The Mummy Theme Park

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Genre coûteux s’il en est, demandeur de pyramides grandioses, de sphinx colossaux et de sultanesques palais, l’épouvante pharaonique a rarement trouvé les moyens de ses ambitions et subit plus souvent qu’à son tour le chagrin de la délocalisation. Puisque ces Messieurs les producteurs ne pouvaient se payer un séjour au Caire et donc aller jusqu’à la momie, alors c’est la momie qui viendra à eux. Nous en avons donc soupé, de ma momie bien-aimée en visite au musée de Londres, de la bandelette maudite dans le bayou ou du revenant d’Orient reclus dans les caves de la Série Z. Z, The Mummy Theme Park (2000) l’est sans conteste. Et comme il est en plus d’origine italienne, on s’attend à du low budget visant très bas. La surprise n’en est que plus forte.

 

 

Alors attention, même si le film nous prend de revers au moment où on s’y attend le moins, il n’avait aucune chance de concourir dans la même catégorie que les aventures de Brendan Fraser, sorties à la même période. Faut dire qu’on tient là une œuvre d’un Alvaro Passeri resté méconnu, si ce n’est pour deux ou trois hommes d’art spécialisé dans la frousse à la bolognaise. Un tout petit auteur du bis transalpin, ayant fait ses dents dans les effets d’optique de 2072, Les Mercenaires du Futur et Les Prédateurs du Futur, passé aux choses sérieuses, et donc à la mise en scène, pile quand le cinéma d’horreur du pays allait se coucher dans son cercueil. Plus une thune pour le genre, plus un espace consacré dans les vidéoclubs, et de moins en moins d’intérêt de la part du public, trop souvent fâché de ne pas avoir su retrouver les coulures de liquide céphalo-rachidien de Fulci ou les jeux de lumières d’Argento, remplacés par des trolls vegan, allergiques aux hamburgers au bacon. C’est effectivement pas tout à fait la même tambouille… C’est donc dans un cinéma italien dévasté que Passeri se fait très vaguement remarquer avec le marin Plankton en 94, continue son petit bonhomme de chemin avec d’autres menus projets, et va se ramasser une malédiction dans la Vallée des Rois à l’aube du nouveau millénaire via le présent The Mummy Theme Park, tentative de ramasser et les miettes de La Momie version Stephen Sommers, et celles de Jurassic Park. L’histoire sera donc celle du nouveau roi d’Egypte, riche comme dix empereurs, mais qui aimerait l’être comme vingt, et profite de la récente découverte de hiéroglyphes contenant la recette de l’immortalité pour réveiller quelques momies, puis en faire les attractions principales d’un parc qu’il espère très lucratif. Pour s’assurer une bonne publicité, il invite un photographe que l’on suppose de renom – il photographie pourtant des femmes à poil dans des hangars – et sa blonde assistante pour qu’ils prennent quelques clichés de ses monstres stars, sans se douter qu’une ensorceleuse, amante millénaire d’un très ancien pharaon, manigance sa perte. Quelques vilains psaumes, quelques sombres prières, et voilà les momies capables de traverser les murs, désobéissantes puisque prêtes à trancher dans la couenne de la soldatesque armée du souverain.

 

 

Principe rigolo, d’autant que les emprunts à Sommers et Spielberg se mélangent plutôt bien. On se gausse certes un peu de cette idée du theme park tout entier consacré aux momies, avec ses bornes à tickets en tête de pharaons, son train passant par-dessus des canyons décorés de squelettes et faisant un arrêt au stand de frites et pizzas. Un peu con, mais ça fonctionne, et l’audace d’un concept pareil fait plaisir à voir. Mais est-ce que The Mummy Theme Park a le budget nécessaire pour mettre forme à sa grandeur recherchée ? Bien sûr que non. Est-ce que ça l’empêche d’en mettre plein les yeux ? Bien sûr que non. La voilà d’ailleurs, la grande surprise : toute misérable soit-elle, cette zéderie fait montre d’un certain talent pour la déco. D’un charme bizarre, car mêlant technologie pas encore au point et décors en dur travaillés, cavernes secrètes dont les parois ressemblent à des nouilles crues et suites luxueuses presque crédibles. Passeri n’avait pas les mains dans les poches, ni les doigts dans le fondement, et avec les nombreux plans tournés – car l’Italien cherchait de toute évidence un certain rythme dans le montage, reconstituant même sur ses bancs un faux plan séquence – il donne vie à une Egypte de Photoshop et de frigolite, certes, mais dont on se surprend constamment des résultats. Tel des Jeff Leroy ou Brett Piper, Passeri surmonte l’anorexie de son budget par le trucage (nombreuses incrustations, des pelletées de miniatures) et le travail des décorateurs (une mini-oasis se trouve dans la suite de l’Américaine). Même topos concernant les momies, visuellement peu excitantes (c’est des rouleaux de PQ qui marchent, quoi…) mais placées dans un contexte de carnage réjouissant, les dix dernières minutes les voyant sabrer des crânes dans la longueur, cracher des insectes dans la bouche de leur victime, faire sauter des globes oculaires. Les effets sont rudimentaires, feront rire quiconque a un jour frôlé un logiciel de retouche d’images du bout de l’index, mais le spectacle est bien là, et pour le prix d’une poignée de sable du The Mummy avec Tom Cruise.

 

 

 

Passeri, qui travaille avec des acteurs made in USA pour l’occasion, fait d’ailleurs tout pour que sa clientèle soit divertie, jouant de la nudité lorsque celle-ci s’impose, lâche un os à ronger aux goreux par-ci par-là, et donnant à qui veut du mysticisme de bazar de nombreuses séquences de magicienne fomentant de vilains coups face à son cobra d’or. En outre, les personnages principaux ne sont pas dérangeants dans leur idiotie, le script jouant de l’arrogance des Américains, persuadés qu’ils viennent d’atterrir dans un pays coincé à l’ère du feu, alors qu’en coulisses des savants un peu fous rendent mécaniques d’antiques dépouilles. Où sera le « mais », alors ? Car celui-ci est malheureusement de la partie, inévitable, cruel, et coupeur d’enthousiasme. Le « mais », c’est cette trop longue première partie, où il se ne passe pas grand-chose si ce n’est la visite des lieux, belle comme une croisière sur le Nil, mais aussi molle, dénuée de tout accès de fureur, de tout mouvement autre que celui du passage d’une salle d’or à une autre, d’une grotte interdite à une autre. Si la patience n’est pas votre fort, The Mummy Theme Park risque bien de vous jouer un très sale tour, tant il tarde à balancer des seaux d’acide sur ses pharaons ressuscités et à les tabasser jusqu’à ce qu’il ne reste d’eux que des lambeaux putréfiés. Au fond, Passeri réussit son coup et nous donne bel et bien la sensation d’être dans un parc d’attraction : on s’amuse cinq minutes ici ou là, on s’émerveille devant les ornements, mais on passe tout de même le plus clair de son temps dans la file à ne rien y faire…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Alvaro Passeri
  • Scénario : Alvaro Passeri, Antony Pedicini
  • Production : Dane Allan Smith, Alvaro Passeri
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Adam O’Neil, Holy Laningham, Cyrus Elias, Helen Preest
  • Année : 2000

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