Evil Laugh

Category: Films Comments: No comments

Le slasher flick a toujours jonglé entre fou rire et rire fou. Evil Laugh (1986), sans mettre du chocolat dans la mayonnaise et retapisser le genre de la cave au grenier, essaie de changer la donne comme il peut, devançant Scream d’un peu moins de dix ans et avec des moyens moindres. Et comme souvent, les coulisses sont plus palpitantes que les planches.

 

 

Sans aller jusqu’à causer de fiche technique de dingue, admettons qu’il y a minimum deux personnalités intéressantes dans cette petite partie mortelle de Cluedo, de celles retenues captives dans les notes de bas de page, quand elles ont l’honneur d’y être citées. Le premier nom à retenir l’attention, c’est celui de la final girl attitrée, Kim McKamy/Ashlyn Gere, connue pour avoir fait le plus beau retournement de veste de la fin des années 80, passée de la prude et mature comédienne de Série B (Dreamaniac, Creepozoids, Lunch Meat) refusant de lâcher un peu de langue et du téton, au statut de grosse chaudasse aspirant des kilos de viande mâle au fil de cochoncetés où elle ne dévoile pas qu’un sein rose et une jolie raie. Refuser de tomber le haut pour de véritables films avant d’aller vivoter du pain de fesse, fallait oser et pour ça, respect. L’autre nom que l’on attrape au vol en se persuadant, à raison, de l’avoir vu ailleurs, c’est celui du réalisateur/scénariste/producteur Dominik Brascia, décédé en 2018 et que l’on connaît effectivement pour son rôle de Joey dans le cinquième Vendredi 13, Une Nouvelle Terreur. Mais siiii, Joey ! Le simplet au physique de Jacques Villeret, qui se mange une hache dans l’échine parce qu’il a proposé une barre de chocolat au mauvais mec ! Le rondouillard maladroite coupable d’avoir été foutre des traces de choco sur le linge que venaient de laver ses colocataires ! Celui par qui vient le malheur, puisque c’est suite à son trépas brutal que son ambulancier de papounet devient cinglé de la casquette, se déguise en Père Jason et s’en va augmenter le stock de viande froide disponible de la morgue de Crystal Lake. Ca sera côtelette pour tout le monde, vu que ce Chapter V affichait un bodycount imposant pour l’époque. Et Brascia de se resservir un nouveau slasher, pour lequel il passe en cuisine, préférant hacher du con plutôt que de se faire hacher par un con. Comme on te comprends, buddy. Ayant parcouru une vraie production du temps des Friday, le cuisto du jour sait aussi que son steak sentira fatalement le surgelé par rapport à sa précédente maison d’accueil. Il sait qu’il n’a ni salade ni petit pois, que la purée date du mois dernier et qu’en plus les couverts sont en plastique. Bref, Monsieur s’engage dans le slasher low budget avec Evil Laugh, et son sain esprit lui dicte de ne pas tenter de bander les muscles face au vieux Jason, plus fort sur tous les points et poids lourd de sa catégorie. Alors on se marre. Un peu, du moins.

 

 

Dans le synopsis, aucune avancée. Sept ados se retrouvent dans une bicoque à la triste réputation, ancien centre médical fermé dix ans auparavant, parce qu’un certain Martin, infirmier tortionnaire, molestait des gosses. Le salopard s’est pendu dans la forêt d’à côté, et il se murmure depuis que son ectoplasme traquerait toujours la victime à temps perdu. Un fait divers sordide qui tombe bien pour nos teens, puisque l’un de ceux-là veut justement ouvrir un cabinet de pédiatrie. Et quoi de moins cher qu’un immeuble dont personne ne veut, où des mômes se faisaient tabasser par un maboul ? Pas sûr que ça va se bousculer pour prendre un rendez-vous, mais la réouverture se tente. Nos jeunes gens piquent tout de même un stress, car leur bon copain ayant fait l’acquisition des lieux n’est pas là pour les aider à refaire la déco. Bizarre, il avait assuré qu’il serait sur place dès l’aube. Le spectateur qui n’a pas raté le début sait, lui. Sait que l’intéressé est déjà zigouillé, poignardé encore et encore par un fou masqué, esprit querelleur mort de rire lors de l’acte, et laissant un mort tout court derrière lui. Pour s’en payer encore une bonne tranche et se faire mal aux côtes, l’assassin arrache le coeur de l’ex-futur docteur et le dépose dans un bol, pour que les prochains passants y voient des carbonnades toute animales. Ca ne manque pas, un cuisto du dimanche prépare le souper et cuit donc le palpitant, mangé par la troupe, cannibale sans le savoir. Plus tôt, on a aussi bousillé un livreur de courses à la perceuse. Mais en hors-champs, et seulement parce que le distributeur du film trouvait l’apéro un peu léger et voulait du corsé d’entrée, poussant Brascia a se retrousser les manches et refaire un petit cocktail. Pas un bloody mary, en tout cas, et jusque-là Evil Laugh ricane peut-être, mais il ne nous taille pas assez de lardons. Le seul petit suspense auquel nous pouvons nous accrocher est celui de savoir si les filles rattraperont le coup par le dénudé. On sait que de McKamy, il ne faut rien attendre, pas encore touchée par les lueurs du Saint Porno. Mais il y a ses copines Tina et Betty, dernières chances de voir le mercure crever la toiture. Pour Betty, c’est mal barré puisqu’elle incarne la fille de bonne famille, maquée avec un petit bourge promis aux meilleurs services d’urgence même avec des zéros plein le bulletin – merci papa, docteur lui aussi. On le sait, les cocottes portant le béret pour se donner un genre ne vont pas soudainement cracher des balles de ping pong par le derche. Et pourtant, la miss accepte de se faire harnacher au lit par son petit copain, tenté par le SM pour une nuit. On ne verra rien, mais ça a bien failli.

 

 

Misons donc sur Tina, blonde nunuche de base. De ces persos balancés là pour leur dévergondage. Gagné, à 30 minutes c’est la boobs party. Jolies, les formes. Mais aussi vite reparties qu’arrivées, Evil Laugh se souvenant qu’il a pour but premier de dégueulasser le tapis et donner un taf de dingue à la femme de ménage. J’exagère, c’est pas du trashouille à l’allemande non plus, où l’on vous arrache un moignon pour vous le fourrer dans le cul. Mais tout de même… Un nazebroque est attaché et se retrouve avec la tronche dans le micro-ondes, qui fait jaillir la saucée cramoisie et salope la kitchenette. Le sportif beau gosse, grand baiseur s’il en est, fait le kéké devant sa belle et y gagnera une hache dans le front. Un flic en surveillance rendra gorge, et l’agent immobilier se verra enfoncer une machette dans l’entrejambe, qui ressortira par l’arrière-train. C’est pas la fête à la weisswurst et à la choucroute garnie, mais on s’est déjà retrouvé avec du tofu dans l’assiette par ailleurs. C’est pas le cas ici, alors on est contents. Et on est contents de voir tout ce bas peuple se faire limer la gueule à peu près méchamment, car il le mérite la plupart du temps. Les gars en premier lieu, coupables de manipuler les filles, leur faire croire au grand amour pour palper de la poitrine, et assez pourris pour essayer de s’aliter avec les fiancées de leurs meilleurs amis. Une ola dans le stade quand le maniaque vient les remettre dans le droit chemin au couteau de cuisine, et ce même si son masque est ridicule au possible. Les filles sont sympas, rien à dire, mais c’est tout de même pour le peureux de service, lecteur assidu du magazine Fangoria, que va notre soutien. Parce qu’il nous rappelle les comédies d’antan, un peu nazes, avec ces pleutres comme Abbot et Costello quand ils avaient une momie ou Dracula aux trousses. Et parce que le petit côté méta, bien avant que Wes Craven ne s’empare de la formule, est ici attachant.

 

 

Une belle part du film sera donc sacrifiée à ses frousses, et surtout à ses conseils envers ses amis. Ne baisez pas, ce sera votre arrêt de mort ! Ne restez pas dans le coin, le danger rôde ! Prenez les armes, on ne sait jamais ! Marrant, même si le self-conscious peut agacer. Et sympa ce final, assez surprenant, où deux survivants finissent par s’entretuer pour une mauvaise blague. C’est pas le paradis de la lame rouillée, mais c’est pas la séance de yoga non plus. Au fond, comme beaucoup de slasher mineurs, on se souviendra de quelques choix étonnants, de quelques incohérences (le tueur se trouve a des endroits très différents en même temps…) et d’une aura à part. Très homosexuelle ici, avec un type qui, pour faire une blague à un pote, lui palpe le cul ; nos musclés en pleine danse sur de la pop music, ou les intonations des uns et des autres, occupés à se montrer comme de gros costauds tout ce qu’il y a de plus virils, mais donnant l’impression de sortir de la soirée d’anniversaire de Vincent McDoom et Magloire. Le contraste, accidentel, est sans doute plus drôle que les traits d’humour du scénario, mais Evil Laugh fait son office et décompresse l’indulgent. Brascia, lui, remettra ça peu après avec un Hard Rock Nightmare ni génial ni pourrave, dont on recause très vite.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Dominick Brascia
  • Scénario : Steven Baio, Dominick Brascia
  • Production : Steven Baio, Dominick Brascia
  • Pays : USA
  • Acteurs : Ashlyn Gere, Steven Baio, Tony Griffin, Jody Gibson
  • Année : 1986
Tags:  , ,

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>