Les Sadiques de Satan

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Born to be wild, ou Born to be Assholes si la Série B s’en mêle. Car une fois passée sous la douche de l’exploitation, dont le pommeau est tenu par le briscard Al Adamson (Dracula contre Frankenstein), le genre braque vers Viol-la-ville avec Satan’s Sadists (ou Les Sadiques de Satan, 1969). En faisant un petit détour, malheureux, par Pionce-le-bourg…

 

 

« Motorcycle Maniacs on Wheels ! Breezy Riders roaring to hell ! » On peut reprocher ce qu’on veut au cinoche grindhouse des origines – il est dénué de goût, parfois ultra chiant, schlingue l’amateurisme, privé de comédiens de valeur ; autant de pustule sur la face qui peuvent néanmoins faire naître de petits charmes – on ne pourra jamais lui retirer le sens de la formule. Ni celui de l’affaire juteuse et de l’art de passer derrière plus célèbre que soi pour siffler des miettes. Easy Rider bouleverse l’année 69 ? Al Adamson prend le guidon la même année et se lance sur les routes désertes, défiant un soleil rageur en hurlant les slogans habituels du cinéma motorisé. Mort aux flics, vive la dope, on s’en décapsule une petite ? et tout le bordel. Sans brûler l’asphalte, car Satan’s Sadists ne roule pas vers la même destinée que le classique de Dennis Hopper. Mais cette mince production, sans doute financée à coup de pourliches, fera tout de même son arrêt sur la case culte, la mixture diablerie/motards ayant toujours attiré le spectateur à l’époque, et continuant d’attirer dans ses garages souillés quelques admirateurs d’une époque bien précise. Difficile d’ailleurs de trouver pierre plus angulaire de l’exploitation que Les Sadiques de Satan, rampe de lancement pour pas mal de carrières, et continuation de quelques-unes déjà entamées depuis beau temps. Quelques vieux de la vieille viendront donc vider de la bibine en riant comme des fauves, comme Robert Dix ou Kent Taylor, transfuges de l’époque du noir et blanc, tandis que des noms appelés à compter dans la décennie qui vient hurleront ici leurs plus belles insanités. On pense évidemment à Greydon Clark, futur metteur en scène du génial Satan’s Cheerleaders et de Terreur Extraterrestre, tout content de se rouler dans la poussière et y salir sa belle veste en jeans ornée d’un patch en l’honneur du Grand Bouc. Il y trouvera une amie pour voyager dans le fantastique fait de bric et de broc en la personne de Jacquline Cole, fidèle à sa filmo. A leurs côtés, John Bud Carlos, connu pour avoir orchestré L’Horrible Invasion de nos amies les mygales, ainsi que le doucement culte The Dark d’abord entamé par Tobe Hooper. Déjà plus tout jeune et avec un bon kilométrage au compteur, Gary Kent fait un bel acte de présence, et on se souvient du gaillard pour le slasher pas top The Forest. Enfin, on ne saurait taire la présence de Russ Tamblyn, passé par les grosses machines West Side Story et The Haunting, et sans doute surpris du tournant pris par sa vie lorsque Satan’s Sadists réclama sa présence sous le cagnard de Californie.

 

 

Car même s’il y a du beau monde et que le film peut dès lors se vanter d’un certain prestige, il reste un bidule d’Al Adamson à destination des salles de bas quartiers ou de province. Et reste aussi un B-Movie assez simple, dont le partage des obsessions se fait entre le rape (sans vraiment de revenge) et le survival. Menée par leur chef au rire de hyène Anchor (Tambly), une poignée de hors-la-loi aux doux sobriquets (Musclor, Biture, Acide, Romeo…) traverse le pays en n’y semant que désolation et détresse, les crasseux tabassant les mâles profitant d’un dimanche dans la nature avant de droguer puis violer leurs légitimes. Ils finissent par atterrir dans un restoroute de base. Café, hamburger et œufs brouillés au menu, pas plus pas moins. Ils pourront s’y reposer, faire le plein, mais aussi emmerder encore un peu plus le bon peuple, dont un policier en vacances et son épouse, le tenancier des lieux, la jeune serveuse à la tête débordante de rêves d’amour et un marine de retour au pays. On léchouille le visage de la pauvre serveuse, on mate le décolleté de la femme mariée, on danse sur les tables, jusqu’au mauvais geste de trop. Les esprits s’échauffent, et les moins obéissants sont refroidis : Anchor abat sans hésitation le flic, sa femme et le patron de la cantine. Sachant ce qui les attend lui et la serveuse s’il ne se remue pas les biscottes, le militaire fracasse les caboches des deux routards du crime censés le surveiller, puis fuit avec la mignonne. La poursuite s’enclenche, et continuera dans le désert américain, dans une mer de cailloux gris et de poussière blanche. Quelques viols plus tard – Anchor et ses hommes trouvent de nouvelles proies en plein camping -, et quelques mutineries au sein du groupe plus tard (le punk Biture en a plein l’iroquois de son boss, Gina la poulette de la bande mendie plus d’estime), la bataille peut reprendre entre les démons de la chaussée et un héros de retour au front, après avoir déjà bien sué au Vietnam.

 

 

Pas de repos pour les braves ! Enfin, sauf si l’on compte les quelques somnolences du récit, qui part mieux que bien avec son bon suspense dans la gargote, mais se perd ensuite en errances dans des décors vides de tout, si ce n’est de gravier. On s’en lassera vite, car visuellement Satan’s Sadists dévoile tout ce qu’il a dans le ventre dès l’entame. Mais on reste quand même cramponné à son guidon, parce que le principe de l’affrontement entre un soldat fatigué et des criminels de grand chemin aux veines mieux remplies que dix pharmacies séduira toujours. Adamson a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit d’envoyer les vilains rejoindre leur Satan chéri dans son jacuzzi infernal, et fomente quelques exécutions variées. Untel subira un éboulement de roche en frigolite, un autre se mangera un opinel dans le cou. Certains idiots, trop imbibés, joueront à la roulette russe et perdront la partie. D’autres piqueront une déprime et se jetteront dans le vide. Un cobra s’y mettra et mordra du zigoto dans la nuque, lui assurant une fin douloureuse. Pas mal tout ça, même si les bagarres ne feront juter personne et que, encore une fois, nos motards semblent coincés dans un rond point, et le film avec. Mais au vu de la réputation d’Al Adamson, considéré comme l’un des pires tâcherons jamais accouchés par cette terre, le spectateur était en droit de s’attendre à moins agréable, à moins charmant. Cette patine de vieille pelloche abîmée continuant à nous faire fondre. Quant aux longueurs, l’audience saura appuyer sur l’accélérateur aux moments opportuns pour les éviter, de toute façon…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Al Adamson
  • Scénario : Greydon Clark
  • Production : Al Adamson, Samuel M. Sherman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Russ Tamblyn, Gary Kent, Jacqlin Cole, Kent Taylor
  • Année : 1969

5 comments to Les Sadiques de Satan

  • Grreg  says:

    En matière de bikesploitation,c’est archi culte,même si il y a d’autres films peu connus bien meilleurs, je pense aux peloches de Jack starret ,ou encore les anges de l’enfer ,les anges sauvages de corman, hells angels on wheels…
    Mais il y en a des biens plus navrant aussi,genre the pinks angels,voir même plus obscur que sa ; mieux vaut ce tourner vers des bouquins sur le sujet(sérious publishing en france)le genre est peu connu par chez nous,et peu édité en dvd ;
    Merci de ta chronique qui fait plaisir à mon âme de biker!

    • Denis  says:

      Pareil que Greg, vieux motard…
      Par contre, reprendre le design de Nicholson pour l’affiche,je trouve ça limite.

  • Roggy  says:

    Rien que pour l’accroche de la chro, ça valait le coup de faire un ride sauvage !

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