Butchered (The Hazing)

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Toujours flanqué d’un sourire large et avenant, Joe Castro n’a pourtant jamais été du genre à le dire avec des fleurs. Il ne faut donc surtout pas se fier à la jaquette très néo-slasher de son Butchered (2003, parfois appelé The Hazing), sur laquelle on aligne quelques teens très propres sur eux en faisant croire que ceux-ci, et le film avec eux, pourraient sortir de la même promotion que Neve Campbell et Jennifer Love Hewitt. La tactique de l’arbre feuillu cachant (mal) la forêt incendiée, tant ici on charcute, on taillade, on découpe et on déchiquette comme à l’abattoir. A ce répertoire des savoir-faire du père Castro (Terror Toons et ses suites, of course) ne semble guère manquer que l’échaudage…

 

 

Pour sûr que ce n’est pas en ce nouveau sacrifice d’adolescents un peu cons sur les bords que les Scream et autres Souviens toi… l’été dernier allaient se trouver un nouveau compagnon de jeu. Ces habitués aux coups de poignard presque veloutés seraient même, en compagnie de Butchered, comme des ballerines au centre d’un cercle pour sumos, et auraient tôt fait de se prendre une vilaine mornifle sur leurs petites joues roses. Qui, d’ailleurs, pour douter qu’un spécialiste des effets gorasses et des maquillages boutonneux comme Castro, dont les services furent requis sur les Wishmaster 3 et 4, le remake daté 96 d’Humanoids from the Deep ou Uncle Sam, irait s’inspirer du virginal néo-slasher là où il avait la possibilité d’en revenir au hack and slash vicieux des années 80 ? Personne, évidemment. Et on ne chancellera pas en découvrant que le très maigre synopsis bâti par Eric Spudic, collectionneur de VHS apparu dans le docu Adjust your Tracking, connu pour avoir vendu pour 600 dollars la cassette de l’uber-Z Tales from the Quadead Zone et scénariste de micro-productions sur son temps libre (Aquanoids, Creepies 1 et 2, Maniacal pour le même Castro), donne dans le trip régressif, voire primitif. Lynette et Barbara, deux brunettes ne rêvant que d’entrer dans une sororité, frappent à la porte de l’une d’elles et sont accueillies par les pestes Daphne et Jenny (cette dernière étant jouée par Phoebe Dollar de Goth et Hell’s Highway), qui accepteront leur candidature si les nouvelles arrivantes se soumettent à un petit bizutage, et donc à une série d’humiliations. Dont fait partie la désormais classique nuitée passée dans une maison abandonnée et à la sinistre réputation. Ce sera cette fois dans la pénombre d’un train fantôme délabré que Lynette et Barbara devront roupiller jusqu’au petit matin, un ancien manoir que l’on dit hanté par l’esprit vengeur d’une femme à la tronche en biais, qui vivrait entre les murs de la bâtisse et aurait déjà liquidé quelques ouvriers du bâtiment par le passé. C’est pas que des rumeurs, d’ailleurs, l’intro nous montrant la mocheté planter sa grande machette dans le bidon d’un clochard qui venait lui demander de partager ses restes. Quelle idée aussi d’aller mendier sa mie de pain dans un manège maudit… Evidemment, une fois sur place, la petite troupe, rejointe par les petits copains pas finauds de Daphne et Jenny, puis plus tard par un pauvre livreur de pizza, découvre que la légende est très en dessous de l’horrible réalité. Et de finir démembrés par le laideron vengeur…

 

 

Que du très classique, et des prémices typiques dans leur construction basique des productions David Sterling, roi à la couronne en carton trônant au sommet du royaume du no budget le plus misérable, régnant entre autres sur le bois pourri des Camp Blood, interminable (et très minable) saga ne cessant de faire baisser le niveau du slasher flick depuis 1999. On sait d’ailleurs que l’on va avoir affaire à l’étrange petit producteur avant même que son nom n’apparaisse au générique, puisque la séquence d’introduction plante un décor déjà utilisé quelques mois auparavant dans le Death Factory (2002) édité par Uncut Movies. Soit un espèce d’entrepôt abandonné, labyrinthe de parois de bois bon marché, que le père Sterling avait sans doute découvert comme non-surveillé et dont il fit son quartier général pour quelques tournages éclairs. Jadis une usine désaffecté, les lieux deviennent ici un ancien manoir, sans doute le moins luxueux du monde, plus tard transformé en un train fantôme dont il ne reste aucune décoration. Un sol gris, des murs décrépis couleur ciment, un peu de poussière et de la paperasse déchirée au sol pour combler le vide et vous avez le set d’une prod. Sterling, dont le budget ne dépassait ici pas le prix d’une bombe de chantilly. Littéralement : alors qu’elles sont soumises aux bahutages, les deux cocottes aspirant à devenir les sisters des deux pestes sont forcées de se faire tapoter le fessier avec une raquette de ping pong, puis de se mettre de la crème fraiche dans le soutien-gorge. Sauf que après trois coups de pression la bombe est déjà vide, et que chez David Sterling on n’a même pas assez de sous en poche pour aller en acheter une nouvelle pour remplacer celle que le producteur avait sans doute attrapée à la hâte dans son frigo avant de partir bosser ce matin-là. Une chance que la clique avait sous la main du sirop de chocolat en remplacement, et que le flacon n’était pas vide, sinon les demoiselles étaient bonnes pour se saupoudrer du Nesquik sur les boobs. Un niveau de misère rarement atteint auparavant, quand même… Et que l’on retrouve dans la soi-disant sororité, à tous les coups la bicoque même de Sterling : salon vide, porte d’entrée dégueulasse (serait-ce une trace de merde que l’on distingue sur celle-ci?) et qui semble avoir été fracturée, garage mal rangé visible à l’arrière-plan… Butchered ne sent pas les gros dollars, ni même la petite mitraille, et c’est rien de le dire.

 

 

Mais il est ardu d’attendre plus d’un projet sans doute planifié à la va-vite, imaginé le samedi à l’heure de l’apéro, écrit le dimanche sur un ticket de parking, casté le lundi et tourné le mardi et le mercredi en utilisant quelques comédiennes naïves auxquelles Sterling à fait miroiter une carrière à la Sarah Michelle Gellar. Et voilà ces acteurs à la petite semaine, promis à de la figuration payée au lance-pierre par la suite (l’une des fifilles parviendra à jouer une bijoutière dans le dernier Wonder Woman, et nous sommes bien contents pour elle), condamnés à passer et repasser dans les trois mêmes pièces, à courir avec l’air effrayé de celui qui se sait pourchassé dans les couloirs les plus laids et tristes jamais vus dans une production, même aussi pingre. Visuellement, c’est une catastrophe, autant parce que Castro n’a jamais été un grand metteur en scène – et le voilà en prime confiné dans des décors pour la plupart si étroits qu’ils l’empêchent probablement de faire un tour à 180 degrés – que parce que les lieux sont ennuyeux à en mourir, et nous font immédiatement regretter les sempiternels bosquets sans charme ou deux-pièces délabrés dans lesquels Sterling se plante d’ordinaire. En comparaison, ceux-ci sont des palais dont les fontaines font ruisseler des cascades d’or. Heureusement, Joe Castro a un avantage sur tous les Brad Sykes et autres faiseurs démunis auxquels Sterling jette une piécette pour qu’ils filment des clowns sprintant hache à la main dans la forêt : son atelier de faiseurs de make-up gore. Il en revient fatalement avec quelques fausses caboches non-utilisées et des mains coupées encore utilisables, ainsi que quelques litres d’hémoglobine de sa conception, permettant à Butchered/The Hazing de rentrer dans la catégorie des slasher n’y allant pas avec le dos de la débroussailleuse. On se croirait presque dans une bande allemande d’Andreas Schnaas ou Timo Rose tant cela s’acharne sur la jeune bidoche, salement amochée après le passage de la moche assassine.

 

 

C’est net, Castro y tient, à son titre de gros salopeur, et ne manque donc pas l’occasion d’en foutre partout. Ainsi, quand un personnage se prend une balle au milieu du front, il ne s’en tire pas avec un petit trou perlant ses gouttes cramoisies, il a le crâne perforé et le trou béant laisse s’échapper une bouillie de matière grise. Quand une gosse se fait égorger, ce n’est pas pour se retrouver avec une simple ligne de Ketchup sur la glotte ; la lame passe et repasse tant sur sa pauvre nuque que la tête finit par se détacher. Tronches éclatées à la barre de fer, mirettes crevées aux doigts crochus, entrailles sorties à la mimine, toujours à grand renfort de jets de globules rouges : Butchered ordonne le port du tablier, et le viandard de base devrait sortir repus de l’infect buffet ici étalé. L’amateur des spectacles lugubres reconnaîtra aussi que la tueuse de service fait plutôt de l’effet, et fait un excellent coupe-faim : véritablement répugnante avec sa dentition de canasson, ses lèvres écumeuses, son regard éteint et ses cheveux rares, elle se hisse sans trop de difficultés dans le Top 10 des killers les plus crados qui soient, et finirait presque par justifier l’utilisation de ce pauvre décorum. De quoi éviter de justesse le naufrage de The Hazing, sans pour autant en faire un massacre recommandable, tant celui-ci ne parlera qu’aux plus cléments et affamés des fanatiques du genre. Et encore, c’est pas dit…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Joe Castro
  • Scénario : Eric Spudic
  • Production : David Sterling, Mark J. Gordon
  • Pays : USA
  • Acteurs : Susan Smythe, Phoebe Dollar, Juliet Bradford, Elina Madison
  • Année : 2003

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