Satanic Yuppies (Evil Ambitions)

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On connaissait le fameux « jeune cadre dynamique », mais pas le plus morbide « jeune cadre satanique ». A Satanic Yuppies (alias Evil Ambitions, 1996) de faire les présentations au cours d’une petite enquête policière menée par un reporter au nez fin, qu’il risque de perdre dans des messes noires où l’on sacrifie de la vierge et où quelques princesses du petit budget se dandinent contre les flammes. Bon retour dans le joyeux monde du shot-on-video, où tout sujet, sérieux ou non, se voit accompagné d’une large dose de poitrine siliconée et de blonde déculottée…

 

 

Bonne idée qu’a là Evil Ambitions, le mélange entre golden boy et fidèles du diable allant presque de soi puisque tout le monde déteste les premiers et que nombreux sont ceux à redouter les seconds. Le script livre d’ailleurs pile poil ce à quoi l’on s’attendait : pour s’assurer une existence faite de jets privés, de jacuzzis remplis de dollars, de tailleurs hors de prix et de déjeuners d’affaire au sommet de la Trump Tower, quelques matérialistes bossant dans une boîte de com’ font passer des entretiens d’embauche à de jolies jeunes filles dans l’espoir de trouver dans le lot de pauvres vierges, qui seront ensuite offertes à Lucifer lors de sabbats où l’on déballe miches et poignards. Sentant qu’il s’en passe des pas nettes chez les richards, le journaliste d’une petite gazette Pete McGavin (Paul Morris), sorte de Tintin ridiculisé par le port des bretelles, s’infiltre peu à peu dans le milieu des costard-cravate dans le coup et se frottera aux deux têtes pensantes du culte démoniaque. Soit la queue de cheval cynique Gideon Jessup (David A. Levy) et la « sourire devant, coup de lame derrière » Brittany Drake (Amber Newman), lancés dans la conquête du capitalisme par le pacte diabolique en compagnie de leurs secrétaires, assistantes et d’un métalleux payé pour kidnapper les pucelles sélectionnées. Sans doute est-il seulement là pour croiser The Devil himself, comme en atteste la scène finale où quelques yuppies et leurs sbires sont aspirés par un trou menant aux enfers, le chevelu laissant éclater sa joie via un headbanging de circonstance. Comment lui en vouloir ?

 

 

Et comment en vouloir aux réalisateurs Mark Burchett (décédé en 2014) et Michael D. Fox, tous deux signataires de petites productions comme Vamps, d’être moins argenté que son sujet ? Car on le sait que leurs ambitions ne sauraient être tenues, et que leur petite satyre au sourire en coin, véritable coup de canon dans le milieu de la haute finance, est vouée à tomber dans le tits and ass en vente par correspondance sur des sites louches. Ca ne loupe d’ailleurs pas, et la seule présence de Glori-Ann Gilbert, ici dans son premier rôle et par la suite grande copine de Jim Wynorski, saint patron des nichons refaits, laisse entendre que Satanic Yuppies ne sera pas des plus cérébraux. Rajoutez dans le panier quelques noms connus des zédeux comme Debbie Rochon ou Bill Hinzman et vous aurez tôt fait de comprendre que la paire Burchett/Fox ne tape pas dans le journalisme d’investigation mais bien dans le B-Movie rose bonbon. Miss Gilbert, qui ne pipe mot (mais peut-être d’autres choses, allez savoir), se dandine donc avec un serpent entre les boobs, les tributs féminins se retrouvent le torse à l’air et le metalhead profite d’une cachette pour reluquer les filles lorsqu’elles se changent. Pourtant, tout généreux soient-ils dans le déshabillé, les auteurs parviennent à ne jamais donner l’impression d’appuyer sur le point G, le principal restant un script pas trop mal rédigé et à l’humour noir piquant. Peu ou pas de scènes sanglantes mais beaucoup de parlotte pour une fois pas désagréable, où l’on se moque sans se cacher de personnages avides et superficiels, souvent stupides (ces greluches désireuses de devenir les femelles du démon sans même songer à ce que cela représente) et bientôt déçus de leur rencontre avec Lucifer. Véritable PDG au sourire corporate, venu féliciter tout le monde sans rien offrir à personne, incarnation cornue de la vente pyramidale serrant les mains de ses collaborateurs avant de leur arracher le coeur sans cacher qu’il s’est bien foutu de leur trogne, le prince des enfers vaut le coup d’oeil. Rigolo, même si ces quelques rires ne nous indemnisent jamais de la mollesse de l’ensemble, un peu pénible tout de même.

 

 

Si l’on tient le coup, c’est en grande partie grâce au charme naturel de la brune Amber Newman, beauté étrange aux sourcils un peu trop prononcés – c’est ce qui la rend belle -, spécialiste du cinoche érotique (et parce que les grands esprits sont forcés de se rencontrer, elle fut de Tender Flesh et Lust For Frankenstein pour le coquin Jess Franco), ici trop sous-payée pour qu’elle abandonne ses jolies robes mais pas assez pour qu’elle ne fasse pas un petit effort sur l’acting. Sans être une reine des planches, elle fait preuve de suffisamment de naturel pour survoler loin au-dessus de la masse des autres comédiens, qui pour leur part récitent leurs texte comme un collégien vomit sa première autodictée. Et puis son sourire que l’on jurerait sincère, celui de la fille simple sachant qu’elle ne tourne pas dans le nouveau De Palma mais décidant tout de même d’en profiter au maximum, ne peut que nous faire fondre. Voire nous pousser à vendre notre âme au diable, tiens.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Mark Burchett, Michael D. Fox
  • Scénario: Mark Burchett, Michael D. Fox
  • Production: Mark Burchett, Michael D. Fox
  • Pays: USA
  • Acteurs: Paul Morris, Amber Newman, David Levy, Lucy Frashure
  • Année: 1996

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