Lust for Frankenstein

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Jésus reviens, Jésus reviens, Jésus reviens parmi les tiens ! Dont acte, le père Franco retrouvant le chemin de nos écrans plats via Lust for Frankenstein (1998), l’un de ces quelques 206 films pétris par l’Espagnol. Et pour tout dire l’un des plus obscurs du lot, sorti dans la longue dernière ligne droite de l’auteur, la plus anti-commerciale, la plus expérimentale. Le mythe de Frankenstein se voit donc offrir une sacrée baguenaude, et la créature, pulpeuse, se laisse couler dans l’habituelle luxure de l’artiste.

 

 

Ne jamais prendre de haut ses fans, car c’est tout ce qu’il vous reste dans les moments difficiles. Fait rare, peut-être même unique, un groupuscule d’amoureux du cinoche d’un auteur s’est, au mitan des années 90, retroussé les manches et réunit quelques cents pour aider leur idole à retrouver le chemin des plateaux. Modestes, les plateaux, en fait des appartements ou des villas de Málaga généreusement prêtés et où se réuniront surtout de vieux et nouveaux amis. Mais c’est déjà ça, surtout pour un Jess Franco accro au filmage, cruellement en manque et ravi de voir quelques Américains fous de son travail l’aider à repartir au front. Kevin Collins et son équipe, déjà derrière Franco sur le Tender Flesh chroniqué en ces pages, forment une nouvelle famille autour du petit homme, et Collins lui prête ses mains pour écrire à ses côtés un Lust for Frankenstein que l’on peut définir comme du pur Jess Franco… en pire. Ou en mieux, c’est selon. Mais en tout cas du Franco coupant les dernières attaches d’un cinéma déjà peu mercantile à la base, ayant toujours été porté sur l’épouvante paisible plutôt que sur l’horreur d’action, sur la gaie caresse de l’érotisme plutôt que sur les brutales pénétrations du porno, sur un onirisme bien à lui plutôt que sur le réalisme de tous les autres. Sur Lust plus encore que sur un Tender Flesh déjà libre et désinvolte (on y pissait dans la soupe, tout de même, et c’était Alain Petit qui cuisinait!), le cinéaste abandonne toute idée de structure, de formalité, plongeant les mains jointes dans une lubricité rock’n roll faite par des fans de Franco pour des fans de Franco. Ceux-là retrouveront son éternelle muse Lina Romay en premier rôle féminin rongé par de terribles cauchemars, où son pauvre père ensanglanté – qui ressemble à un hippie dreadlocké – vient se coller à une vitre pour la cochonner de son sang et y râler d’une voix métallique. On ne comprend d’ailleurs pas grand-chose à ce que baragouine le malheureux dans un anglais de bazar, d’ailleurs partagé par l’entièreté du casting, si ce n’est une Michelle Bauer malheureusement garnie du même timbre de fer.

 

 

Romay incarne Moira Frankenstein, fille de qui-vous-savez, de retour à la maison en bord de mer de la famille, où l’attend sa lubrique belle-mère, plus jeune que Moira elle-même et trop occupée à sucer un petit copain pour accueillir sa grande belle-fille dans les règles. Errant dans les couloirs du manoir, Moira trouve dans une vitrine l’être humain créé par son défunt père, incarné par la Bauer et sobrement nommée Goddess. Notez que le mot va plutôt bien à l’amie Michelle, suturée de partout mais en tenue d’Eve tout au long de Lust for Frankenstein. Cela change du vieux Karloff, d’autant que chez le poto Franco le monstre devient hermaphrodite et se trimballe donc un service trois pièces miniature sous le vagin. Notez que ça tombe plutôt bien, car comme de juste Moira et Goddess tombent éperdument amoureuses l’une de l’autre et se laissent couler dans un saphisme endiablé. Cela baise dur et longtemps, le gros du long-métrage étant, on s’en doutait, constitué de cuisses qui se frottent, de gros plans sur de poilues intimités, voire même de sexe déviant, la belle-mère (la torride Analía Ivars, déjà remarquée dans Tender Flesh) et son jules violant une Moira prise en sandwich entre ces deux pervers portant des masques de paintball. Bizarre, mais on ne s’en étonne plus. Pour justifier son affiliation au fantastique, Moira et Goddess liquident les jardiniers obsédés et autres danseuses spécialisées dans le dénudé pour transmettre leur sève dans le corps de la chimère raccommodée. De fins nuages de violence dans le ciel sans fin de l’érotisme tendre, Franco faisant ce qu’il a toujours fait : briser des nuques à la va-vite, puis prendre tout son temps au lit, tournoyer autour de sa femme déshabillée et la voir lécher, mordiller et effleurer d’autres courbes que les siennes.

 

 

Same old, same old, en somme. Mais Franco s’en fiche et, en bon jazzman, continue d’improviser, de reprendre ses vieux airs et les jouer à l’envers. En plus punk (la bande-son, très rock indé, est d’ailleurs tout sauf désagréable). Certains diront que le tout est rabaissé par le format vidéo. Mais encore une fois, Franco s’en fiche. Il tourne et c’est le principal. Il teste, joue au petit chimiste avec les images, fait fondre les corps passés au filtre négatif dans des plans de demoiselles nues jouant avec un poignard, sans que cela se justifie ailleurs que dans son inspiration passagère. Lust for Frankenstein ne raconte donc rien ou pas grand-chose, et les habituels détracteurs de l’Espagnol pesteront encore plus fort que d’ordinaire, et les sceptiques resteront une fois de plus sur le bas-côté. Même les fans seront piqués par l’impatience et reconnaîtront que cette offrande fauchée se déguste petit bout par petit bout. Dix minutes un jour, quinze le suivant. Mais qu’importe ? Jess Franco était heureux de tourner à nouveau, et ces quelques baisers nécrophiles n’ont d’autre prétention que celle de lui en donner l’occasion.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Jess Franco
  • Scénario: Jess Franco, Kevin Collins
  • Production: Jess Franco, Kevin Collins, Karen Wong…
  • Pays: USA, Espagne
  • Acteurs: Lina Romay, Michelle Bauer, Analía Ivars, Robert King
  • Année: 1998

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