La Vallée de la Mort

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Sont cons, quand même, les gens. Malgré les flots de petites productions hurlant à qui veut l’entendre que le désert n’est rien d’autre que la triste promesse de rencontres avec des chauffards déments, des sauvageons des collines, des auto-stoppeurs maniaques et des bestioles aux dents acérées, le bon peuple y retourne. On ne lâche donc pas notre verre d’eau en apprenant que la petite famille américaine plus ou moins typique s’y retrouve coursée par les fous dans La Vallée de la Mort (1982). Après tout, c’était dans le titre…

 

Attention, spoilers inside.

 

J’aime pas les gosses. En tout cas pas par principe. Notez que je ne me sens pas obligé de les haïr non plus, mais je n’ai jamais embrassé cette philosophie voulant que les lardons sont par définition attendrissants, doux et ne disent que la vérité, rien que la vérité, Monsieur le Juge. Certains sont bien braves et mignons comme des chatons, d’autres sont à baffer au fer à repasser. C’est ainsi. Tout ça pour dire qu’il ne suffit pas de me coller un premier rôle dans le jeune âge pour que mon stress monte en flèche, pour que je mouille mon froc à la seule idée qu’une tête blonde puisse être la cible d’un quelconque malade mental. En outre, on sait par expérience que même dans un genre voulu sombre et impitoyable comme l’horreur, les mouflets ne craignent généralement pas grand-chose, ne récolteraient pas même une écharde en marchant pieds nus dans une scierie. Alors un coup de bêche dans le front, vous pensez bien… Rajoutez le fait que les mouflets sont souvent insupportables dans les genres qui nous intéressent – on se souvient tous du petit Bob et de sa gueule improbable dans La Maison près du Cimetière – et vous comprendrez que l’idée qu’à La Vallée de la Mort d’aller chercher son héros en classe de primaire nous fait tiquer. Sauf que le petit, c’est Peter Billingsey, et que le blondinet, il a un pass auprès de nous. Difficile d’expliquer le pourquoi du comment, mais le marmot, déjà star du petit classique A Christmas Story, où il priait le vieux barbu rouge de lui offrir une carabine en plastique, attire la sympathie. Il a juste l’air d’un bon petit gars, est naturel dans ses peines comme dans sa joie, a la bouille du mec qui veut bien faire et ne joue jamais des avantages du mouflet, dont il ne pas même conscient. Le scénariste Richard Rothstein, devenu un nom pour avoir écrit Universal Soldier, et le réalisateur Dick Richards nous le rendent sympathique d’entrée de jeu ici, le montrant dans une journée père/fils avec son vieux papa… pour la dernière fois avant longtemps. Monsieur divorce de Madame, cette dernière s’envolant pour des contrées arides où l’attend son nouveau jules, alors on se fait des adieux larmoyants sur le trottoir, en s’assurant qu’on s’aime et qu’on fera l’impossible pour se revoir au plus vite, qu’on avalera les kilomètres pour un enlacement. Le petit Billy touche, dans sa détresse de voir sa vie chamboulée parce que sa mère veut refaire la sienne, et son père aussi en voyant ce qu’il a de plus cher s’envoler dans un autre monde…

 

 

Et puis il y a la découverte du futur beau-père, le volontaire Mike. Pas un sale type, au contraire. Il veut que tout aille bien, et sincère, il avoue qu’il veut le bonheur de Billy, celui de sa mère, mais ne veut pas s’oublier dans le processus, se sacrifier pour reconstituer une famille perdue d’avance. En outre, et le script est malin, on ne nous donne jamais la sensation que Mike a volé la femme d’un autre, l’inverse pouvant au contraire être vrai : Mike l’aime depuis son adolescence, la belle Sally, qu’un retour aux sources et au pays a poussé à revoir son ami d’enfance sous un œil nouveau. Mais Billy, tout ça, il s’en fout : tout ce qu’il voit, c’est qu’on installe une barricade de plusieurs états entre lui et son triste papa… Peut-être pour échapper au malaise de la voiture, qui traverse le désert pour foncer à la vallée de la mort, lieu touristique où l’on célèbre le colt, le stetson et l’abattage de peau rouge, et dans laquelle Mike et Sally se tiennent la main et se font des bises en pensant que Billy n’y voit rien – oh que si, il voit, et il n’aime pas ça – le gosse regarde tout le reste. Et découvre une caravane a priori abandonnée, où il trouve un pendentif en or, aux traits de crapaud. En fait le lieu d’un meurtre sauvage, et le bijou de l’assassin, dont le frangin repère Billy dans un resto-route et se met en tête que lui et son cruel frérot feraient bien de faire taire ce potentiel témoin… L’épouvante aride en plein, et on sent à chaque scène, à chaque soubresaut, à chaque coup d’oeil derrière la roche que Rothstein et Richards sont déjà passées par ces plaines, qu’ils en connaissent chaque cactus depuis qu’ils ont révisé leurs classiques. Au Duel de vous-savez-qui ou à la belle diablerie The Car, ils piquent la pression ressentie par Billy quand il découvre qu’une bagnole crasseuse le suit à la trace sur ces routes vides de tout, si ce n’est de poussière. A La Colline à des Yeux, ils empruntent le principe de la famille en vadrouille tombant sur une fratrie de dégénérés, jamais contraire à un bon coup de pioche dans le buffet. Au terrible La Course contre l’Enfer, ils chipent la possibilité d’un complot, Billy se rendant compte que beaucoup des gens du coin portent des pendentifs étranges… Et pour sortir un peu de la toundra, ils récupèrent au cousin Vendredi 13 son goût pour la gorge entrouverte et crachant son raisiné, les meurtres – le plus souvent d’ados en chaleur ou pas bien malins – étant graphiques comme dans un bon slasher, ce qui pousse certains à faire entrer Death Valley dans la catégorie. Pourquoi pas, après tout.

 

 

Longtemps invisible, le film est désormais trouvable dans le catalogue d’Elephant Films, occasion de profiter de la sécheresse de cette grande petite Série B, pas tout à fait culte, mais toujours bien placée dans les mémoires de ceux qui vécurent la belle époque, celle de la VHS. Pour tous les autres, ça sera séance de rattrapage obligatoire, et l’occasion, finalement rare, de s’installer sur la banquette avec des personnages bien écrits et bien interprétés. Le casting a de la gueule faut dire, et convoque Stephen McHattie (Pontypool, le The Dark des 90’s avec son rat mutant), Paul Le Mat (Puppet Master), Catherine Hicks (Child’s Play, le premier Chucky) et notre moustachu préféré de la période, le grand Wilford Brimley (Cocoon, The Thing, Chasse à l’Homme). Mais ils ont la vie facile avec de bons persos à interpréter, la relation naissante entre un Billy et un Mike ne sachant comment se rapprocher l’un de l’autre sonnant juste, et elle finit par nous toucher. A la rigueur, et c’est là que tombe le spoiler, on peut regretter des méchants un peu simples, jumeaux banals comme le cinéma policier en avait déjà créé des milliards avant eux. Il aurait fallut des triplés ou des quadruplés pour nous impressionner pour de bon… Mais est-ce bien grave ? Et la résolution d’un mystère est-il son meilleur moment ? Jamais. C’est dans la tension naissante que se trouve le plaisir, dans l’approche d’ombres grandissantes auprès d’un petit Billy occupé à regarder la télévision tandis que sa goinfre de babysitter vide des sachets de chips (quel perso secondaire que le sien!). Un classique mineur, mais un classique quand même, car il ne crève jamais de pneu et file en ligne droite pour un maximum d’efficacité.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Dick Richards
  • Scénario : Richard Rothstein
  • Production : Elliot Kastner
  • Pays : USA
  • Acteurs : Peter Billingsey, Stephen McHattie, Paul Le Mat, Catherine Hicks
  • Année : 1982

2 comments to La Vallée de la Mort

  • Roggy  says:

    Un film inconnu qui mérite visiblement d’être vu. Merci pour la découverte et ta chro très réussie. En plus, je suis d’accord avec toi sur le début du deuxième paragraphe 😉

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