Mind Killer

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Mind Killer (1987). Avec pareil titre, on peut s’attendre, à tout le moins, à un film à la tête bien pleine. Espoirs non-trahis par Michael Krueger, dont la maigre œuvre se rapproche de celle de Frank Henenlotter : un paumé pour héros, ses méninges en ébullition, une transformation physique pour le pire et des proches paniqués font une Série B pas toujours fine, mais pas si bête.

 

 

Pas loin de la quarantaine, Warren désespère. Désespère de ne pas trouver l’amour, désespère de ne pas se dénicher une partenaire d’entrelacement, désespère de rester sans caresses alors que Brad, colocataire beau gosse, ramène une conquête différente chaque soir et croule sous les numéros de téléphone. Alors qu’il suffit au bellâtre de se pointer à une soirée dansante pour cueillir de la petite romantique, Warren, systématiquement accompagné de son ami et collègue Larry, esprit imposant mais dragueur pathétique, fait chou blanc. Dernier espoir, la trouvaille dans les archives où travaillent les deux nerds d’un bouquin écrit par un certain Vivac Chandra, scientifique obscur, décédé dans de troubles circonstances, désormais connu pour avoir trouvé la clé de la serrure cérébrale. Après lecture, la promesse de se raccorder aux nerfs d’autrui, et donc de lui glisser des pensées et sentiments qui ne sont pas les siens. Comme par exemple un amour sans fond pour Warren… L’arrivée de Sandy dans la bibliothèque servant de décor central au film tombe à point nommé. Warren en est dingue, elle pas du tout. Un peu de concentration et la connaissances des astuces de Chandra régleront le problème. Sandy, elle, comprend que son idylle n’est pas naturelle, se sent contrôlée et se confie auprès de Brad, lui-même pris de doutes quant aux subites facultés de séducteur de son ami. Warren prend la mouche, et ses cogitations, de plus en plus violentes, serviront à ramener les siens sur le chemin qu’il trace pour eux.

 

 

Je citais Henenlotter plus haut, et j’aurais pu aller plus loin en rapprochant Mind Killer du beau Elmer, le remue-méninges. Krueger se passe d’une crotte parlante mangeuse de cervelets, et ne se roule pas dans la fange des taudis new-yorkais, ne cumule pas la crasse comme Frankie savait le faire à la même époque, mais la structure narrative est presque la même. Un pauvre type fait une découverte incroyable, celle-ci le pousse à une mutation progressive, fait de lui un être plus ou moins cruel, tandis que ses proches s’inquiètent, et se serrent les coudes jusqu’à des rapprochements potentiellement plus tendres, faisant empirer l’état de l’intéressé en remplissant tout son être de jalousie. La courbe de Mind Killer sera celle du plus mal, Warren usant d’abord de ses pouvoirs nouveaux pour ouvrir ou fermer les portes, pour ne pas user les piles de sa zappette, ou pour faire cracher au distributeur des barres chocolatées et ainsi faire de menues économies. Puis on ridicule son patron colérique en le poussant à se dénuder en public. Puis on punit le pourtant bien brave Larry de ses pensées contraires, en lui blessant les doigts au tranchoir. Et petit à petit, on se fait le dieu de son petit univers, on élargit son pré carré par le contrôle et on entend les moindres susurrements internes de ses congénères. Puis les murmures deviennent clameur insupportable, bruit constant martelant un Warren qui entend trop, qui entend tout, même ce dont il ne veut plus. La tête s’émiette, le corps suit, Warren devient un monstre, a le melon difforme, énorme et plein de boutons. Sur la fin en tout cas, car Krueger préfère la menace à l’agression, qu’il enferme dans le dernier quart d’heure de son Mind Killer, quitte à faire dire à certains qu’il ne se passe rien dans son premier effort.

 

 

Qui a la mémoire des noms pourrait d’ailleurs avoir des attentes démesurées à la vue, dans le générique de début, de celui de Ted A. Bohus. Producteur/réalisateur alors en vogue question direct-to-video, bonhomme auquel on doit en partie The Deadly Spawn, il est ici crédité comme en charge des effets spéciaux. Ils sont beaux d’ailleurs, ces maquillages rendant Warren difforme, et il est joli ce monstre échappé de sa carcasse. Mais ils représentent peu dans Mind Killer, n’apparaissent qu’en fin de partie, au dernier lancé de dés. Sans totalement miser sur la psychologie, car l’ensemble reste un B-Movie avec son second degré et sa nudité gratos, on sent Krueger désireux de raconter une vraie histoire plutôt que d’enchaîner les passages gerbants. Et qu’à ses chimères en caoutchouc il préfère ses personnages, réduits au nombre de quatre et tous mémorables, tous actifs dans un récit où ils n’attendent jamais sagement que la mort vienne à eux. Brad l’homme à femmes ne sera donc pas le jock de base, le casanova agaçant du genre, celui dont on applaudit bruyamment le trépas souvent bien mérité. Oui, il est beau. Oui, il a des facilités avec les femmes. Mais il est loin d’être con et se soucie véritablement du sort de Warren. Larry touche aussi en geek, puits de savoir, encyclopédie sur pattes, partant à l’enquête et jusqu’au laboratoire caché du mystérieux Chandra pour en savoir plus long sur ce que risque son meilleur ami Warren, dont le profond mal-être, très documenté dans le premier tiers, rend compréhensibles ses actes insensés. Peut-être pouvons-nous regretter une Sandy fadasse, pas aidée par une interprète trop rigide et récitant son texte plus qu’elle l’incarne, mais c’est un faible reproche. Mind Killer reste une Série B très secondaire, cheesy aux entournures, mais elle apporte au moins un certain soin à son histoire et à ceux qui la font. Dommage que Krueger n’aille pas beaucoup plus loin après cela : il tournera un nouveau film la même année, Night Vision, puis décédera en 1990, à 39 ans seulement…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Krueger
  • Scénario : Michael Krueger, Dave Sipos, Curtis Hannum
  • Production : Andrew Campbell
  • Pays : USA
  • Acteurs : Joe McDonald, Wade Kelley, Kevin Hart, Shirley Ross
  • Année : 1987
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