Toys of Terror

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Un titre bateau sans doute décidé en un centième de seconde, un principe archi-rabattu (des jouets pas zentils, bouh!), un casting composé d’inconnus d’ordinaire bloqués dans la petite lucarne… C’est sûr, la fiche technique de Toys of Terror (2020) n’entraîne pas le rêve humide et ne nous pousse pas à déballer cet énième christmas horror movie à toute berzingue. N’entrons pas dans un suspense de toute façon inexistant : non, le bazar n’entrera jamais au panthéon. Et oui, tout cela est plutôt quelconque. Pas de quoi défriser le barbu de Madame Noël, mais tout cela n’est pas dérangeant non plus. Et peut même gagner son poids en ganache au chocolat question old-school.

 

 

Il y a des destinées qui détonent. Prenons celle de Dana Gould, l’un de ces mecs que l’on retrouve absolument partout. Soulevez le clapet de vos vieilles consoles, et vous l’y retrouverez à prêter sa voix à Gex, gecko aux blagues si lourdingues qu’elles en sont devenues cultes. Branchez-vous sur les chaînes à séries pour mouflets et vous entendrez à nouveau son timbre, et probable que vous tomberez aussi sur son museau au fil d’un feuilleton pour adultes ou l’autre. Tendez l’oreille, et vous découvrirez qu’il a participé à la bande-son des Simpsons, dont il est aussi l’une de cordes vocales régulières. Ouvrez le placard de la production, et vous lui trouverez quelques crédits de plus. Enfin, lancez les mirettes en direction de la machine à écrire et vous l’y verrez en train de tapoter le script de Toys of Terror. Bonhomme très occupé donc que Monsieur Gould, et on s’étonnerait presque de ne pas trouver son cul enfoncé dans la chaise de réalisateur, le rôle revenant au final à un certain Nicholas Verso, illustre inconnu, bien chevelu (c’est toujours un bon point, par chez nous) et venu slalomer entre les flocons pour ruiner l’ouverture des cadeaux de Noël d’une petite famille recomposée. Papa David et Maman Hannah, très nantis, vont d’ailleurs passer un réveillon bien merdique comme il faut : après avoir acheté une ruine d’orphelinat pour la retaper et la revendre derrière – c’est à priori leur truc pour se faire des burnes en or -, leur nounou, en charge de leurs deux moins de dix ans et d’une ado râleuse de quinze, découvrent une vieille manne renfermant des jouets. Malheur ! Ceux-ci appartenaient à des mouflets décédés depuis des plombes. Et terreur !, les joujous ont pour but d’envoyer les vivants dans l’au-delà pour qu’ils y jouent à la marelle avec les morts.

 

 

Pas mauvaise, d’ailleurs, cette idée des jouets voulant pousser les petits amours au suicide pour que leurs précédents propriétaire se sentent moins seul dans l’autre monde, et le duo Gould/Verso pétrit un final doux-amer satisfaisant. L’ennui, c’est tout ce qui précède, d’une platitude assez folle, simple reprise des passages obligés du film orienté jeux dangereux. En 2020, le bidule s’appelle Toys of Terror, il y a dix ans cela aurait été The Boy, et il y a trente ans Demonic Toys serait inscrit sur sa carte d’identité. Comme dans un vieux film de maison hantée, les petits réagissent de plus en plus bizarrement, car possédés par ces figurines, peluches et vieux masques. Et comme au 112 Ocean Avenue les grands croient entendre de sombres murmures ou ressentent des présences dans des pièces poussiéreuses, se persuadent qu’ils sont sujets à une sombre rêverie. Et comme toujours, lorsque les adultes réalisent qu’il s’en trame des moches au grenier, là où Oncle Monkey et un elfe en bois tentent de défenestrer la marmaille, il sera quasiment trop tard et le montage s’accélérera alors que tout ce beau monde court dans les escaliers. Le coup classique, ni mieux ni moins bien fait qu’ailleurs, gagnant ici ses galons grâce à une bonne tenue formelle (jolie photo, pleine de loupiottes hivernales), mais perdant ses points aussi vite qu’ils ont été gagnés à cause d’une interprétation sans feu – les comédiens viennent du télévisuel et ça se sent à chaque instant – et de personnages stéréotypés.

 

 

Faites place, car voilà la mère de famille trop prise par son travail pour s’occuper de sa progéniture mignonne mais casse-couille au possible, et que l’on confie à la bonne de service, brave fille à l’air éteint, jamais remise d’une fausse-couche. Pendant ce temps, le père rigolo fait quelques blagounettes pour que son adolescente fasse enfin risette, la fâchée regrettant d’être enfermée dans une bâtisse pas loin de s’écrouler, dans un froid polaire, alors qu’elle aurait pu faire la bringue et se brûler la plante des pieds sur le sable fin de Bora Bora. Pour bien souligner sa mauvaise humeur, il est décidé de lui faire porter un gros chandail avec brodé dessus un smiley tirant la gueule. Yep, on en est à ce niveau de caractérisation, et il est inutile de dire que l’on s’attache moins aux persos de Toys of Terror qu’aux vioques de ces publicités pour des chaises électriques d’escaliers. Mais Verso sait se rattraper en misant sur des nounours et abeilles en plastique animées en stop-motion – ou alors en usant de CGI dont le rendu imite volontairement l’animation en volume -, donnant à son film une gueule de film des années 80 ou 90 sans jamais tomber trop profond dans le puits de la nostalgie, évitant, et c’est heureux, de nous sortir les synthés d’un autre âge et une imagerie rose bonbon. Au fond, on peut parler de ces jouets de la terreur comme d’une version chiadée, respectable et tous publics (un empalement sur une planche en bois et c’est tout, la fontaine du gore ne nous éclabousse pas ici) des productions Charles Band, et admettre que si cette énième visite dans le coffre à jouets ne ravit que trop peu, elle n’ennuie jamais non plus. C’est d’jà ça.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Nicholas Verso
  • Scénario : Dana Gould
  • Production : Devan Towers
  • Pays : USA
  • Acteurs : Kyana Teresa, Georgia Waters, Verity Marks, Dayo Ade
  • Année : 2020
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