The Banana Splits Movie

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Tra la la, la la la, tra la la, tra la la laaa. Agaçant ? Vous allez pourtant en bouffer de cet air, jusqu’à l’avoir scotché à l’encéphale pour les semaines à venir. La faute à The Banana Splits Movie (2019), adaptation très tardive d’un show télévisé d’Hanna-Barbera diffusé dans les sixties, où des figurants enfoncés dans des costumes rembourrés de lion ou d’éléphant chantaient, dansaient et amusaient une galerie au popotin talqué. Quel rapport avec Toxic Crypt, marchand de glaire et de lames rouillées ? Disons que nos zamis les zanimos ont perdu de leur bonne humeur, qu’ils remplacent par une rage toute meurtrière.

 

 

Certains films ont de ces genèses… Celle de The Banana Splits Movie remonte à 2014, lorsque sortit Five Nights at Freddy’s, jeu-vidéo indépendant typé survival horror dont le principe était d’envoyer le joueur dans l’un de ces restaurants où oursons souriants et souris cantatrices animent les anniversaires des petites têtes blondes, entre deux services de cheeseburgers. Evidemment, c’est de nuit que le player se retrouve enfermé sur place, pour découvrir que les tas de peluches sont moins sympas de nuit que de jour. Joli buzz, belle hype et Hollywood qui se réveille, voit dans cette terreur des consoles une marque à développer, à coller sur des écrans autres que ceux des gamers, et travaille à l’inévitable adaptation. Huit ans plus tard, on attend toujours, les pontes de chez Warner tardant tant à passer commande au Freddy’s que des petits roublards finissent par se décider à combler les trous. Outre un court-métrage à la belle gloire (The Hug), on connaît le Willy’s Wonderland avec Nicolas Cage, dont la réputation est nettement moins enviable, et donc le présent The Banana Splits Movie dont il se dit que le script serait celui d’abord prévu pour le Five Nights at Freddy’s version ciné. Allez savoir. Ce qui est sûr, c’est que quelqu’un s’est souvenu qu’il possédait les droits de l’antique émission The Banana Splis Adventure Hour et a pensé que c’était sans doute le moment de dépoussiérer les déguisements colorés… pour mieux les asperger de sève rougeaude. On refile le projet à Danishka Esterhazy, amenée à se foirer deux ans plus tard sur le remake de Slumber Party Massacre, on réunit un peu de pèze sans non plus vider les comptes et hypothéquer la villa sur la plage, on embauche quelques no name (pas la peine de se traîner une starlette, le principe du kids show virant au carnage l’emportant ici sur tout le reste) et silence on tourne.

 

 

On ne s’embarrasse même pas d’un synopsis bien compliqué : pour fêter l’annif d’un mouflet, sa petite famille l’emmène voir l’enregistrement de Banana Splits, pile le jour où les robots planqués sous les duvets de chiot zozotant et fauves rieurs apprennent que ce sera là leur dernière émission. Programmée pour le spectacle et habituée aux cris de joie des gamins, la clique ne se résout pas à rejoindre le placard, à finir désossée pour que ses processeurs soient revendus aux magnats du hi-tech. Alors on se rebiffe, on zigouille l’équipe technique, les producteurs, les parents, et on fait prisonniers les chiards, attachés dans la cave et forcés de profiter du numéro, version hard cette fois. Les abattages varient dans la découpe (colonne vertébrale brisée, sucette dans le gosier, visage cramé, front pété au marteau, démembrement…), le décorum du plateau tv permet de changer de paysage de temps à autre (fausse jungle, monde féerique, ateliers de mécanique) et les personnages, sans être attachants, sont distincts les uns des autres, suffisamment croqués pour avoir des raisons d’avancer dans leur nuitée d’horreur. Mère courage en couple avec un mari infidèle et mauvais beau-père, ado tristounet, youtubeurs à baffer (ils le sont souvent, c’est vrai), père poussant sa gosse à devenir une star… Personne que vous collerez en avatar sur Facebook ou Twitter après une séance de screenshots, et personne pour qui l’on tremble lorsque les bestioles mécanisées sont sur leurs traces. Mais ils font le job. Sans plus. Comme le film dans son entièreté, d’ailleurs.

 

 

Car nous voilà dans le domaine du plaisant oubliable, construit de manière compétente mais privé de tout génie, voire de réelle énergie. Il manque de nerf ce Banana Splits Movie, et morfle surtout en son centre, lorsque les personnages badaudent sans but dans le studio télé sans jamais se croiser, tombant un à un dans un coin différent d’un endroit certes grands, mais pas immense au point de se montrer sourd face aux cris de détresse d’un pauvre bonhomme scié en deux lentement, le tout devant sa fiancée, hurlante elle aussi. Un problème récurrent de ce types de productions, qui misent tout sur le concept mais ne travaillent pas assez la structure, ne soignent pas assez ce qui aurait dû être des moments forts. Comme par exemple la course d’obstacle, montrée de gentillette façon en entame, avec deux enfants se prenant des tartes à la crème en pleine face ; puis reprise dans le dernier acte avec de plus sales manières, en torturant les participants. Idée géniale, qui aurait d’ailleurs dû être au centre du métrage dans son entièreté, mais un pétard mouillé à l’arrivée. Dommage, car si Banana Splits Movie avait pris le parti du show télévisé où les perdants meurent et où les gagnants ne peuvent obtenir que quelques minutes de vie supplémentaires, il récoltait notre enthousiasme. Et s’il avait adopté une évolution par pallier, finalement proche des stages d’un jeu-vidéo où chaque plateau TV devait être traversé et ses menaces déjouées, les protagonistes n’auraient pas été forcés de tourner en rond la majeure partie du film. Et nous avec eux. Bref, Esterhazy remonte dans notre estime, mais elle ne s’en sort tout de même qu’avec la moyenne et l’habituel « peut mieux faire » en poche.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Danishka Esterhazy
  • Scénario: Jed Elinoff, Scott Thomas
  • Production: Adam Friedlander, Samantha Levine
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dani Kind, Steve Lund, Maria Nash, Sara Canning
  • Année: 2019
Tags:  , ,

2 comments to The Banana Splits Movie

  • Denis  says:

    Il faut que je me trouve ça.

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