Jack Frost 2  : Revenge of the Mutant Killer Snowman

Category: Films Comments: No comments

Après tout, pourquoi un bonhomme de neige adepte de l’exécution sommaire ne pourrait-il pas profiter de vacances sous le soleil des Bahamas ? Parce qu’il risque de finir en flaque de flotte ? Allons, pas dans un gros Z des familles voyons… Ainsi, après une courte hibernation de trois années à peine, Jack Frost s’arme à nouveau de sa carotte et gèle les miches à quelques vieilles connaissances tout en refroidissant du teen ardent. Same old, same old… Mais cette fois avec encore plus de second degré et beaucoup moins de moyens, Jack Frost 2 : Revenge of the Mutant Killer Snowman (2000), dont le titre en dit déjà long sur le sérieux de l’entreprise, pouvant être considéré comme un Z de luxe.

 

 

De luxe parce que contrairement à l’énorme majorité des séquelles branchées direct-to-video et dont le budget s’évapore d’un chapitre à l’autre, les premiers rôles du premier volet rappliquent. Que ce soit par appât d’un faible gain ou l’envie de se rouler à nouveau dans la poudreuse toc du B-Movie, Christopher Allport et Eileen Seeley redeviennent ainsi les époux Tiler. Des rôles d’une vie ? Sans doute pas, mais gageons que les cocos ne s’étaient pas trop déplu sur le set de Jack Frost premier du nom et avaient à coeur d’ajouter à leur CV une nouvelle tempête de neige. Autre grand retour, celui de Michael Cooney, back on ice à la réalisation comme au script, des idées nouvelles plein le bonnet. Sa dernière trouvaille, la délocalisation de l’intrigue, retirée des petites villes montagneuses des USA vers les îles les plus caniculaires, là où on n’attendrait pas le vil snowman, qui pourra donc jouer du contraste entre son état neigeux et une chaleur quasiment équatoriale. Du moins sur le papier et dans les espoirs du cinéaste, car sur le plateau il pleut durant les quatre semaines de tournage, et les vacances de rêves se changent bien en vite en foire au nuage gris. Pas bien grave, tant on ne croit jamais vraiment à Jack Frost 2, dont on aurait juré qu’il avait été tourné dans un hangar crasseux mal transformé en studio. On a bien quelques plans de la plage et une séquence sur un canoë perdu en mer, mais on se sent surtout coincés dans des chambres d’hôtel et au tiki bar local, soit le décorum habituel de ces zéderies tentant de masquer le fait qu’elles ont été shootées dans la maison du producteur. Après, est-ce que l’on espérait du retour de la froide créature une véracité à l’épreuve des balles ? Bah non, et à vrai dire, tant qu’elle n’oublie pas de faire monter le mercure le temps d’une scène ou l’autre – après tout, le plus gros atout du premier volet était Shannon Elizabeth – et que quelques tueries aussi stupides que créatives tombent à intervalles réguliers, nous serons satisfaits. Ce que nous fûmes plutôt.

 

 

Faut dire aussi que nous ne cultivions pas d’espoirs insensés, et que l’on se doutait bien que cette revanche du bonhomme de neige mutant assassin n’allait pas tenter de jouer des coudes avec Chinatown et Les Hommes du Président. En outre, dès le départ on remarque que cette séquelle se traîne une gueule de second de l’an, typique de ces films tournés en digital video du début du millénaire. Ca fait cheap pour le dire franchement, et ça aide à revoir ses attentes, déjà au pied de la montagne, à la baisse. Jack Frost 2 sera digne d’une production Charles Band, notre vision du film se fera donc en fonction, avec boissons à 4,5 % à la pogne, paquet de chips sur les genoux et un collègue spectateur prêt à rire d’un acting à la ramasse et sachant apprécier un budget inexistant. Les comédiens en font des caisses, les punchlines de Jacques le frigide semblent encore pire qu’avant et qui n’avait pas aimé le caractère je-m’en-foutiste du premier s’arracheront carrément les pubis avec les dents face à celui-ci. Le baroudeur abonné aux ruelles les plus malfamées du genre sait, lui, dans quoi il s’engouffre : dans un cul de sac stylistique, dans un coupe-gorge où il vaut mieux ne pas s’aventurer seul, histoire d’avoir quelqu’un à qui causer lorsque le héros établit un plan de contre-attaque contre Jack Frost, ou que ce même preux chevalier en guerre contre le flocon maléfique tremble à la seule idée du retour de sa Némésis. Des moments chiants par nature, où l’on se retourne vers le reste de l’audience pour causer d’autre chose, se demander ce que l’on va bien pouvoir manger demain soir et où l’on passe en revue sa liste des courses. On ne relève la tête que lorsque pointe un peu de gore ou des séquences folles. Heureusement, à ce petit jeu Cooney est médaillé, si ce n’est d’or, d’argent.

 

Beau festival d’idées dingues notre Jack Frost 2, où le bonhomme de neige est rarement visible mais dont les méfaits sont variés. Et très typés cartoon. Transformé en enclume, il écrase une jolie fifille, réduite à un amas de boyaux. Blagueur, il se la joue vierge de fer et enferme de la mamzelle entre ses quatre murs et sort les pieux de glace pour tenter de lui faire plein de petits trous. D’humeur à se faire un barbec’, il use des pinces à saucisses pour arracher une paire de mirettes à une pauvre blonde. Et quand une brunette s’en va nager à poil dans la piscine, il prend plaisir à l’enfermer dans l’eau en gelant la surface. Enfin, en laissant ses glaçons se faire avaler par une bimbo, il peut lui faire sauter le caisson de l’intérieur. Rien de mieux pour lancer une ola qu’une bonne explosion de caboche à l’ancienne. Le clou du spectacle, du moins selon Cooney, c’est néanmoins cette longue séquence héritée de Critters où Jack Frost s’en remet à une dizaine de minions, boules de neige carnassières lancées à la poursuite des vacanciers, dont l’îlot paradisiaque fut changé en station de ski. Le meilleur de la séquence, et peut-être de toute cette bobine pas déplaisante si on sait ne lui confier qu’une attention limitée et se garder une activité sur le côté ? Sans doute la mort, presque poignante, de l’un des « petits » de Frost, qui verse même une larme à son trépas. Si on nous avait dit que Jack Frost 2 serait plus touchant que ces téléfilms romantiques envahissant les chaînes en cette saison… ben on l’aurait cru sans mal, en fait.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Cooney
  • Scénario : Michael Cooney
  • Production : Vicki Slotnick, Jeremy Paige
  • Pays : USA
  • Acteurs : Christopher Alport, Eileen Seeley, Ray Cooney, Chip Heller
  • Année : 2000

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>