasance. Des talents bien réels qu’on lui oublie souvent. Il tombe ici dans l’auto-parodie en incarnant un acteur de Série B à la Corman qui profite du tournage d’une nouvelle version de The Pit and the Pendulum pour liquider sa comédienne de femme, la star ayant remplacé une lame factice par une vraie. Maintenant que bobonne à le ventre bien limé, Pleasance peut profiter de son assistante, qui emménage et s’accapare la garde-robe de son ancienne patronne alors que la morte est encore chaude dans son cercueil. Seulement voilà : la défunte Madeleine avait un chat, et celui-ci n’apprécie guère que l’on vienne bouleverser ses habitudes avec une nouvelle épouse. D’autant que décidément détestable, Pleasance jette les petits de la chatte aux toilettes et tire la chasse sans plus de remords. Cela se payera dans le sang, mais aussi la gaudriole, le bon Donald tentant encore et encore d’attraper l’animal sans jamais y parvenir, le tout sous les notes de cabaret d’un piano rieur. Vous vous souvenez du duel de cordistes de Daffy Duck et Donald Duck dans Mais qui veut la peau de Roger Rabbit ? Eh bien vous y êtes. Pas de quoi en recracher une boule de poils, mais ça détend, l’humour étant suffisamment corrosif pour nous atteindre. Le grand final ne sourira pas du tout, lui, et pendant que Cushing récitait ses découvertes à un Milland peu convaincu, les chats du quartier le surveillaient, prêts à faire taire celui qui perça tous leurs secrets… The Uncanny n’en a aucun, lui, et met tout sur la table, qualités comme défauts (au rang desquels une certaine prévisibilité), comme toute bonne Série B qui s’assume et ne cache pas sa volonté de faire vivre encore un peu, et par procuration, le style Amicus. En ce sens, c’est très réussi.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Denis Héroux
  • Scénario: Michel Parry
  • Production: René Dupont, Claude Héroux, Milton Subotsky
  • Pays: Canada, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Peter Cushing, Ray Milland, Donald Pleasance, Joan Greenwood
  • Année: 1977

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