The Dark Power

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« Toltèques ». Voilà l’ultime mot d’un vieillard sur son lit de mort, soucieux que ces ancêtres des Aztèques – on ne parle donc pas de jeudi dernier – sortent de leur couette terreuse et viennent répandre leur fameux pouvoir sombre sur les tristes vivants. The Dark Power (1985) fait de ses zombies de primitives menaces, et apprend à la jeunesse de Caroline du Nord de se méfier des tomahawk et autres armes antiques. Sans grand résultat, cela dit.

 

 

Faut dire aussi que la jeunesse est débile, sourde aux alertes de leurs aïeuls, inattentive à leurs mises en garde. Ainsi, alors qu’on lui a certainement souligné que mieux vaut ne pas retirer du sol ces poignards à forme d’aigle, plantés aux quatre points cardinaux du jardin d’une demeure servant de poste de garde contre le Mal antique, des sorciers vivant sous terre, le nouveau possesseur des lieux s’empresse de les tirer de leur terre. Résultat, les cadavres, extrêmement bien conservés, des toltèques se dressent et cherchent chair à malmener. En prenant leur temps, cela dit, car il faudra attendre près de quarante minutes, et le reste, pour que The Dark Power embrasse son sujet véritable. Avant cela, plein phare sur un sitcom au jus d’orange, avec quelques jeunes étudiantes réunies sous le toit de la maison bientôt maudite, colocataires essayant de rameuter un maximum de copines pour une vie de rires, de marshmallows et de bains mousseux. Certaines tirent la gueule parce qu’elles sont racistes et qu’il y a, je cite, une « négresse » dans la maisonnée. D’autres sont de braves étudiantes concentrées sur leurs notes de cours, et la plus sympa est une brave nunuche semblant passer le plus clair de son temps les doigts dans la bouche, à tenter de déloger un morceau de steak coincé entre deux molaires. Lorsqu’un sale voyeur viendra reluquer les cocottes sous la douche, la reine du cure-dents sait montrer les crocs, toujours propres, et enfonce la tronche du malotru dans la cuvette des WC. La tactique de la douche froide, toujours efficace. On ne s’ennuie pas vraiment, on se passionne encore moins. Surtout lorsque l’on s’attarde sur le cas du shérif local, pro du fouet, incarné par le cowboy du vieux Hollywood Lash La Rue, et héros tout désigné de cette invasion de revenants, qui tardent à se montrer.

 

 

Ils finissent par frapper à la porte, et on la leur ouvre, pour découvrir que le premier des quatre ressemble à un Bogdanov avec les cheveux longs. Les autres suivent : un archer pervers, un pro des armes sautillant et un barbare à l’air dépité de se retrouver dans un B-Movie fainéant. Se lancent enfin les Jeux Olympiques de Murder City, avec les habituelles disciplines. Tir à l’arc sur greluche, massacre de freluquet à l’objet contondant, noyade de nana dans la boue, tentative de viol sur la table de billard, pétage de petite gueule à la paluche. C’est dans ce dernier sport que The Dark Power revient à la maison avec la médaille de bronze, grâce à l’effet peu onéreux mais efficace d’un arrachage de visage. N’espérez cependant pas que nos guerriers des temps anciens bouleversent la bonne ambiance du film. Le réalisateur Phil Smoot (Alien Outlaw) se pensait probablement sur le set d’un Laurel et Hardy, et va donc accompagner chacune des apparitions des sanguins par des effets sonores ridicules, façon « les nigauds sont de sortie », et forcer ses colosses à se coller des claques comme chez les Three Stooges. Une fois dans la cuisine, ils renversent du ketchup, et nous sommes censés rire. A quelques coulures rouges et un lâché de poitrine près, on se penserait dans un bon vieil épisode de Scooby-Doo ou Capitaine Caverne. Lash La Rue viendra bien sûr remettre un peu d’ordre dans ce merdier relatif, usant de son beau fouet pour repousser l’agresseur fétide, dans une bande-son à la « Zorro est arrivé », mais avec les synthés et trompettes de l’orchestre de Rixensart.

 

 

Evidemment, on regrette que Smoot se la joue rigolard puisque ses amis putrides avaient un potentiel evil certain. Leurs maquillages ne sont pas mauvais pour une production sortie d’un cloaque, leur background occulte nous refile des papillons de nuit dans l’estomac (des magiciens tarés datant d’il y a une pelletée de siècles ? On signe), on pense un peu au Vigo des Carpates de Ghostbusters II et la structure de slasher que se coltine l’ensemble aurait dû lui assurer un rythme d’enfer. Loupé, et dans les grandes largeurs, pour The Dark Power, qui finit par ressembler à une version plus campy de Neon Maniacs (déjà que celui-ci n’est pas mal dans le genre…), dans lequel des démons assez similaires à nos toltèques venaient sabrer du con avec plus d’efficacité. Tenez-vous en à ceux-ci, du coup, moins patauds, moins chiants.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Phil Smoot
  • Scénario : Phil Smoot
  • Production : Phil Smoot, Lash La Rue, George B. Walker
  • Pays : USA
  • Acteurs : Lash La Rue, Cynthia Bailey, Mary Dalton, Anna Lane Tatum
  • Année : 1985

 

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