Witchouse

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Hocus pocus, Full Moon te le fout dans l’anus. Pas tout à fait la surprise du siècle, car ça fait beau temps que l’on sait qu’il ne faut jamais tourner le dos à Charles Band, roi de la douille par derrière, de l’arnaque vicieuse. Une fois de plus, il nous pousse à acheter un chat dans un sac avec son Witchouse de 1999, qui a désormais dépassé la vingtaine sans que le temps lui fasse gagner en charme.

 

Cela faisait un petit moment que l’on n’avait pas ouvert les tiroirs de David DeCoteau. Des slips blancs. Beaucoup. Et puis quelques bandes que l’on n’avait pas encore osé toucher. Comme Witchouse, premier volet d’une trilogie, d’abord écrit par Benjamin Carr, âme damnée de Band, son esclave attaché à la machine à écrire dont il expulsa du Talisman, du The Creeps, du Hideous, du Curse of The Puppet Master et du Shrieker. Du médiocre dans le meilleur des cas (Shrieker), du dégueulasse dans le pire (The Creeps). Pour une fois, même le peu contraire Band en tire une de dix pieds de long à la lecture du synopsis présenté par le petit Carr. Tout cela ne serait pas assez proche des Night of the Demons, salsa du démon sexy en diable que l’ancien patron de l’Empire effondré souhaite prendre comme modèle pour sa bicoque aux sorcières. Coup de téléphone. « Allo ? Matthew Jason Walsh ? Ca va, ma gueule ? Ouais, j’ai du taff pour toi, ça te prendra cinq minutes. Une réécriture. Witchouse que ça s’appelle. Non ça va être de la merde en bocal, mais on emballera ça joliment, petit nœud scintillant et joli paquet. Les mecs des vidéoclubs nous colleront ça entre Re-Animator et From Beyond, et le client qui a oublié son pince-nez y verra un lien qui n’existe pas. Du brouzouf dans la poche, et tu peux croquer ta part sans te fouler l’index, Matty. T’en es ? » Bien sûr qu’il en est, Matty. Il a déjà chié le scénar’ de The Killer Eye (ah bon ? Il y en avait un?), et ficellera par la suite ceux de Voodoo Academy, Speed Demon, The Brotherhood et ses suites, Final Stab et Prison of the Dead. Que du DeCoteau, éternel valet de chambre de Band, et que du torché en une demi-journée, les yeux bandés. On sait dans quelle boue on pose les babouches, et on sait qu’on va frotter de la semelle pendant six mois après ça, sans jamais parvenir à la décrotter. Walsh, en bon petit soldat capable de se jeter sur une mine si le colonel le lui ordonne, se contente de copier le résumé au dos de la jaquette de Night of the Demons (plutôt le troisième que les autres), sans même avoir à visionner la bande à plagier. L’histoire, elle est mince comme un poil de fion de moucheron : quelques jeunes sont invités par une ado gothique à passer la soirée dans un manoir réputé hanté, en fait le terrier d’une sorcière vengeresse, pressée de prendre sa revanche sur les descendants de ceux qui la collèrent au bûcher quelques centaines d’années auparavant. Comme c’est original.

 

 

Vu que le bazar va durer 72 minutes – court, mais ça va vous sembler long, vous verrez – et que DeCoteau s’assure que le générique de début durera près de dix minutes pour allonger la sauce artificiellement, Walsh n’a pas besoin d’aller beaucoup plus loin, de tirer à la ligne ou de traquer l’audace. La goth est donc de mèche avec l’ensorceleuse, et la séance de spiritisme promise un gigantesque traquenard, une simple excuse pour permettre à l’ancêtre de goûter vengeance et revenir parmi les vivants en deux incantations bien épelées. Les victimes ? Le casting de teens habituel. La cheerleader pressée de se faire relever la jupe par le beau blond sportif, enviés par les intellos de services, ici un spécialiste de l’électricité et un physicien en herbe. Pour alléger l’ambiance, on rameute aussi la rockeuse qui ne quitte jamais sa gratte, et le camé de service dont le cerveau baigne dans un smog constant. Rajoutez une gentille bigleuse, historienne de son état – ça sera pratique pour dérouler tout un background à base de Necronomicon et de Dunwich – et la clique est au grand complet. Ah oui, j’oubliais le perchiste, qui aspire à un rôle d’acteur et n’en finit pas de se faire remarquer. Notez qu’il joue presque mieux que les nobody embauchés par DeCoteau, comédiens débutants, ignorants que leur début sera aussi leur fin. Littéralement pour celui qui joue le fumeur de weed, mort peu de temps après le tournage, et auquel Witchouse est dédié. Tu parles d’une épitaphe. Curieusement, le pauvre était aussi le seul à avoir un trépas plus ou moins visuel dans le film, décapité par deux goules, la sorcière Lilith ayant pour projet de transformer les adolescents en membres de sa horde démoniaque. Comme dans Night of the Demons, toujours. Pour les autres, la mort sera sobre, la plupart des gugusses finissant zappés par des rayons laser sortis de la main de la vilaine en chef. C’est moins salissant, et ça fait économiser du Ketchup.

 

 

Pas la peine de faire dix pages sur ce que tout le monde avait de toute façon repéré comme une merde fumante posée sur les trottoirs de l’horreur indépendante, puisque cela reste du Full Moon mauvaise période (lire « Tout Full Moon après les deux ou trois premières années »). Avec sa photographie a gerber, sa bande-son dénuée de tout caractère, sa mise-en-scène si molle qu’elle ferait passer Navarro pour du John Woo. Avec son refus d’en donner pour son argent au client, claquemuré dans un joli château, avec donjon et tout le bordel, mais jamais mis en valeur, et dans lequel on ne fait que causer et se raconter des banalités. Faut croire que certains s’y sont trompé puisque deux suites sortiront les années suivantes, mais c’est là tout le talent de Full Moon. Les films sont vides de tout (pas même un peu de fesse dans celui-ci, c’est dire s’il ne reste absolument rien) mais pourtant les gens continuent d’y retourner, de parler de son catalogue avec des galaxies entières dans les yeux, et même de le comparer à celui de Corman ou de la Troma, qui écrabouillent pourtant en deux films trois décennies de ballades dans des couloirs, financées au lance-pierre par l’un des plus grands escrocs que la Série B ait connu. J’ai nommé Charles Band.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation: David DeCoteau
  • Scénario: Matthew Jason Walsh
  • Production: Charles Band, Vlad Paunescu, Kirk Edward Hansen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Matt Raftery, Monica Snow, Brooke Mueller, Marissa Tait
  • Année: 1999

3 comments to Witchouse

  • Roggy  says:
  • Roggy  says:

    Yep, c’est vraiment moche et pas terrible 🙂

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