Terreur sur la ville (The Town that Dreaded Sundown)

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Des films après lesquels nous nous voyions déjà courir au-delà de la retraite, nous en avons une liste longue comme dix bras. Grâce à Rimini, elle vient de perdre un radius. The Town that Dreaded Sundown (1976, chez nous Terreur sur la Ville, vous comprendrez qu’on s’en tienne au titre original…) se fraie enfin un chemin jusqu’à nos mains tremblotantes, et délivre enfin ses secrets les mieux gardés, ses plaisirs si bien cachés. Quelques fautes de goût aussi, hélas.

 

 

Pas reposant, le grade de réalisateur, surtout lorsque l’enfer se déchaîne après le dernier tour de manivelle, que la boîte aux lettres se gave de lettres d’avocats et que les mois à venir seront juridiques. Charles B. Pierce, connu pour avoir traqué le fouke, cousin texan du Bigfoot, dans son populaire The Legend of Boggy Creek, pensait asseoir sa réputation en retournant à l’horreur documentée, il en ressortit avec deux procès. The Town that Dreaded Sundown, descente dans la petite ville, jadis tranquille, de Texarkana, raconte les meurtres perpétrés en 1946 par un maniaque à la gueule ensachée, coupable d’avoir tué et blessé un peu moins de dix personnes. Jamais attrapé, jamais reconnu, le tueur fit trembler la région des semaines durant, et ne faisait toujours pas rire tout le monde trente ans plus tard. Ainsi, les autorités de Texarkana en firent une de dix pieds de long en découvrant l’accroche du film, qui nous disait que « Cet homme a tué cinq personne en 1946… aujourd’hui il rôde toujours dans les rues de Texarkana ». Très mauvais pour le tourisme. Autre mécontent, le frère de l’une des victimes, fâché par le portrait de fille facile donné à sa sœur par Pierce. Heureusement pour ce dernier, ses avocats savent y faire et le sortent du pétrin : il gagne ses deux procès. Et ressort du tribunal avec son œuvre intacte, lavée de toutes ses accusations. Pas un énorme succès, ce slasher accidentel, arrivé bien avant l’explosion du genre, et quasiment un ancêtre pour les Vendredi 13, et surtout le second épisode avec son Jason portant le sac à patates. Il se refera une jeunesse grâce à la vidéo et trois sorties sur trois labels, et ce jusqu’en 94. Le symbole d’une demande. Et d’un culte grandissant : à Texarkana, des centaines de fans se réunissent chaque année à Halloween pour y visionner le film, et frissonner à quelques minutes des lieux des meurtres. Bel hommage à Pierce, décédé en 2008, désormais personnalité indissociable de cette petite ville qui lui apporta son soutien lors du tournage. Faut dire que Pierce était quasiment du sérail, et avait dans sa tendre enfance entendu parler de ce Phantom Killer, vagabond des couchers de soleil, cruel assommant et agressant femmes et hommes sur les Lover’s Lane.

 

 

Son script, il le puise donc dans les faits, qu’il remodèle selon les besoins de sa production, selon ses soucis de divertissements. Après tout, The Town that Dreaded Sundown reste un produit Samuel Arkoff, nabab de la Série B horrifique, grand pourvoyeur de frousse commerciale. Il faudra donc une vraie fin (apportée par le comédien Andrew Prine), volontairement vague, avec un assassin volatilisé lors d’une fusillade. Noyé dans les marais ? Echappé ? Attrapé par la police pour un tout autre crime ? Allez savoir… Ou ne sachez rien, voyageurs arrêtés à Texarkana, et tremblez à la sortie de la salle en songeant à la possibilité de croiser le sadique à la sortie du cinéma. C’est d’ailleurs dans une file d’attente que le place Pierce, le maniaque attendant patiemment, comme tous les autres, d’aller assister à ses propres méfaits sur grand écran. Le loup est toujours dans la bergerie. Et le renard dans le poulailler, puisque c’est là le propos du film tout entier : le criminel n’est pas un monstre difforme, un givré agissant bizarrement en communauté, de ces détraqués aisément reconnaissables. Seule concession à la caractérisation, ses chaussures noires comme la nuit, rendues terreuses par les treks interdits du salaud. Les flics cherchent mais ne trouveront rien, pas plus le prometteur Norman Ramsey (Prine) que le vieux roublard Morales (Ben Johnson), enquêteur star conscient à chaque instant que sa cible restera insaisissable. Son chaos intérieur le rend imprévisible alors que son intelligence le prévient de toute erreur. Slasher donc, je disais plus haut, ou proto-slasher plutôt : les jeunes sont cueillis dans leurs roucoulades, leur bourreau cache son humanité derrière un sac, troué pour dévoiler un regard halluciné. Il utilise des objets contondants, barres de fer lourdes, canifs affûtés. Il innove en usant d’un trombone à coulisse, brave les futurs interdits du genre en usant d’un revolver. Mais reste dans tous les cas le maquettage des hordes sanguinaires à venir. Surtout lorsqu’il course sa victime désirée dans un champ, partie de cache-cache parmi les plus réussies, les plus crédibles du style.

 

 

Dommage que la quête du populaire pousse Pierce à la rigolade, à placer un policier gaffeur dans la fine équipe, petit prince du dérapage. Que de plans sur des voitures prêtes à se renverser, à voler dans les lacs ! Une erreur, car The Town that Dreaded Sundown gagne ses galons dans sa nervosité et son défaitisme, pas dans ses tentatives de rivaliser avec The Dukes of Hazzard. Peut-être le propos même du film était-il trop sombre, et que ses géniteurs ont pensé qu’un peu de second degré le rendrait plus lumineux… Le Blu-Ray de Rimini est en tous les cas un petit évènement pour qui transpire le psycho-thriller par tous les pores, d’autant que la galette contient un joli lot d’entretiens, qui nous ramènent définitivement dans les recoins les moins sûrs de Texarkana.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Charles B. Pierce
  • Scénario : Earl E. Smith
  • Production : Charles B. Pierce, Samuel Z. Arkoff
  • Pays : USA
  • Acteurs : Ben Johnson, Andrew Prine, Dawn Wells, Jimmy Clem
  • Année : 1976

2 comments to Terreur sur la ville (The Town that Dreaded Sundown)

  • Grreg  says:

    Il était sur ma liste depuis longtemps également celui là !!
    Petite déception pour ma part, néanmoins il tient la route .
    Mais c’est toujours plaisant de rajouter un slasher à sa collection,donc je vais pas faire la fine bouche ,d’autant qu’il est objectivement mieux que d’autres bandes bien plus culte..

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