The Seed

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Shudder, service de streaming branché horreur et ayant pignon sur rue Outre-atlantique, plante de la mauvaise graine et donne sa chance au petit nouveau Sam Walker, qui après quelques courts en vient au long avec The Seed (2021). On l’accueille à bras grands ouverts, d’autant que même s’il va glaner son inspiration dans la body horror de Cronenberg et ne zone pas trop loin du fantastique crade et sexuel de Frank Henenlotter, il va surtout puiser au puits Xtro, duquel on a tiré finalement assez peu d’eau croupie. Mais surtout, il se pare d’une ironie mordante plus qu’appréciable.

 

Attention, spoilers !

 

Soyons francs : je n’aime guère les services de streaming. Je n’en aime tout simplement pas le principe, et me méfie de leur influence grandissante, amenée à faire de plus en plus d’ombre à un format physique déjà fiévreux. Oui, elles sont sans doute pratiques, ces bibliothèques virtuelles, mais leurs services sont aléatoires, leur catalogue trop mouvant, fait d’entrées de titres cultes… et de sorties de ces mêmes titres cultes, rendus invisibles durant le laps de temps où leurs droits ne sont pas rachetés par tel ou tel service. Les vieux culs comme vous et moi s’en foutent, car ils ont bien souvent tout ce qu’il faut à disposition, au format galette. Mais pour les titres plus récents, pour beaucoup privés de format DVD ou Blu-Ray ? Si ce n’est le téléchargement illégal, bien peu d’alternatives sur lesquelles se rabattre. D’ailleurs, et pour compliquer encore un peu la chose, notons que les productions maison de Shudder sont invisibles légalement sur nos territoires, le service frémissant n’ayant pas de bureau francophone (chez nous, on a le plutôt inintéressant Shadowz). Bref, tout cela est fort dommage, surtout s’agissant de The Seed, originale histoire d’extra-terrestre, débutant comme un film familial façon E.T., et rampant progressivement jusqu’à des fumets plus acides. Le débutant Sam Walker brosse d’abord dans le sens du poil, envoyant trois gaies jeunes filles dans une villa de luxe, plantée dans la solitude d’un désert américain où atterrira bientôt un petit être venu d’ailleurs. Il pue la merde, pour reprendre les termes des cocottes, mais il est presque mignon, avec sa petite truffe de chiot et son regard azur. Les deux blondes n’en veulent néanmoins pas dans la casa : la bestiole schlingue beaucoup trop, a sali piscine et terrasse, et ses cris sont proches de l’insupportable. La brune, elle, animaliste dans l’esprit, souhaite à tout le moins protéger la bête du soleil, et l’invite à profiter des canapés à l’intérieur.

 

 

Au début, c’est la farce. Le plaisir pris par Walker d’enfermer trois nanas BCBG avec une caricature d’alien gentil. Les héroïnes n’en sont pas vraiment, influenceuses bouffies d’orgueil, occupées à compter les likes sur leurs publications et à s’embourber le blair dans la coke. Le monstre, mignon comme une peluche de nouveau-né, est enduit d’une huile dégueulasse et sent comme les écuries de mille canassons. The Seed a le sourire en coin bien visible, joue de sa satyre, parodie les joyeuses visites de petits hommes verts comme Spielberg les imaginait jadis, et fait même un détour par le doux Cocoon, dont il reprend l’idée de la boule de chair tombée des étoiles dans une piscine. Le premier tiers se veut rieur, voire moqueur tant on sent que l’auteur tient en piètre opinion ces reines des réseaux à la petite semaine, payées pour se photographier au soleil tequila à la main, cyniques vendeuses de rêves et de vie de luxe, monstres de vacuité préférant abattre un animal par seule peur qu’il dégueulasse leur dallage. Plus portée sur le coeur, ce qui l’empêche de se hisser aussi haut que ses copines, socialement parlant, Charlotte se laisse attendrir par cette flaque de chair au joli minois, affalée dans l’herbe comme le cadavre d’un vieux blaireau en bord de route. Et c’est là que The Seed durcit le ton de sa blague. Jusque-là, l’humour était in your face, centré sur les cris et grimaces de bimbos écœurées par la créature venue ruiner leur week-end dans les bras d’Hélios. Les choses changent, vicieusement, puisque c’est à cause de la grandeur d’âme de Charlotte que le drame arrive. Si les blondes avaient suivi leur instinct et abattu leur clebs de l’espace d’un bon coup de batte, de problèmes elles n’auraient pas souffert. Mais voilà, la bestiole vit, prend ses aises, et commence à s’immiscer dans l’esprit de ces femmes, désormais les siennes. Car à la nuit tombée, la vicieuse bête dévoile sa nature profonde, déroule un tapis de chair dans lequel celles qu’il manipule se roulent, jusqu’à se faire implanter la semence du titre, le monstre engrosse les femelles pour la future prise de la Terre. Glauque, d’autant que la caméra de Walker quitte de plus en plus volontiers les bords de piscine et les jardinets de grands manoir pour les chambres plongées dans le noir, ou les cabanons perdus dans le grand nulle-part, où l’on retrouve des cadavres à la tête éclatée au plomb de chasse.

 

 

La mise en scène, d’abord douce et concentrée sur les textures, s’emballe sur la fin, pousse à se rouler dans la poussière et se badigeonner de sang. La fureur ! La rage ! Celle de Charlotte, fâchée de voir ses pimbêches d’amies devenir les mères porteuses d’une invasion à grande échelle, de les retrouver à moitié assommée par une folle nuit dans la carne d’une bébête de moins en moins attendrissante, dont les cris ne sont plus des pleurs mais des menaces. Le final se voudra cruel à plus d’un titre, d’abord parce que Charlotte devra liquider les siennes, ensuite parce que cela n’aura aucun effet réel, si ce n’est sur un spectateur qui aurait toutes les raisons de se montrer satisfait. The Seed, c’est du bien emballé, avec une photo splendide, du nerf, et même quelques séquences psychédéliques à se damner, du Hawkwind en intraveineuse avec un petit caractère perverti en option. Walker est un équilibriste, car il parvient à fourrer dans 90 petites minutes, qui paraissent moitié moins (c’est toujours bon signe), un pastiche des films d’aliens gentils, un hommage à l’épouvante à la fois cradingue et psychologique des 70’s et des 80’s, et de l’action terreuse, où l’on poursuit en buggy des démones enceintes jusqu’au cou et prêtes à éviscérer le chaland. Du foutraque, mais qui ne sombre jamais dans le gros bordel, parce que c’est progressivement qu’il perd son large sourire pour nous offrir la mine menaçante de celui qui ne nous veut aucun bien. Une belle surprise, et un nom à ajouter à la liste de ceux à ne pas oublier.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Sam Walker
  • Scénario: Sam Walker
  • Production: Paul Parker, James Norrie, Matt Hookings, Chris Hardman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Chelsea Edge, Lucy Martin, Sophie Vavasseur
  • Année: 2021

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