Alison’s Birthday

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A chacun sa croix. Rosemary souffrit d’une grossesse difficile, Alison subira un anniversaire de merde. La part du gâteau convoitée par l’Australien Ian Coughlan, c’est bien celle du classique de Polanski, dans laquelle il plantera cuiller et fourchette, repartant avec une intrigue à base d’ado progressivement possédée par un culte païen. Alison’s Birthday (1981) sera dans tous les cas un beau cadeau à destination de qui apprécie son épouvante impie.

 

 

Attention cependant à ne pas trop se fier à certains visuels trompeurs. Si les plus fidèles, mais pas forcément les plus jolis, collent le visage de la pauvre gamine dans un cake aux pommes ou se contentent de mettre un crucifix et une bougie dans les mimines d’une vioque voilée, d’autres plantent une beauté lascive, comme de juste sans anorak ni soutien-gorge, sous une tête de bouc géante, sans doute bien contente d’assister à tel spectacle. Satan n’a pourtant rien à faire dans l’histoire, et Alison n’est pas du genre à se frotter le cul au sol en poussant des gazouillis d’hirondelle. Quand bien même un goût pour la débauche lui prendrait, aurait-elle le temps de s’y plier ? Peu de chances, et même sa soirée pyjama entre copines n’aura pas le temps d’en venir aux débats sur les amourettes cachées et les bisous volés, car en pleine séance de spiritisme l’une de ses amies devient soudainement possédée par l’esprit du père défunt d’Alison. Méfiance, Ali ! Car une certaine Nirme arrive et n’en veut qu’à ton corps, dont elle s’emparera lors de tes dix-neuf ans ! Trois ans plus tard, et à quatre jours de la date fatidique, la concernée pique un stress légitime, et souhaite se planquer sous la couette avec son brave petit copain Peter. Mais c’est là que le passé la rattrape et que sonne le téléphone, avec au bout du fil sa vieille tante Jennifer, qui éduqua la gosse après l’accident terrible de ses parents. Qu’elle aimerait revoir Alison pour son anniversaire ! Et qu’elle aimerait lui faire une fête digne de ce nom, où se réunirait la famille dans son entièreté, uniquement constituée de personnes que la star de la soirée ne connaît pourtant pas même de vue ! Pas du goût de la belle brune, qui refuse poliment. Mais l’oncle Dean va mal, Alison ! Il n’en a plus pour longtemps, et cette occasion sera peut-être la dernière ! Viens vite, la pâtisserie sera bonne, tu verras ! Alors on y va en traînant des pieds, et en s’assurant de la participation de Peter… Et l’on flaire bien vite le coup fourré. Ali s’étonne d’abord de cette espèce de Stonehenge caché dans la friche derrière le jardinet de ses parents de substitution, puis sursaute à la vue d’une arrière grand-mère de 103 ans, logée dans la chambre en face de la sienne et dont le plaisir est de se glisser auprès d’Alison après minuit. Bizarre. Et épuisant : qu’elle est crevée Ali, très vite alitée, au grand souci d’un Peter pas plus rassuré que la cocotte.

 

 

Oui, je déroule l’intrigue dans sa presque intégralité, mais Alison’s Birthday a vendu la mèche avant moi, et fait partie de ces films passant un pacte silencieux avec son audience, mettant dans la confidence une assemblée sachant très vite que Tonton et Tata ne sont pas tout nets. La seule à ne rien savoir, c’est Alison. Druides de leur état, et en bonne entente avec une antique magicienne, la fameuse Mirne, passant de corps en corps depuis des siècles, la clique ennemie vénère donc quelques diablotins celtes, et veulent faire de leur fausse nièce – les vilains ont kidnappé le bébé à la maternité et envoyé les vrais parents dans le décor – le réceptacle pour l’âme de leur sorcière bien aimée. Rosemary’s Baby façon ozploitation, quoi. Mais comme c’est de très bonne facture, on ne se plaindra pas d’un vague plagiat, d’autant que Coughlan échafaude une Série B cruelle (ce final, en lisière du détestable) et efficace, idéale pour qui veut son épouvante rampante et sournoise. Malin, le réalisateur/scénariste sait changer de point de vue lorsque le récit s’enlise dans la routine, et évite de s’enraciner dans l’instrumentalisation de leur nièce par les vioques. Alors on se colle au dos de Peter, promu héros pour un temps, parti à la pêche aux infos. Un petit thriller dans l’horreur, où l’on s’entretient avec une amateur d’occulte répandant tout son savoir, où l’on court aux archives pour y vérifier actes de naissance et vieilles notules sur de prétendus accidents. Et tout ça avec les minions des magiciens noirs aux trousses, fourche en main, prêts à planter du curieux dans un cimetière abandonné, histoire d’énerver un peu l’ensemble. Ca ne fonctionne pas toujours, car le budget étant ce qu’il est, les contours ne sont pas bien finis, avec quelques âmes bleutées flottant ça et là. Un effet malheureux. Pas top top non plus la bande-son un peu cheap, aux synthés usés s’essayant à un rythme groovy quand elle devrait au contraire miser sur la sinistrose.

 

 

Petit, le bémol, car le réussi l’emporte toujours sur le manqué dans Alison’s Birthday, qui semble avoir les mains dans les poches durant tout son déroulé et sort les gants de boxe à trente seconde de la fin. On se prend donc une vilaine droite, et l’on se demande quel chien enragé avait avalé Coughlan pour être si remonté contre son héroïne, à laquelle on donnerait le bon Dieu sans confession. Qu’elle se retrouve avec de celtiques diableries n’était pas mérité, mais il est bon de se rappeler que le genre a pour but premier de retourner, de déranger. En cela, l’effroi sectaire d’Alison’s Birthday remporte la mise.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Ian Coughlan
  • Scénario : Ian Coughlan
  • Production : Larry Fessenden, Jenn Wexler, Heather Buckley…
  • Pays : Ausralie
  • Acteurs : Joanne Samuel, Lou Brown, Bunney Brooke, John Bluthal
  • Année : 1980

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