The Vulture

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L’oiseau et l’épouvante font assez mauvais ménage, autant se l’avouer, et outre un célèbre Les Oiseaux et quelques zéderies tordantes (Poultrygeist, Thankskilling), le genre a rarement pris son envol malgré ses ailes nouvelles. Ne comptons pas trop sur l’ancien The Vulture (1966) pour bouleverser la donne, d’autant qu’à sa décharge notre rapace ne voltige avec la peur qu’à de rares occasions, préférant les secrets du mystery movie guindé.

 

Attention, spoilers !

 

Talons of terror ! Les serres de la terreur ! Vrai que la madame de l’affiche à l’air terrorisé à l’approche des griffes tombées d’un ciel probablement noirâtre. Sous elle, les têtes effarées des autres comédiens réquisitionnés, pour la plupart des gens de métier au CV long comme le tunnel sous la Manche. Robert Hutton dont nous parlions via The Slime People, Akim Tamiroff de Pour Qui Sonne le Glas, Diane Clare de The Haunting, le vétéran Broderick Crawford, tous venus prêter main forte au Londonien Lawrence Huntington, gros travailleur alors en route pour le grand sommeil puisqu’il décédera deux ans plus tard, en 68. Pas tout à fait des chevreaux de lundi dernier tous ces gens-là, même si cela ne se ressent pas toujours : comme douteux de cette coproduction entre le Canada, l’Angleterre et les Etats-Unis, certains se foulent moins que d’autres et donnent à l’interprétation générale un caractère inégal. Probable que les uns et les autres croyaient assez peu en la destinée d’une petite Série B tournée en couleur, sortie au cinéma en noir et blanc (paraît que cela allait mieux à son plumage), puis retrouvant de sa gouache pierreuse à la télévision. L’histoire paraît folle, faut dire, mélange entre gothique de tradition, chipotages scientifiques et policier aristo : dans une bourgade reculée et campagnarde, une jeune femme traverse le cimetière et découvre une tombe ouverte dont se serait envolé un énorme oiseau à visage humain. Elle ne s’y attendait pas. Et ressort des lieux avec des cheveux blancs et un ticket pour un séjour dans un lit d’hôpital psychiatrique, nourrie aux petites pilules là où les autorités n’auront pas à faire semblant de la croire. Certains ont pourtant tendance à tendre l’oreille à ses délires, car une antique légende concernant la tombe ouverte, celle d’un certain Real revenu d’un long voyage avec un vautour comme animal de compagnie, parle aussi de la vengeance promise par le mort contre une illustre famille de noble, coupable de l’avoir jadis condamné. Et la prophétie de se vérifier lorsque, après trente minute d’un ennui poli, l’un des descendants visés se fait emporter par les serres d’un infernal coucou. Inquiet à l’idée de voir sa nièce finir dans le même mauvais nid, un oncle enquêteur amateur cherche la vérité sous le pennage.

 

 

Et elle sera science-fictionnelle notre vérité, puisque l’on découvrira que le savant bizarre du comté est aussi des plus fous, qu’il est parvenu à se métamorphoser en une bête mi-vautour mi-vieillard et qu’il use ses nouvelles capacités en emportant ses proies dans la nuit. Mais avant ces révélations, on barbote dans la mare des Baskerville et on se prend pour Sherlock, analysant les pierres tombales dans de beaux cimetières et questionnant la vieille noblesse sur de vieilles histoires dans ses vieux salons. Sans donner dans le jeunisme, pas étonnant que The Vulture semble vieux à son tour, ni qu’il cultive les mauvais avis un peu partout : comme toute chose d’âge avancé, le film avance à coup de canne et semblait bien daté déjà au milieu des sixties. Manque aussi et surtout une figure appréciable à l’ensemble, car lorsque Fisher utilisait la Hammer pour nous refaire du Conan Doyle à une époque plus ou moins proche, le genre n’en était pas moins poussiéreux. Mais il y avait Peter Cushing à l’écran et pas Robert Hutton, comédien tout sauf antipathique mais trop ordinaire, trop passe-partout pour emporter le spectateur dans sa traque du coucou fou. Rajoutez un script très protocolaire, des discussions pas tout à fait renversantes – et c’est problématique lorsque le gros de l’action se trouve être des gens qui ouvrent la bouche pour en cracher des mots – et vous comprendrez pourquoi The Vulture n’a pas marqué l’inconscient collectif. Encore moins celui des amoureux du frisson que celui des amateurs du mystère, puisque le fameux monstre du titre n’apparaît pour ainsi dire jamais. Et quand c’est le cas, il nous liquéfie de pitié, la caméra filmant soit le bas de son corps, celui d’un dindon gras, soit le haut, où l’on découvre la tête du pauvre coupable enfoncé dans l’épaisse volaille. Idéal pour tuer une réputation. Reste tout de même quelques jolis décors et une ambiance agréable, mais cela ne saurait suffire…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Lawrence Huntington
  • Scénario: Lawrence Huntington
  • Production: Lawrence Huntington
  • Pays: USA, Canada, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Robert Hutton, Diane Clare, Akim Tamiroff, Broderick Crawford
  • Année: 1966

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