Sunset Society

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Chose promise, chose due. Mi-avril, je jurais au détour de ma review du revanchard Charlie’s Death Wish que j’allais réserver un siège au bar du Sunset Society (2018) dans lequel on retrouve grosso-modo la même dream team que dans les vœux de mort de la Charlie. Nous voilà donc attablés avec quelques rockstars eux-mêmes en compagnie déshabillée, occupés à suçoter des carotides sous l’oeil tendre d’une Phoebe Dollar toujours aux manettes et qui porte à bout de bras un projet de longue date aux participations très amicales.

 

 

Vous les kiffez avec les cheveux longs et une barbe de quinze ans ? Le pif plus enneigé que le Mont Fuji et une gratte éternellement coincée dans les mains baguées ? Peut-être les préférez-vous avec un chibre aux dimensions d’un sequoia centenaire et un peu de bedaine ? A moins que vous ayez un gros faible pour les bourgeois ringards et efféminés ? Quoiqu’il en soit, si c’est les mauvais garçons du rock, les stars du porno semi-retraitées et les vieux précieux qui font de vos cuisses des cascades, Sunset Society devrait vous aimanter comme une mouche de campagne sur du beurre, tant le petit budget de la mère Dollar, ironiquement toujours très désargentée, profite de son carnet d’adresses. La pustule de légende Lemmy Kilmister de Motörhead, Tracii Guns de Poison et Gun’s and Roses, Dizzy Reed de Gun’s and Roses également, Ron Jeremy l’éléphant maximus fornicus du X ricain et Randal Malone la tata bouffie d’autodérision du Z le plus dur (The Witch’s Sabbat, Creepies 2, Dahmer vs. Gacy), en plus de la Phoebe elle-même (faut-il rappeler qu’elle fut des chouettes Goth ou Hell’s Highway ?), viennent donc s’en jeter un petit dans cette production débutée au mitan des années 2000 et terminée en 2017 pour une sortie l’année suivante. Pile poil pour rendre hommage au père Kilmister d’ailleurs, coulé dans le sommeil infini en 2015 et parti pour un paradis où il pourra sniffer des nuages entier, se perdre dans de beaux fessiers et peut-être même monter une version alternative de Hawkwind, son premier groupe, peut-être celui qu’il préféra. Bien que peu présent dans le film, si ce n’est au détour de quelques scènes tournées dans les 2000’s et de dessins vaguement animés et crayonnés il y a quelques années, son spectre plane tout au long du récit, penché sur la survie de vampires hollywoodiens, cachés dans une vaste demeure (à tous les coups celle de Randal Malone lui-même) où ils s’occupent à faire la fête.

 

 

Lemmy incarne donc Spade (référence à Ace of Spades, album le plus célèbre de la tête de moteur), chef de la troupe, dans le temps un bon vieux cowboy des familles devenu goule lors d’une partie de poker avec quelques children of the night, et ne souhaitant pas spécialement voir son influence grandir. Spade ressemble d’ailleurs beaucoup à son interprète, et vit paisiblement dans son coin, donnant quelques règles aux siens (pas touche aux enfants) avant de les laisser s’amuser. Au fond, tout ce que souhaite le chef de la sombre famille, c’est que ses enfants de substitution vivent heureux. Et donc cachés. Hors de question, dès lors, de grandir l’armée en faisant boire de son sang à des potentiels petits nouveaux… Mais après plusieurs siècles à ce régime, l’ennui commence à poindre chez Gage (Tracii Guns) et Dagger (Dizzy Reed). Le premier, pas loin d’être intenable, prend désormais plus de plaisir dans le don du sang que dans son extraction et prête ses globules viciés à de jeunes femmes et de jeunes gosses, sans trop savoir pourquoi il lui faut à ce point faire des petits. Dagger quant à lui n’en peut plus de cette interminable nuitée, faite d’orgies et de beuveries qui ne riment plus à rien, au point qu’il rêve de retrouver sa mortalité passée. Heureusement, Sophia (Phoebe Dollar) a de la suite dans les idées et trouve un moyen de transférer l’âme de Dagger dans le corps d’un humain banal. Tout cela dans le dos d’un Ace que l’on ne veut pas déranger, même si son âme damnée Bronson (Randal Malone) aimerait beaucoup le mettre au parfum et le voir châtier sévèrement les brebis galeuses. S’il le faut, Ron Jeremy, bras armé du droit vampirique, peut passer un coup de balais… Ca, c’est du moins pour le film tourné vers 2007, et pour le compléter, Miss Phoebe tourne, avec l’aide de Rolfe Kanesky (Jacqueline Hyde, The Mirror Witch), une vingtaine de minutes supplémentaires contant l’arrivée dans le manoir de Sophia de quelques mafieux vampirisés, soucieux de récupérer un DVD contenant pour sa part les scènes tournées en 2007. Ca va, vous suivez ?

 

 

Sunset Society tient donc du film dans le film, les nouvelles séquences servant à introduire et conclure une histoire que Dollar ne sut peut-être pas comment terminer jadis. Ces chapitres ajoutés permettent également à l’ensemble de gagner un peu de violence : si le métrage d’origine ne débordait ni de fesse ni de gore, les ajouts comblent un peu les trous en la matière. Surtout dans le sanglant, puisque l’on arrache des canines de vampires aux outils de maçon et qu’un sosie de T.J. Miller se transforme en fumée pour se glisser dans le vagin d’une demoiselle, avant de reprendre sa forme humaine dans ses entrailles et sortir de son ventre. Dégueu. Donc cool. Reste que le but premier de la réalisatrice semble être d’écrire une lettre d’amour à son ami Lemmy, et le second de continuer son œuvre telle qu’elle la conçoit depuis Charlie’s Death Wish. Soit un mélange entre banditisme, film noir, passion pour les milieux rock et underground, et un fantastique écarlate. On reconnaît la naissance d’un style personnel, même s’il s’accompagne fatalement des carences habituelles de la production chiche (acteurs qui n’en sont évidemment pas, visuels pas très excitants, prises de son aléatoires). Pas grave, car ce que l’on retient de ce film choral, où Phoebe n’est plus présente que les autres que parce qu’en tant que réalisatrice elle se devait d’être sur place, c’est la profonde sensation d’assister à une réunion de bons copains (on croisera aussi Steve-O de Jackass, alors camé jusqu’à l’os, personne que j’adore mais aussi le pire acteur jamais vu sur un écran, et on notera la présence de Tasha Tacosa à la prod’), où personne ne se marche sur les pieds, où tout le monde donne son meilleur pour la jeune auteure, et où tout le monde est trop content de se retrouver pour se soucier de la qualité de l’ensemble. Ca tombe bien, c’est mon cas aussi.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Phoebe Dollar, Rolfe Kanesky
  • Scénario: Phoebe Dollar
  • Production: Tasha Tacosa, Phoebe Dollar
  • Pays: USA
  • Acteurs: Phoebe Dollar, Dizzy Reed, Tracii Guns, Ron Jeremy
  • Année: 2018

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