Doctor Death : Seeker of Souls

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Lancer une franchise horrifique menée par une figure maléfique reconnaissable entre mille, parcourant toujours plus de nuits de pleine lune au fil de séquelles toujours plus nombreuses, et collecter les droits d’auteur à chaque nouvelle sortie de tombe, n’est-ce pas là le rêve ultime de tout réalisateur et producteur donnant dans le putride ? Mais n’est pas la Toho ou la Hammer qui veut, et bien qu’il soit tiré à quatre épingles, qu’il s’y connaisse en punchlines assassines et semble prendre un plaisir réel au morcellement de bimbo, l’immortel savant de Doctor Death : Seeker of Souls (1973) voit sa vie soi-disant éternelle s’éteindre dès son premier opus, resté trop obscur pour entraîner une quelconque suite. C’est d’ailleurs bien dommage.

 

 

A chaque passage devant l’autel son rappel que les jeunes époux se doivent de s’aimer jusqu’à ce que la mort les sépare, et à chaque doux baiser sous le gros nez de Monsieur le curé la certitude que cette séparation forcée est encore si lointaine. Mais nous sommes dans une Série B, et le scénariste Sal Ponti, d’ordinaire un comédien plus ou moins demandé par la télévision, se fait taquin en refilant une petite santé à la rousse Laura Saunders (Jo Morrow). Et la jeune mariée de s’éteindre sur son lit de mort, laissant seul et malheureux son beau Fred (Barry Coe), moralement si affaibli qu’il en finit par rêver que l’amour de sa vie revient lui annoncer son retour, avec une tronche de squelette et un corps translucide. Tu reviens quand tu veux, chérie, mais fais-nous le plaisir de te remaquiller avant quand même… Sûr et certain que son songe n’en était pas un, le Fredo se met en quête d’une manière de ramener sa Laura auprès de lui, rencontrant tout ce que l’Amérique peut compter d’arnaqueurs se présentant comme agents de liaison entre le monde des vivants et celui des morts. Cela commence avec une prétendue médium organisant des séances de spiritisme dans son salon, dans lequel résonnent les voix des défunts, en fait mimées par sa fille cachée derrière un rideau. Et cela continue dans la cave d’une confrérie de moins tarés, promettant la résurrection de l’être aimé à de vieux fous, pour au final se contenter de tripoter quelques ossements et jouer avec la poussière de ce qui était jadis un être humain. Désespéré, Fred n’en tente pas moins un ultime coup : contacter le Dr. Death dont le nom se répand dans les petites annonces, à la façon de ces marabouts analphabètes plein de promesses de triques de fer et d’ensorcellements aptes à faire de vous un dragueur hors-pair. Pas de danse tribale, de poulet décapité ou de mots magiques susurrés pour cinquante balles avec notre médecin soignant la mort (métier d’avenir s’il en est), mais tout un spectacle rondement mené. Le praticien (John Considine), dont les faux airs de mad magician nous en disent déjà long sur ses intentions cachées, dévoile ainsi sur scène deux jeunes demoiselles, une belle blonde décédée et une autre au visage brûlé au dernier degré, encastrée dans une boîte de prestidigitateur. La promesse de Death est la suivante : après avoir tué la seconde, il transférera son âme dans la carcasse de la première, lui offrant une vie nouvelle où elle pourra enfin se mirer dans la glace. Soucieux de faire grand effet sur son audience, Death appelle son fidèle serviteur Thor (Leon Askin) sur les planches pour qu’il l’aide à découper la défigurée à l’aide d’une scie, dans une scène très The Wizard of Gore. En moins salissante, tout de même. Si Fred est d’abord tétanisé par la mise en scène du bon Docteur, arguant que celui-ci est un sadique meurtrier, il doit également se rendre à la folle évidence : son petit tour a fonctionné, et la brûlée grave habite effectivement la dépouille auparavant inanimée, renommée Venus pour l’occasion. Pour que revive sa Laura et que son veuvage prenne fin, Fred accepte de faire affaire avec Death.

 

 

Pas pour longtemps cela dit. Car décidément peu à l’aise avec les façons de faire du génie, en vérité un alchimiste des temps passés parvenu à passer d’un corps à l’autre durant des siècles, Saunders s’en détourne, songeant qu’au fond mieux vaut encore laisser Laura reposer en paix. D’autant que pour caresser à nouveau son enveloppe charnelle, il faudrait qu’une innocente périsse, et l’on sait avec quel sadisme Death et Thor se mettront à l’ouvrage… Mieux vaut donc faire une croix sur cette résurrection de fortune, où de sa Laura il ne retrouverait que les courbes, puisqu’elles seraient occupées par une âme autre que la sienne. De toute façon, pour une raison inexplicable, la dépouille de Madame Saunders se refuse à accueillir l’esprit d’une autre, comme si elle était trop bien installée dans son luxueux mausolée. En outre, la jolie secrétaire de Fred n’a de cesse de lui faire du gringue, et peut-être que se profile une vie nouvelle, sans larmes salées mais aux bisous sucrés. Si Fred est prêt à accepter la perte de sa Laura, le Doc’ a lui bien du mal à avaler son échec et ne compte pas en rester là, et aidé de Thor il se lance dans un véritable carnage aux alentours, tuant toujours plus de mamzelles dans l’espoir de pouvoir enfin remplir la chair de Laura, sur laquelle il a en outre des vues. Ben oui, lassé de sa bonne femme habituelle, désormais trop vieille pour lui, il se trouva une nouvelle concubine en la personne de Venus. Mais sa légitime goûtant fort peu au cocufiage, elle jeta une fiole d’acide à la face de sa rivale, revenue à la case départ question faciès ravagé. Quand ça veut pas, ça veut pas. Ayant punit sa femme d’un bon coup de poignard dans la poitrine, mais ne se voyant pas passer des repas en amoureux avec une blonde à la gueule en biais, Death souhaite ranimer Laura pour en faire sa propre femme…

 

 

On ne parlera pas de grande romance pour Doctor Death : Seeker of Souls, et d’ailleurs plutôt que de faire pleurer le spectateur branché eau de rose ou faire virevolter les piérides dans son petit palpitant, le réalisateur Eddie Saeta tente de l’amuser, voire de le faire rire. La présence dans l’assemblée de l’un des Three Stooges en dit d’ailleurs long sur l’esprit du film, tout sauf puisé dans les puits de la Universal ou de la Hammer, Saeta invoquant plutôt celui de sale gosse qui animait H.G. Lewis – Death décapite sa Venus et en envoie la caboche par la poste à Fred – et celui de saltimbanque du fantastique façon Ed Wood, dont le Night of the Ghouls pourrait fort bien être une influence de ce chercheur d’âmes. John Considine, excellent en fourbe ayant traversé les âges, prend un plaisir évident à faire les gros yeux et à se perdre en rictus sardoniques, usant de dialogues au second degré noir et s’entourant d’un Thor rappelant justement Tor Johnson, géant chauve à la solde d’Ed Wood à la grande époque. Saeta et Ponti s’amusent comme des petits fous avec leurs sinistres héros, plus qu’avec leur sympathique Fred, bien brave mais inintéressant comme la majorité des figures positives de ce type de film. A l’inverse, on se réjouit de la gaie cruauté de Death, et on s’intéresse au background de Thor, serviteur si dévoué qu’il affronta un lion pour sauver son maître, perdant un œil dans la bagarre. « Vous n’avez pas vu l’état du lion », rit d’ailleurs le docteur, sous le sourire entendu de son hercule, tous deux conscients qu’ils sont des parodies d’une épouvante toc, les avaleurs de sabres d’un cirque faussement macabre, mais diablement divertissant. Et inventif aussi, la séquence voyant les deux bouffons tueurs passer d’une victime à l’autre étant l’occasion pour Saeta de multiplier les mises à mort rigolotes. Ainsi, un jeunot pas résigné à son sort utilise son schlass pour trouer le ventre de Death, mais de la plaie ne sortira qu’une sorte de pétrole parti se répandre sur la tronche du gamin, qui fondra en quelques secondes. Peu après, il rejoindra une beauté occupée à regarder un film d’horreur dans son lit, et agira comme le tueur du film, créant un parallèle entre la fiction et la réalité. Rajoutez un façonnage certes pas exceptionnel mais pro, et vous comprendrez nos regrets de ne pas avoir retrouvé le Doctor Death dans de nouvelles épopées, tant il y avait là potentiel à se payer quelques bonnes tranches.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Eddie Saeta
  • Scénario : Sal Ponti
  • Production : Eddie Saeta, Sal Ponti
  • Pays : USA
  • Acteurs : John Considine, Barry Coe, Leon Askin, Cheryl Miller
  • Année : 1973

 

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