Night of the Demon

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Une mode en chasse une autre, et si les années 70 vibrèrent aux coups des larges paluches du Bigfoot, les eighties, elles, poussaient au port de la cotte de mailles avec l’arrivée de l’incisif slasher flick. Alors que faire lorsque l’on vient de sortir des bois maudits et que l’on y a tourné une somme toute classique histoire de sasquatch ? Eh bien on y retourne sans l’aval du réalisateur, on bouleverse le script de fond en comble, et l’on ne retient surtout pas ses coups en matière de gore. Ainsi naquit Night of the Demon (1980), mi-homme mi-bête, mi-creature feature mi-hack and slash, jamais entravé par sa dualité.

 

 

L’ennui, c’est qu’on ne sait pas trop qui féliciter pour la réussite – relative, c’est vrai – de cette velue bande d’exploitation. Son réalisateur, James C. Wasson ? Il mérite effectivement une bonne et amicale tape dans le dos, puisqu’avec son scénariste Mike Williams il monte une intrigue ne se contentant pas du vieux couplet « jeunes chercheurs contre bête immonde » et tente de mettre sur pied une intrigue quasiment policière, lors de laquelle on essaie de remonter à l’origine du Mal. Mais soyons honnêtes et avouons qu’il nous faut aussi serrer des deux mains les pognes du producteur Jim L. Ball, homme avisé s’il en est, qui après avoir pris le poux du marché du film haut en bidoche lacérée décida de changer son fusil d’épaule, et donc de faire de Night of the Demon un pur abattage dans la lignée de Vendredi 13. Et y a du boulot, car Wasson, dans son montage initial, ne laisse que peu de place aux torrents sanguins, pas plus qu’il ne remplit les morgues, soucieux de livrer un sasquatch movie dans la plus pure tradition du genre, avec une histoire bien bâtie plutôt que des crocs acérés. Alors on se rechausse et on repart au vert avec les troupes, jadis épargnées par le bienveillant metteur en scène, désormais éparpillées façon puzzle par le cruel producteur. Aux oubliettes, la résolution positive voyant un hélicoptère récupérer les jeunes héros pour les ramener à la civilisation, et donc aussi loin que faire se peut du bourreau poilu. A compter du jour où Ball reprit la main, la sinistrose régna, l’intrigue débutant même par la découverte d’un survivant au visage à moitié arraché, et que les autorités suspectent d’avoir liquidé ses compagnons de camping. On sait donc d’avance que 95 % du casting sera bon pour servir d’engrais… Mais ce n’est pas encore suffisant pour Ball, qui ne saurait se contenter des quelques personnages imaginés par Wasson et Williams, chair à canon en trop faible quantité pour apaiser l’esprit furieux du bonhomme, qui ne rêve plus que d’une randonnée mortelle, où l’on buterait tous les trois mètres sur de nouveaux corps déchiquetés.

 

 

Une envie commerciale en totale opposition avec celle, plus artistique, de Wasson, de toute évidence plus attaché au suspense qu’au guillotinage. Il se prend même pour un détective terreux, arpentant bocages et bosquets en quête d’informations sur le terrible monstre à la toison encrassée. Entrevue avec le voisinage, questions au garagiste local, parlote avec la maîtresse d’école de ce petit coin paumé des states. Pour apprendre que les attaques et légendes pourraient avoir un lien ténu avec une certaine Wanda, foldingue ne pipant plus mot depuis des lunes, fille du curé du village qui s’immola après avoir vu, dit-on, le diable dans le nouveau-né de son propre enfant. A ce qui se dit, rôderaient également dans les bois les anciens paroissiens du révérend calciné, jamais remis de sa disparition et maintenant à la tête d’un culte satanique priant… Bigfoot lui-même. Trop beau pour être une coïncidence, et sûr que Wanda la taiseuse est la clé de tous ces mystères. Ce n’est pas Chinatown ni du Raymond Chandler, nous sommes bien d’accord, mais la multiplication des entretiens dans la première partie, la chute au compte-goutte des informations, et donc la création de l’univers plus garni que prévu de Night of the Demon prouvent que Wasson visait autre-chose qu’un vulgaire assaut bestial sur ses marcheurs. S’il ne s’élève jamais très haut, fixé au sol de l’exploitation bouffie de tares (les comédiens récitent leurs dialogues sans y injecter beaucoup de vie, et sont incapables de jouer la peur correctement), le film transpire la volonté de bien faire. Du moins jusqu’à ce que Ball ne vienne tout saloper en versant des pots entier de coulis de fraise sur le travail, auparavant très propre, de Wasson.

 

 

C’est bien simple, toutes les sept ou huit minutes, le meneur de notre troupe d’étudiants soon to be dead s’arrête pour battre les lieux du regard, et s’effare que, ici aussi, quelqu’un fut salement décortiqué ou démembré par le si méchant sasquatch après lequel ils courent. Zéro naturel dans ces ajouts, d’une gratuité terrible, véritables tiques collées au cul du film de Wasson pour en sucer un maximum de sang et mieux le recracher à la gueule du public. Mais faut-il s’en plaindre pour autant ? Putain non, tant ces foudroyantes agressions ont le chic pour tomber au meilleur moment, généralement quand les débats commençaient à tourner en rond. Et puis, Ball fait si peu preuve de tact dans ses massacres que l’on ne peut que l’applaudir, chacune de ses scènes s’accompagnant d’interminables plans des chairs éraflées, des organes labourés, des visages trempés dans le sang. Pas étonnant que les fins limiers de Scotland Yard s’en soient émus et classèrent Night of the Demon parmi les Video Nasties – le faisant par la même occasion entrer dans la légende – non sans l’avoir raboté de ses passages les plus vils. Ici, on arrache la bite d’un motard qui s’était arrêté pour pisser. On extirpe les tripes d’un pauvre type et on fait du lasso avec. On attrape deux cocottes, chacune armée d’un couteau, et on les force à s’entretuer. On plante une fourche dans un bide, on égorge un brun avec le verre d’une vitre, on arrache un bras. On viole, aussi, lors d’un flashback long mais poisseux bien comme il faut, retour sur la vie de misère de Wanda, battue par son catho dingo de père, et aimée du seul Bigfoot, démon des sylves déposant des cadeaux qu’il récupère à ses victimes sur le pas de la porte de sa belle. Bonne idée que celle de trouver justification aux meurtres dans l’amour. Et quelques beaux plans à se mettre sous les paupières, comme cette coulure sanguine s’échappant d’un cadavre et remplissant bientôt de rouge la trace de pas typique de bigfoot. On est donc mieux que bien avec ce gros B-Movie suintant, qui n’attend jamais qu’on le supplie pour le gore avant de nous le donner, à la fois cheesy dans ses meurtres – je me répète, mais que les acteurs sont mauvais, jouant la terreur comme d’autres jouent l’ennui – et attachant dans son vœu de raconter une histoire moins nigaude que ce que le genre ordonne. Du cult classic, du vrai, du bio.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : James C. Wasson
  • Scénario : Mike Williams, Jim L. Ball
  • Production : Jim L. Ball
  • Pays : USA
  • Acteurs : Michael Cutt, Bob Collins, Jodi Lazarus, Melanie Graham
  • Année : 1980

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