Up from the Depths

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Dernièrement, un petit galopin tenta d’améliorer le sourire de l’amie Mona Lisa en lui ajoutant une jolie barbiche blanche, ce qui fit comme de juste hurler dans les couloirs du Louvre. Cela aurait pu être pire cela dit, et le bonhomme aurait pu s’en prendre à la splendide affiche d’Up from the Depths (1979) et ajouter une moustache au squale préhistorique lancé aux trousses d’une jolie nageuse. Par contre, ce même galopin aurait attaqué le film lui-même que personne n’y aurait trouvé matière à regret…

 

 

Certains films rendent mieux sur un mur que sur un écran, et la décalcomanie de Jaws faite par Charles B. Griffith – certes le réalisateur d’un truc ou deux, mais avant tout le scénariste de nombreux B-Movies des années 50 comme Attack of the Crab Monsters, Beast from Haunted Cave ou Not of this Earth – fait indéniablement partie de ces productions dont le poster est si beau que l’on se doute immédiatement qu’une fois celui-ci retiré, le film sous lui se retrouve nu comme un ver. Bingo, Up from the Depths n’est en effet pas terrible. Par contre, pas sûr que la faute en incombe au seul Griffith, forcé de plagier Spielberg avec un centième de son budget, en travestissant les plages philippines pour qu’elles rappellent celles d’Hawaï et en se trimballant l’un des requins les plus pathétiques vus dans un petit budget. Rajoutez les habituelles plaies d’Egypte de la série B, jamais en reste lorsqu’il s’agit de tirer un creature feature vers le bas, et vous comprendrez le désarroi d’une partie de la fine équipe, l’un des comédiens y allant de son petit témoignage pour assurer qu’en plus d’être une personnalité adorable, Griffith était aussi un auteur plus talentueux que ce que Up from the Depths laisse entrevoir. Difficile effectivement de faire du bon boulot quand ton ogre des océans fait plus caoutchouteux qu’un pneu de tracteur et qu’un pauvre technicien doit se planquer sous lui pour le manier avec un petit levier, sans jamais voir où il le dirige. Résultat, le pauvre homme finira sa nage dans des récifs et ira cogner son bras contre le dard venimeux d’un poisson-lion, véritable fléau des profondeurs. Le bras du malheureux enfle comme une montgolfière, devient noir comme une patte de panthère, et c’est dans la plus pressante des urgences qu’il faut l’emmener à l’hôpital pour lui sauver la vie. Ce qui sera heureusement fait. Sous-équipés, les différents acteurs censés mimer la noyade ou se faire dévorer sous l’eau manqueront parfois de boire la tasse pour de bon, tout ça pour des résultats médiocres à l’écran : la caméra prévue pour les scènes sous-marines ne fut pas testée avant utilisation, et la plupart des plans sont donc mal cadrés. Résultat, on n’y voit rien, si ce n’est un peu de colorant rouge pour donner un très vague caractère sanglant à ce qui devait être un nouveau Dents de la Mer et finira en chicots de la flaque.

 

 

Et les problèmes de continuer une fois de retour sur le sol américain puisque la bande sonore tout comme le script seront perdus, laissant Griffith et New World Pictures, commanditaires de la chose, avec un film muet sur les bras. On rappelle alors les troupes à la hâte, quelques comédiens étant réunis dans une salle de cinéma pour y visionner plusieurs scènes… et tenter de se souvenir de leurs lignes de dialogues, récitées voilà plusieurs semaines de cela. Doublé entièrement et à la va-vite par des acteurs devant bien souvent prêter leur timbre à de nombreux personnages, Up from the Depths sonne évidemment faux. Et va assez peu satisfaire Roger Corman, qui décide de mettre son nez dans le montage final pour en effacer le plus de traces de second degré possible et en faire un véritable film de frousse. L’ennui, c’est que Griffith était parti pour shooter une vraie farce, sérieuse en rien et moqueuse en tout, ce dont on peut toujours se rendre compte à la seule vue du produit fini, toujours garni de quelques gags. Un baigneur passe au travers d’intestins recrachés par la bête, le maître d’hôtel inquiet pour la bonne réputation de son établissement est moqué du début à la fin, et lorsque la présence d’un mangeur d’homme créera une grosse panique et que femmes et enfants quitteront les lieux au pas de course, un couple de vieux s’en amusera en précisant qu’il n’y a pas lieu de paniquer puisqu’un requin ne peut évidemment pas sortir de ses flots. Plus qu’un décalque du classique du petit Steven, Up from the Depths voulait en être la parodie.

 

 

Erreur de jugement de la part de Corman (cela arrive même aux meilleurs) que celle de ratiboiser dans la bonne humeur d’un film qui n’avait pas l’aileron assez solide pour devenir vrai film d’horreur. Car à l’arrivée, on se coltine un entre-deux inepte, incapable d’inquiéter avec son esturgeon d’à peine un mètre et dont la comédie voulue aura progressivement muté en humour involontaire, quelquefois parsemé d’idées marrantes (pour se débarrasser du streum, il est décidé d’utiliser le cadavre d’un ancien copain comme appât). Le spectateur attentif reconnaîtra peut-être R. Lee Ermey dans l’un de ses premiers rôles, mais personne n’empêchera Up from the Depths de couler dans les grands fonds pour la peine…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Charles B. Griffith
  • Scénarisation : Alfred M. Sweeney
  • Production: Cirio H. Santiago
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sam Bottoms, Susanne Reed, Virgil Frye, Kedric Wolfe
  • Année: 1979

2 comments to Up from the Depths

  • Roggy  says:

    Le film a l’air vraiment pas terrible, mais est-ce aussi médiocre que le récent « The Requin » avec Alicia Silverston. Sans doute la pire prod de film de requins vu pour ma part avec des SFX pourraves dignes d’un mauvais Sci-fi. Moche et pas drôle quoi.

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