Hi-8 (Horror Independant 8)

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Tout le monde le sait, les réunions d’anciens élèves ne sont pas pour les cancres, de toute façon en trop mauvais termes avec la scolarité pour faire une rechute, fût-elle le temps d’un soir. C’est d’ailleurs dans ces cas-là que se montent les contre-soirées, bringues bruyantes au sol collant de vieille bière, où hurlent les barbaries, a contrario des échanges de CV et des flots de serrages de main dans lesquels se jettent les premiers de la classe dans leur ancienne cour de récré. Hi-8 (Horror Independant 8), sorti en 2013, ne sera pas tout à fait de la trempe de Masters of Horror, puisque se réunissent sous sa bannière les parias du shot-on-video, les gros dégueux des vidéoclubs, les pervers du caméscope.

 

 

Alors autant être clair d’entrée de jeu : si ce que vous attendez c’est un filet mignon servi avec des courbettes et décoré par les meilleurs chefs, alors que vous êtes enfouis dans une chaise baroque aux gravures d’or, vous en serez pour vos frais. Car Hi-8 vous installe sur le trottoir, face à un vieux glaviot sur lequel vous devrez vous pencher pour y quêter la lapée. Ce ne sont pas les Carpenter, Hooper, Argento et Gordon qui régalent ; ce sont les Donald Farmer, Ron Bonk, Tim Ritter et Todd Sheets qui viennent vous cracher sous dans la bouche un film à sketchs tourné dans les règles (limite de temps et d’argent) et se voulant hommage ultime aux SOV fleuris dans les mom and pop stores entre 82 et 99. Inutile de sortir les couverts en argent, quoi : ici on mange avec les doigts, sans jamais s’essuyer la bouche, en rotant à table et en postillonnant des blagues de cul irracontables. Evidemment, comme dans tous les buffets, tout n’est pas comestible, et tous les chapitres de l’anthologie ne se valent pas. Commençons par les parties qui fâchent, pour changer un peu, et donc par le boulot fait par Brad Sykes (Goth, Camp Blood, Death Factory), ici à l’oeuvre à la fois sur le segment conclusif et sur le sketch reliant tous les autres. Enfin, façon de parler, puisque celui-ci est en vérité une historiette comme les autres, tout juste découpée en six ou sept parties de deux minutes, toutes encastrées entre les autres chapitres. Pas de quoi se baisser pour ramasser sa mâchoire en tout cas, car Sykes nous conte l’habituelle histoire des jeunots partis dans la steppe pour y filmer une zéderie à base de squelette décapiteur. Sauf que les lieux du tournage ont mauvaise presse, ma bonne dame, que l’on y raconte qu’un monstre de légende y arracherait les visages, et il n’est pas spoiler que de dire que les prophéties se réaliseront bel et bien. Sans intérêt, tout comme le final, assez proche de l’entrée puisqu’il y est aussi question d’un réalisateur de films indépendants amenant sa petite copine/future star de ses productions en plein désert, là où il filma ses premiers méfaits. Une dispute éclate, la bagnole ne démarre plus, la cocotte s’enfonce dans le grand nulle-part, revient sur ses pas, ne retrouve de son boyfriend que son caméscope, dans lequel est enregistré la mort de la fifille, pourtant toujours en vie. On connaît la chanson, qui semblait déjà claironnée par le pas terrible V/H/S, sorti une petite année avant Hi-8 et sans doute le modèle inavoué de notre Z gourmand.

 

 

Après les mauvais sketchs, place aux pas terribles. Celui de Donald Farmer notamment, l’éternel auteur de Cannibal Hookers, Scream Dream et Demon Queen se perdant dans le torture porn pour y trouver le socle de sa courte fable. On n’est pas des grands fanas du genre par chez nous, donc disons que ça part déjà mal, mais ça empire lorsque l’on se rend compte que le père Farmer n’a, en plus, rien à dire. Vous me direz, rien de neuf à ce niveau, le vieux Donald n’étant pas tout à fait un auteur engagé de quelque manière que ce soit, si ce n’est éventuellement dans le dénudé de l’actrice sous-payée. Il imagine ici une femme enceinte jalouse des ex de son futur époux, au point qu’elle attache la précédente fiancée de son beau – qui semble sortir de Jersey Shore, et ce n’est pas un compliment – dans le garage pour qu’il coupe de lui-même les liens avec son passé. Coup de marteau sur la gueule et détergeant dans la gorge pour la pauvre Vanessa Alucarda, chanteuse des groupes Surgikill, Wooden Stake et Vaultwraith, ici réduite au statut de suppliciée harnachée à un petit sketch sans la moindre importance. Reconnaissons tout de même que Farmer faisait bien pire à la même époque, mais pour ce que ça veut dire… Un poil meilleur sans non plus défrayer la chronique, le segment du plus rare Tim Ritter (Truth or Dare, Killing Spree) persiste dans les problèmes de couple, une femme au foyer découvrant que son voyageur de mari est un tueur en série sadique et violeur, et en épouse compréhensive elle décide de lui tenir la main et descendre avec lui les belles allées du meurtre et de la folie. A moins que… ? Encore un épisode plutôt orienté torture porn, avec nénettes attachées aux tables et lacérées, quand elles ne sont pas agressées dans leur bagnole. Au moins y a-t-il ici une tentative de jouer un peu avec la psychologie, mais c’est celle d’un gros Z réduit à quelques minutes, et donc digne d’une psychiatrie de resto-route.

 

 

Moins connu que ses camarades, surtout parce que plus jeune il arriva dans le secteur du SOV après tout le monde, surtout connu pour son clownesque 100 Tears et ses talents pour l’effet gore prêté sur d’autres productions que les siennes (on le retrouve aux génériques de Nikos The Impaler, The Theatre Bizarre ou We Are Still Here), Marcus Koch fournit ici ce que l’on attendait de lui. C’est à dire une petite chose banale et peu originale – des météorites se crashent sur Terre, des aliens infectent la population, et dans un garage quatre survivants se disputent le commandement et veulent savoir si l’un d’eux est déjà possédé par l’ennemi -, qu’il sauve du néant dans ses dernières secondes avec un peu de latex, une nana perdant sa peau pour dévoiler un gros lombric denté. Bien crado comme il faut, alors on pardonne le manque d’intérêt de ce qui précède. Encore moins motivant, la partie de Todd Sheets (Zombie Rampage, Goblin, Clownado) prend le combiné pour tourmenter un présentateur radio, coupable d’avoir planté sa moitié quelques temps auparavant, et qui lui passe aujourd’hui des coups de fil macabres par-delà la mort. Aucun intérêt. De l’ennui on saute à l’incertitude avec Genre Bending, sketch dont on en sait trop que faire. Tout d’abord, signalons qu’aucun réalisateur n’est crédité ici, et qu’après enquête il semblerait que l’on doive attribuer ces quelques minutes à Chris Seaver, auteur de doux poèmes comme Anal Paprika 2 : Vampire Killers, Filthy McNastiest: Apocalypse Fuck! et Terror at Blood Fart Lake. Pas un mec très woke, à priori, et le fait que ce genre de type préfère que son nom ne soit pas raccroché au segment donne déjà une belle idée de son caractère politiquement incorrect. Alors qu’elle fait son jogging, profite de sa piscine ou s’adonne à l’art de la cuisine, une jeune obèse est suivie par un stalker, qui au final ne lui veut aucun mal. Mais le stalker était lui-même suivi par un bon voisin, douteux des intentions du premier, inquiet que le weirdo puisse avoir voulu violer la demoiselle. Sauf que à force de stalker le stalkeur, le bon voisin stalkait lui-même la stalkée, c’est mathématique, et c’est maintenant lui qui veut la violer ! Et lui faire renifler ses pets, aussi. La chute ? Elle sera à la mode « tel est pris qui croyait prendre », car la grosse dame déborde de rape fantasy, et piège le salopard dans une conclusion humoristique, mais pas vraiment hilarante… Quelques dialogues empêche cette parodie de rape and revenge de couleur trop profond, mais l’impression que Seaver essaie un peu trop de choquer son monde domine et désamorce ce gros coup de coude, finalement hors-sujet au milieu de Hi-8.

 

 

Les bonnes surprises viendront de ceux dont on attendait pourtant rien. Comme Ron Bonk (principalement un producteur des Polonia ou de trucs comme Amityville Shark House, effectivement l’auteur de quelques SOV dans les 90’s), ici le signataire d’une amusante satire des films des 80’s, un soldat se croyant badass y tente de sauver les grabataires d’une maison de retraite d’une invasion de zombies. Problème : les vieux sont encore plus lents que les revenants, et notre bidasse n’est pas tout à fait un action hero. Parfois un peu trop référentiel (la bande-son singe celle de New York 1997, les dialogues sont autant de clin d’oeil aux classiques des années 80), l’affaire se rattrape par son humour et son rythme, et une certaine bienveillance plutôt absente de Hi-8 jusque-là. Quant à Tony Masiello, on se demande carrément ce qu’il fout là. Certes, ce spécialiste des effets visuels a prêté son art à quelques productions anorexiques, mais il a aussi traîné ses guêtres sur d’énormes machines capées comme Green Lantern, The Amazing Spider-Man ou Man of Steel. On le remercie cependant d’être passé, son segment étant sans conteste celui qui capture le mieux le sentiment que peut avoir le chaland en mettant la main sur une obscure VHS. Alors qu’il aide un ami à boucler les cartons de son vidéoclub mourant, un type trouve un SOV inconnu, enchaînement de meurtres gore plus vrais que nature, dénué de générique ou d’indices quant à son auteur. Après enquête, il trouve le réalisateur, un vieil homme flippant qui l’invite chez lui, peut-être pour tourner la suite du film, malheureusement inachevé… Musique entêtante, metteur en scène masqué et malaisant, obsession progressive pour une cassette cradingue… Tout y est, y compris l’appréhension jadis rencontrée avant d’enfoncer un monolithe à bande magnétique dans le magnéto, incertains que nous étions des maléfices qu’il pouvait renfermer. Rajoutez une grosse louche de gore dégueulasse (dents vrillées à la foreuse, intestins touillés à la mimine) et vous obtenez le pot de fer parmi les pots de terre du jardinet Horror Indepent 8, production inégale – mais les films à sketchs le sont par nature, ça fait dix ans que je le répète. Le constat est cependant positif dans l’ensemble, et Hi-8, sans être fondamentalement meilleur que ses rivaux V/H/S et Scare Package, parvient à leur faire compétition alors qu’il avait lui-même créé les conditions de son échec, finalement esquivé. Comme quoi, la revanche des cancres est possible, même si elle semble accidentelle.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Ron Bonk, Donald Farmer, Todd Sheets, Tim Ritter, Brad Sykes, Marcus Koch, Tony Masiello, Chris Seaver
  • Scénario : Tim Ritter, Marcus Koch, Donald Farmer, Matt Hill, Ron Bonk, Alaine Huntington, Brad Sykes, Todd Sheets
  • Production : Ron Bonk, Donald Farmer
  • Pays : USA
  • Acteurs : Danielle Rosario, Paul K. Richards, Andre Martin
  • Année : 2013

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