Meatcleaver Massacre

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On a la célébrité qu’on mérite, et dans le cas de Meatcleaver Massacre (1977), parfois précisé Hollywood Meatcleaver Massacre, sa renommée se fera sur le dos d’un Christopher Lee courroucé pour avoir été parachuté au milieu d’une petite production pour laquelle il n’avait jamais signé. Pour son seul et unique film, Evan Lee roule son monde, et le spectateur en premier lieu.

 

 

On la comprend, la grosse colère de Sir Lee, embauché par un producteur pour papoter trois ou quatre minutes derrière un bureau en pin pour les biens d’un certain film (lequel ? Mystère), et finalement coincé dans un autre pour lequel il n’avait jamais donné le moindre accord, le premier producteur revendant la séquence filmée à un autre. Et voilà comment le Dracula anglais prêta un peu de sa grandeur au tout petit travail d’Evan Lee, et comment un grand comédien en vint à discourir sur quelques ténébreuses puissances sans jamais savoir que sa bavette finirait engluée à un certain Meatcleaver Massacre. N’empêche que même si ce ne fut pas grand-chose, Lee fut rétribué pour sa conversation – c’est peut-être pour ne pas miser sa maigre paie dans un procès trop coûteux qu’il abandonna toute poursuite – alors que le pékin moyen reparti avec la cassette du film sous le bras perdit quelques dollars pour un titre aguicheur (Massacre au hachoir, ça nous pousse à nous attabler), mais surtout très menteur. Vous allez les chercher longtemps, les hachoirs, et vous ne risquez pas de vous couper un doigt sur leur tranchant : il n’y a tout simplement aucun carnage à l’arme de boucher dans ce B-Movie démuni. A moins qu’il soit caché dans la pénombre d’un spectacle trop peu éclairé, Evan Lee n’ayant visiblement pas payé ses factures d’électricité et laissant ses comédiens se mettre sur la gueule dans un noir presque total. Mais on vous parie un sac de noix que personne n’a sorti de quoi couper un bœuf en deux ici-bas, et c’est tout juste si l’on sort le couteau à pain pour lacérer le figurant. Notez que massacre il y a bien, commis par quelques fumeurs de weed, que leur état second et les laides idées du cruel Mason Harrue poussent à s’infiltrer dans la maisonnée d’un professeur d’unif pour y liquider sa famille. Le prof en question sera le seul à survivre à leur assaut, changé en légume incapable de parler ou faire trembler un orteil, et pour lequel tout l’hôpital local est aux petits soins. Par contre, tout comateux soit-il, il peut encore penser et laisser aller les débris de son esprit détruit à une incantation censée appeler Morak, démon vengeur dès lors lancé aux trousses des ados tueurs.

 

 

Faut dire que l’instit’ versait dans l’occulte du temps où il savait encore donner cours, et venait justement d’apprendre à ses élèves les légendes du terrible Morak. Il l’avait donc toujours au frais dans ses restes de ciboulot lorsque vint le moment de le lâcher sur ses tortionnaires. Voilà donc Morak ! Enfin, voilà surtout une force invisible, dont on aperçoit quelquefois la main griffue et noire comme le jais, mais le plus souvent une entité imperceptible usant d’éléments du décor pour punir les assassins. Qui semblent d’ailleurs regretter leur geste pour la plupart, ne pas le comprendre, et frappés par la culpabilité certains songent même à la solution suicide. Ils n’en auront pas le temps, car Morak arrive et leur rabat le capot de la voiture sur laquelle l’un travaille sur la nuque, en transperce un autre avec les feuilles acérées d’un cactus (!!!) et fait exploser un tableau électrique pour cramer la gueule d’un troisième. Pour le plus cruel du lot, le petit chef Mason, il se déplace lui-même et dévoile son joli look de barbu tombé dans la soupe aux choux, monstre à trois yeux enduit d’une mélasse verdâtre. Du green washing avant l’heure, mais sans le pacifisme qui va avec : le monstre arrache un œil au vilain garçon, dont les jours se finiront dans une cellule capitonnée, celle d’un garnement devenu fou par cette rencontre fantastique. Clap de fin ! Remboursement ? Il est un peu tard pour retrouver sa mise sur une pelloche des 70’s, malheureusement. Et puis, même si Meatcleaver Massacre nous la fait à l’envers avec un trop beau titre dont il ne sera jamais à la hauteur – la VHS anglaise fut plus honnête et prit celui de The Evil Force – et qu’il est définitivement privé de toute qualité technique (on y voit rien, ça joue mal, c’est mal filmé et même Chris Lee semble épuisé), il ne forme pas non plus ce que la période eut de plus chiant. Il y a au moins un peu de sang qui ruisselle à intervalles réguliers, et l’idée du démon servant de bras armé de la vengeance a le mérite de bousculer nos petites habitudes. Ca ne nous amène pas loin, mais on a déjà connu plus pénible.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Evan Lee
  • Scénario: Keith Burns, Ray Atherton
  • Production: Mark L. Rosen, Ray Atherton
  • Pays: USA
  • Acteurs: Larry Justin, James Habif, J. Arthur Craig, Robert Clark
  • Année: 1977

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