Help Me… I’m Possessed !

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Rangez vos prières, nous n’en sommes pas encore aux vêpres malgré le titre de Help Me… I’m Possessed !, garanti sans petite fille alitée avec le Diable. Sortez par contre vos belles blouses blanches et vos gants de latex, car cette menue bande d’exploitation de 74 nous traîne au labo d’un mad scientist, dont les travaux portent sur l’extraction de toute vilenie d’un être vivant. Ca n’avait pas réussi au Dr. Jekyll, pas de raison que ça profite plus au Dr. Blackwood, qui avec un nom pareil a le mot « désastre » gravé en long et en large sur la gueule.

 

 

Certains ne sont pas du genre enracinés, c’est un fait. Prenez le Belge Charles Nizet, né à Seraing en 32, mort au Brésil en 2004, entre les deux parti à la conquête des cinémas de quartier de l’Oncle Sam, puisqu’il tournera sept Séries B entre 68 et 1990. Des œuvres à la déviance évidente, narrant sexe et trépas au fil de ces Slaves of Love, Voodoo Heartbeat et autres Rescue Force, autant de cris dépravés à destination des petites cinoches. Là où ça sent la moutarde et où les clodos se tripotent l’entrecuisse, où l’on se pompe aux gogues et où l’on deale de la dope entre les urinoirs, mais où l’on va tout de même quêter son poids en tarentules géantes, hommes-harengs agressifs et maniaques sexuels partis chercher l’amour le hachoir à viande à la main. C’est plus facile de passer la bague au doigt de l’être aimé si celui-ci est tranché, qu’on se le dise. Voilà dans quelles eaux troubles barbotera Nizet, dont la conquête de l’Amérique se fera en partie avec un Nightmare at Blood Castle plus tard changé en Help Me… I’m Possessed !, probablement pour descendre son verre d’eau bénite après le carton L’Exorciste. Le spectateur en quête de diablerie en tirera une de 666 six pieds de long, car Satan et ses minions n’ont rien à voir avec le bazar de Nizet, dont les influences sont à chercher dans les B-Movies des fifties. Et peut-être dans l’arrière-boutique d’Ed Wood, dont plane ici le spectre. Pas de Lugosi dans le coin, mais un certain Blackwood, riche chercheur, psychiatre de son état, dont le château fut changé en asile, terre d’accueil pour fous violents. Un intérêt qui ne date pas d’hier, car Blackwood a une jolie petite sœur, Melanie (Lynne Marta, qu’on reverra dans une pelletée de séries télévisées et sur le sable rouge de Blood Beach), douce en apparence mais que les poussées de démences poussent à griffer violemment toute personne à portée d’ongle. Histoire de ne pas se servir de sa frangine comme d’un cobaye, le frère aimant réunit des dingues dans sa salle des tortures personnelle, et les supplicie à la chaîne tout en tentant d’en faire de meilleurs hommes et femmes.

 

 

Ed Wood je disais, car Help Me… I’m Possessed ! sent bon le cartonnage, et il suffirait probablement d’une simple brise pour que le castel Blackwood s’effondre. Murs en bois peints pour ressembler à un amas de pierre, vitraux en papier collés aux parois, sous-sol ne tentant même pas de cacher son état de studio de cinéma… Pas la peine de rameuter l’architecte pour voir que la grandeur de la Hammer ou de la Universal n’a pas dégouliné jusqu’au méfait de Nizet, de toute façon en meilleurs termes avec la méthode Corman. En plus pervers, peut-être. Vaste excuse, cette histoire d’extraction du Mal que nous couvons tous, car les intentions de mon compatriote du plat pays n’ont jamais été de donner dans l’épouvante idéologique, mais bien d’enchaîner les scènes de châtiment à un rythme soutenu. Blackwood ou le bossu à son service descendront donc régulièrement à leur donjon pour y fouetter du dément ou guillotiner du désobéissant, tandis que le chauffeur mutique de tout ce beau monde se glissera dans les chambrées de ces dames pour les y reluquer. Au dehors, c’est pire, car rôderait un féroce assassin, déjà coupable d’avoir récuré du teenager, et costaud au point de déchirer trois ou quatre flics de garde dans ces environs rocailleux, le château étant pour ainsi dire perdu au milieu de nulle-part, au centre d’un réseau de cavernes où se planquerait le tueur. Peu de suspense d’ailleurs quant à l’identité du salopiaud, que l’on ne voit jamais lors des attaques – la caméra tremble au-dessus d’une victime hurlante, tandis que sortent de la pénombre des spaghettis bolognaise, effet bizarre s’il en est – mais que l’on devine dès sa première apparition. On ne dira rien pour ne gâcher le plaisir de personne, mais on l’ouvrirait que cela ne changerait pas grand-chose.

 

 

Quant au dit plaisir, il est disons… relatif. Comprendre que l’on ne se déplaît pas dans cette pauvre forteresse, que l’on s’amuse de dialogues ridicules et du jeu trop raide des comédiens, pour la plupart à la mince filmographie, mais que l’on ne se passionne pas non plus pour l’affaire. Assez peu graphique, et ce moins par chaste volonté que par manque de moyens, et tournant vite en rond, Help Me… I’m Possessed ! s’apprécie surtout comme un exemple parfait du ciné grindhouse de l’époque, car a priori très sincère dans son envie d’en revenir à un fantastique désuet et aux carences naturelles, et non forcées comme la mode le voudra dans la deuxième moitié des années 2000. En tout cas, on a bien de la peine pour le Dr. Blackwood, au centre d’un merdier pas possible. Certes, le gugusse est un sacré connard, sadique à ses heures et ne pensant qu’à sa pomme et à celle de sa sœur. Mais on s’étonne qu’il ne pisse pas encore des caillots de sang au vu du stress que doivent lui refiler ceux qui l’entourent. Entre sa jeune épouse (jeune dans le mariage, pas en âge, les Blackwood étant dans la cinquantaine – à noter aussi que les époux sont les producteurs du film) qui débarque le lundi le sourire aux lèvres mais fait la gueule dès le mardi, son infirmière apeurée – et il y a de quoi -, son chauffeur vicieux qu’il retrouve toujours là où il ne faut pas, son bossu luxurieux sur lequel il ne peut compter, une police pleine de soupçons et des résidents se baladant chez lui comme dans un hall de gare, il y a de quoi criser. Mais pas quand on s’appelle Blackwood, calme en toute circonstance, y compris quand, pour régler le problème, le shérif du comté décide de dynamiter les grottes où se cache le méchant Doc’. Des nerfs de fer. A moins que ce soit là les talents limités d’un acteur qui n’en était pas un ? Dans un cas comme dans l’autre, à condition d’avoir la zappette à portée de main pour presser le pas lors des moments chiants, la tournée des donjons n’est pas antipathique, bien que fort limitée.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Charles Nizet
  • Scénario : Bill Greer, Deedy Peters
  • Production : Charles Nizet
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bill Greer, Deedy Peters, Lynne Marta, Jim Dean
  • Année : 1974

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