Demonwarp (Transmutation)

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Que faire lorsque l’on s’appelle Emmett Alston, que l’on a déjà réalisé quelques petites choses dont le pas trop mal New Year’s Evil, et que l’on a la chance de tourner une nouvelle série B en lieu et place d’un John Carl Buechler parti shooter le septième Vendredi 13 ? Un film de bigfoot ? Une bande de zombies ? Une invasion d’extraterrestres ? Comme il est trop dur de choisir, autant faire les trois à la fois ! Demonwarp (aka Transmutation, 1988) plante sa cuiller dans tous les plats et nous fourre le tout en bouche dans l’espoir que le tout soit digeste. Surprise, ça l’est plutôt.

 

 

Certains films défient si ardemment toute description qu’il paraît impossible d’en parler sans donner dans le spoiler bête et méchant. Alors allons-y gaiement, puisque vous voilà prévenus. Au départ de Demonwarp était donc une grosse boule de billard blanchâtre tombée du ciel et ayant atterri dans une forêt reculée des USA, pile sous le nez d’un prêcheur en promenade avec son âne. Habité par l’âme du petit Jésus, de la vierge qui ne l’était pas, du cocu Joseph, du bœuf et des rois mages et leurs cadeaux à la con, le cureton voit évidemment en l’apparition de cette sphère lunaire un signe que son Dieu existe bel et bien, et même qu’il est ouvert à la discussion. Coupure dans le montage, nous voilà désormais dans le salon d’un petit chalet avec George Kennedy, payé 15 000 dollars pour trois petites journées de travail, allongé sur un tapis avec sa fille, un jeu de société entre eux deux. Un bruit survient au dehors. Kennedy se lève et tend l’oreille. Vlan ! La porte d’entrée se brise, la patte velue d’un homme-gorille s’abat sur sa grosse joue, le vieillard pique un somme et la bête emporte sa descendance, griffée à mort. Et tout ça dans la maison utilisée par les Jarvis dans Friday the 13th part. 4, maisonnée décidément maudite. On pense encore au clan barbare des Voorhees lorsque vient la suite, concentrée sur cinq jeunes gens en route pour un week-end dans les feuillages, à camper gaiement et se renifler le cul perversement. Sont-ils vraiment là pour la fête ? Rien n’est moins sûr, car le Kurt Russel du pauvre qu’est le leader Jack ne vient pas que pour vider de la binouze : son oncle Clem, propriétaire du chalet, est porté disparu depuis plusieurs semaines, et il se dit qu’une bête atroce serait la cause de cette évaporation. George Kennedy, croisé sur place le fusil en main, confirme : une espèce de bigfoot rôde et a le coup de poing facile. Ce que les jeunots découvrent sans tarder, puisqu’entre deux blagues de mauvais goût (les mecs se déguisent en singe pour faire hurler les nénettes, vieille tactique de drague qui n’a jamais amené aucune mariée devant l’autel) le « sac à puces » comme l’appelle le père Kennedy déboule, brise une nuque et kidnappe un mecton. Jack et ses drôles de dames s’arment et partent à sa poursuite.

 

 

Jusque-là, on voit où Demonwarp veut en venir, soit au mélange habituel entre gore cheap (têtes dévissées, morceau de bois planté dans les boyaux, œil arraché et pendant de son orbite) et dévêtements fréquents, les filles massant leurs hommes la poitrine à l’air pendant que d’autres se savonnent sous la douche. Vous aurez la vue du pommeau. Comme on dit, c’est dans les vieilles culottes qu’on a les meilleures gaules, et c’est avec les pattes griffues que l’on fait le plus de dégâts. Le récit suit donc le même cours que tous les autres, à base de randonnées un peu chiantes, de sauvageries bestiales autrement plus intéressantes, et dans une volonté d’être plus B que B, on réquisitionne l’amie Michelle Bauer pour qu’elle vienne apporter quelques grammes de chair supplémentaires. Elle le dit d’ailleurs, la mignonne : « On est ici pour faire bronzette ». Et Mimiche de faire voler loin, très loin, son soutien-gorge, qui n’en pouvait plus de s’écarteler de la sorte. Elle ne le retrouvera jamais. Si nous le trouvons, on le cache, d’ailleurs. Puis bigfoot fait son come-back, arrache une caboche de plus, brise le crâne de Kennedy sur de la roche, et emporte les actrices pour laisser Jack seul avec son incapacité à être un véritable héros. Il cherche la merde aussi, lui qui hésite toujours dix ans avant de tirer sur la bête. Le pourquoi du comment s’explique finalement dans une grotte, où blessé, le monstre perd son duvet et révèle l’improbable : il s’agissait depuis le début de l’oncle Clem, métamorphosé par une force supérieure à la tête d’une armée de zombies.

 

 

Car ils arrivent, nos undead friends, en fait des informaticiens de fortune auxquels on a visiblement ordonné de récupérer tout circuit ou câble électrique, on le devine dans le but de donner un petit coup de boost à la boule spatiale aperçue en première bobine. Esclaves modernes errant sous la pierre, ils sont surtout un véritable festival de masques en latex, et l’on reconnaît là la patte que put avoir Buechler sur Demonwarp. Qui n’en a pas encore fini avec le caoutchouc mou. Car on s’enfonce au plus profond de la navette spatiale, pour y retrouver d’abord le prêtre vagabond des débuts, devenu le chef d’une secte galactique et alors occupé à extraire le coeur de la cage thoracique de la Miss Bauer. Mais ensuite, on se trouve nez à groin avec la cause de tous ces malheurs, un alien au bras de fer, gnome visqueux muni d’un dard dont la piqûre transforme ses cibles en ces fameux bigfoots. Tout s’explique. Et tout se règle au bâton de dynamite, Jack décidant de tout raser pour être certain que le Mal ne se répandra plus. Il n’en écopera pas moins de nombreux cauchemars et de nuits sans fin… Voilà pour Transmutation, dont on se souviendra pour ses virages dangereux qui ne se font pas sans froissement de tôle, les conducteurs n’étant pas tout à fait des as du volant, mais nous reconnaîtrons bien volontiers que du siège passager, on s’est bien amusé. On y repart ?

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Emmett Alston
  • Scénario: Bruce Akiyama, Jim Bertges
  • Production: Richard L. Albert
  • Pays: USA
  • Acteurs: George Kennedy, Michelle Bauer, Pamela Gilbert, Billy Jayne
  • Année: 1988

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