Morsures (Nightwing)

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Serait-ce la faute du justicier capé, en plein retour triomphal, si nous prenons aujourd’hui la lampe torche pour monter au beffroi de Morsures (Nightwing, 1979), où virevoltent des milliers de chauves-souris vampires, lancées aux trousses de touristes et shamans perdus dans une réserve indienne ? Après des années 50 et 60 largement consacrées à la télévision (il shoota du Perry Mason, du Gunsmoke et du Alfred Hitchcock presents), Arthur Hiller s’enfonce dans les cavernes de l’épouvante, mais pour s’intéresser à l’Homme plutôt qu’à la Bête.

 

 

Que faire lorsque l’on veut se laisser asperger par le tsunami de dollars Jaws, sans pour autant avoir à subir les foudres des avocats du père Spielberg ? On change de décor et de bestiole, pardi. On quitte le maillot, on crève la bouée. On garde la crème solaire, cependant, car il fera chaud dans cette réserve indienne, située non loin de Las Vegas, où sont retrouvés exsangues chevaux et moutons. Les carcasses sont parsemées de petites morsures, une terrible odeur d’ammoniac flotte, et nulle trace d’une meute de coyotes dans les parages. Bizarre… Duran (Nick Mancuso, qui avait débuté sa carrière en prêtant voix et carrure au maniaque de Black Christmas) ne s’attarde pas sur le sujet, bien que celui-ci l’inquiète, son esprit étant déjà pris par les ultimes heures du vieil Abner, ermite que tous craignent, et qui fut son mentor. Abner va bientôt s’éteindre, mais ne compte pas le faire sans emmerder le monde une dernière fois : il a tracé dans le sable un cercle magique, promesse de fin du monde et de tourments sans fin pour les vivants, coupables de vouloir bafouer ces terres sacrées pour en extraire leur pétrole. Et les enfers descendront du ciel, sous la forme de chiroptères cruels, que combat Phillip Payne (David Warner) depuis des lustres, chercheur et bourreau de ces vampires miniatures, bien pires que ceux des fables. N’empêche que Les Dents de la Mer reste dans les mémoires des nombreux scénaristes ici au travail, ceux-ci n’oubliant pas le mélange des genres ni d’insuffler un peu de politique à leur tambouille. Ainsi, bien que très au fait de la menace sortie de la nuit pour siroter le sang du bon peuple, le nanti Walker Chee (Stephen Macht, The Monster Squad) fait l’autruche, et s’effraie de la panique que la nouvelle pourrait engendrer. Et de la peur qu’elle pourrait causer chez les entrepreneurs pressés de sucer le jus noir des montagnes locales… Same old shit, mais Morsures ne souffre pas tant que ça de la comparaison avec Jaws, grâce à un spiritualisme apportant un peu de sang neuf, et surtout des personnages intéressants.

 

 

D’ailleurs, on le sent bien que les stars ne sont jamais nos amies les chauves-souris, toile de fond soignée, dispensaire de jolies scènes mortelles. Comme celle de ce campement attaqué, où des catholiques chantant les alléluias sont rejoints par les crocs volants, finissent par se trahir les uns les autres, roulent sur les mourants pour prendre la fuite, laissent leurs femmes brûler sur le feu de camp, ferment les portières alors que leurs amis agonisent à deux mètres. Dur, mais un peu drôle aussi, faut bien l’avouer. Beau passage aussi que celui de la cage dans laquelle s’enferment les héros, alors que la nuée noire s’abat sur eux pour boire à leur jugulaire, leur treillis électrifié refusant de cracher ses foudres pendant que les petits monstres en perce le fer. Et puis, même si elle souffre d’effets déjà vieillissants à l’époque, la séquence finale, aux flammes malheureuses, reste joliment épique. Mais voilà, l’intérêt premier de Nightwing (joli titre, hein?) sont dans les combattants du Mal plutôt que dans le Mal lui-même. Héros sympathique d’ailleurs que le froid et sévère Duran, pris en étau entre un Chee voulant voir son peuple entrer dans un siècle nouveau, les vieux sages cadenassés dans leurs superstitions, et ce vieux fou d’Abner, mort-vivant priant l’apocalypse et condamnant le reste du monde à toutes les peines. Duran, un homme forcé de faire le lien entre un père de substitution détesté et craint de tous, et ses plus réfléchis adversaires… Position difficile à tenir pour un homme qui plus est bientôt quitté par son aimante petite amie, prise dans un grand hôpital planté si loin de ses cactus. Plus dur encore, Duran découvre que les vampires ont été attirés par son maître, et que c’est à lui de faire le ménage, et donc trahir celui qui lui a tout appris.

 

 

Chee, le mauvais rôle, celui de l’affamé de pognon, n’est pas mal non plus, car ses causes sont plus nobles qu’il n’y paraît, pressé de sacrifier son histoire, ses ancêtres, c’est vrai, mais pour les remplacer par des écoles, des centres médicaux, soit tout ce qui fait défaut à leur culture et l’empêche de persister, de grandir. Le choc de l’évolution de Chee et du conservatisme de Duran. Le personnage le plus beau reste néanmoins celui de Payne, que Warner incarne tout en froideur, tel un guerrier au pas pesant ne vacillant jamais, sûr de sa mission. Il fournit le meilleur de Morsures quand, en pleine discussion avec un Duran inquiet de ses conditions de vie, il offre un magnifique monologue sur l’horreur de cette espèce vampire, véritable désastre ailé qu’il décrit gravement, comme un animal déviant ne faisant que baiser, chier et pisser du sang, ne se levant que pour croquer ce qui vit, et ne vivra bientôt plus. Et pour en freiner l’avancée, Payne voyage, vivote, pour sauvegarder une humanité à laquelle il n’appartient pourtant jamais. Quel personnage !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Arthur Hiller
  • Scénario: Steve Shagan, Bud Shrake, Martin Cruz Smith
  • Production: Roger Corman, Catherine Cyran
  • Pays: USA
  • Acteurs: Nick Mancuso, David Warner, Stephen Macht, Kathryn Harrold
  • Année: 1979

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