Charlie’s Death Wish

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Si vous vous écorchez les pieds dans ma crypte depuis ne serait-ce qu’une paire d’années, vous y avez traîné suffisamment longtemps pour savoir que j’ai mes chouchous, quelques demi-dieux qui m’ont si rarement fait faux bond que je les prie chaque matin, la tête tournée vers les cabinets. Don Dohler, Brett Piper en sont. Et Jeff Leroy aussi. La déception ne sera pas encore pour cette fois, puisque le Charlie’s Death Wish (2005) du dernier cité met en italique un fait dont ne nous doutions plus. A savoir que le gazier a beau ne pas avoir un sou, il n’en propose pas moins un spectacle maximum.

 

 

Cela dit, même si cette zéderie du mitan des années 2000 profite du savoir-faire du bâtisseur de low budget aussi pétaradants que visqueux comme les deux Creepies, Werewolf in a Women Prison (rien qu’à son évocation, j’en ai le coeur qui tourbillonne), Rat Scratch Fever ou The Witch’s Sabbath, il paraît évident que l’âme créatrice derrière le projet tout entier n’est autre que sa bonne copine Phoebe Dollar. La comédienne au teint pâle que l’on apprécia dans Goth se charge effectivement de la production, via son éphémère boîte Dollar Productions, rédige le script et s’octroie le premier rôle. Celui de Charlie, nénette à la recherche des meurtriers de sa pauvre sœur, par conséquent en guerre contre toute la crasse humaine d’Hollywood. Une croisade dangereuse, mais Charlie sait où se trouver glaives et cotte de mailles puisqu’elle travaille dans une armurerie. Bazooka, pétoires, arbalètes et grenades en poche, elle écume les taudis de L.A., s’infiltre dans les bars à strip gérés par des mafieuses, s’engouffre dans les ruelles mal famées pour y trouer de la chair de vicieux. Jusqu’à finir par se faire remarquer, évidemment. D’abord par la moumoute sur pattes Randal Malone, éternelle tante de la Série Z, croisé sur moult productions Leroy ainsi que sur Dahmer vs. Gacy et The Amazing Bulk, ici dans le rôle d’un richissime malfrat pas tout à fait content qu’on lui zigouille ses hommes de main. Ensuite par Ron Jeremy, l’éléphant du X à la trompe cachée dans le futal, ici un bon petit flic découvrant sans tarder la culpabilité de Charlie. Mais pris d’affection pour cette fifille certes dingue mais bien brave tout de même, il fera de son mieux pour lui ménager une porte de sortie. Mais est-ce encore possible à ce stade ? D’autant qu’un réalisateur de documentaires est à leurs trousses, et aurait selon ses dires de quoi faire tomber la vigilante comme le lieutenant complice.

 

 

Pas de grosse bébête à huit pattes ravageant Vegas, pas de succube se nourrissant de jus de zob à l’arrière des boites de nuit, pas de lycanthrope perdu dans les toilettes des filles, pas de ragondins tombés de Mars sur notre pauvre caillou azur. Jeff Leroy, sous l’impulsion de la mère Dollar, se serait-il frotté à la respectabilité du thriller urbain ? Que dalle ! Jeffie change de genre mais pas de manières, et c’est sans hésitation qu’il se relance dans son hobby préféré : la destruction de maquettes pour l’habituel cauchemar d’urbaniste. Elles se prennent une carcasse en feu, les lettres de la colline d’Hollywood. Et elles sautent, les bâtisses où se planque tout ce que la Californie peut compter de porte-flingues. Merci Charlie et sa tendance à ne pas faire dans le détail, à sortir l’artillerie lourde même quand ses adversaires ne sont munis que d’un bec d’oiseau à peine apte à rapper une carotte. Niveau gore, ça y va aussi. Charlie propulse la matière grise au plafond, fait éclater les fronts comme des pastèques, égorge plus costaud qu’elle, pousse dans les ravins les tendrons violents et use de ses explosifs pour éparpiller du loubard dans les coupe-gorges. On reconnaît là aussi l’amour total que porte Leroy aux feux d’artifices, ses explosions s’accompagnant généralement d’étincelles vertes et rosées du plus bel effet. Pas l’idéal pour renforcer la crédibilité d’un récit – en même temps, on a Randal Malone en petit maître du crime et Ron Jeremy en flic honnête, la vraisemblance l’a donc dans l’os dès le départ – mais parfait pour vous coller des étoiles dans les yeux. Et le reste de la galaxie avec. Charlie’s Death Wish tranche dans le lard, appuie sur l’accélérateur, ne feignasse à aucun moment et ne se contente jamais du minimum syndical. Nous ne sommes ni chez Charles Band ni chez David Sterling : Leroy a la passion qui lui dévale les veines, et s’en va soigner le moindre de ses films. Cela reste gauche à chaque instant, mais il est impossible de ne pas reconnaître que suinte de l’ensemble une véritable envie de faire au mieux.

 

 

Jeff Leroy n’étant pas tout à fait un grand apôtre du renouvellement, on s’attendait évidemment à devoir sortir le tablier et la boîte de Kleenex, et étions donc équipés pour lui faire face. Par contre, on ne s’attendait pas à voir Phoebe Dollar citer autre chose qu’un Justicier dans la Ville. Bien sûr, la filiation avec Charles Bronson est d’autant plus évidente qu’elle est régulièrement soulignée par les dialogues, Dollar et Jeremy débattant même du final du premier film, Ron la moustache mettant en garde Phoebe la vengeresse contre une conclusion amère si elle ne stoppe pas ses activités meurtrières dans les temps. Mais on se demande aussi si la scénariste n’avait pas à coeur d’en revenir au film noir, voire même à James Ellroy, ce qu’une mécanique faite d’interrogatoires musclés, qui mènent à toujours plus de suspects, sous-entend au moins autant que le cadre d’une cité des anges comme de coutume transformée en nid à démons. La nature même de Charlie’s Death Wish l’empêche bien évidemment d’atteindre le statut d’un équivalent à L.A. Confidential, il ne faut pas rêver, mais un récit plus dense que d’ordinaire – en tout cas pour du Z-grade movie – ne saurait faire de mal. On notera aussi que le film profite du carnet d’adresses bien rempli de Phoebe Dollar, à priori bien connue dans le milieu du rock à l’odeur de bourbon. Seront donc présent Lemmy Kilmister de Motörhead, Dizzy Reed de Gun’s and Roses et Tracii Guns, mercenaire de la gratte passé par les Gun’s, Quiet Riot, Poison et W.A.S.P. Une fine équipe tout juste de passage, mais une participation très amicale et bienvenue. A noter que l’on retrouvera tout ce beau monde ou presque dans Sunset Society, que réalisa Phoebe Dollar une dizaine d’années plus tard. On y a déjà réservé notre siège, et on vous dira ce qu’il en est sans faute. On est même pressés, car Phoebe Dollar confirme avec Charlie’s Death Wish ce que l’on avait entraperçu dans Goth : elle est une femme intéressante, avec un univers rock et urbain bien à elle.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Jeff Leroy
  • Scénario: Phoebe Dollar, Jeff Leroy
  • Production: Phoebe Dollar
  • Pays: USA
  • Acteurs: Phoebe Dollar, Ron Jeremy, Randal Malone, John Fava
  • Année: 2005

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