A Christmas Horror Story

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Restés bons copains depuis leurs années Ginger Snaps, saga duvetée sur laquelle ils travaillèrent tous à des postes différents, Steven Hoban (producteur de la franchise aux loulous, mais aussi du Black Christmas de 2006 et de Splice), Brett Sullivan (réal’ du second opus, aussi monteur de Saw IV) et Grant Harvey (petit chef sur Ginger Snaps Back: The Beginning) se réunissent sous les étoiles du Pôle Nord pour y empaqueter un assez joli cadeau aux amoureux des fêtes de fin d’année, leur A Christmas Horror Story (2015) tentant d’être à la nativité ce que Trick’r Treat fut à la saison des sorcières.

 

 

Vous jutez dans votre froc à la seule vue d’un gros barbu de rouge affublé ? Ne jurez que par la Amicus, les Tales from the Crypt et autres petits princes de l’anthologie donnant dans la peur panique découpée en quatre tranches ? Sortez les couverts en argent, ajustez votre cravate aux couleurs d’hiver, repassez votre chandail rouge et vert, et faites un peu de place pour A Christmas Horror Story sous les épicéas : le recueil d’historiettes terribles est étiqueté à votre nom, et le ruban n’attend que vous le défaisiez. Première surprise, malgré une jaquette donnant l’impression de faire son beurre sur le dos du pauvre Krampus (2015 aussi) et laissant donc présager une Série B se la jouant mockbuster, et donc puant à tous les coups le DTV bas de gamme, cette histoire de Noël horrifique a la peau croustillante et un fumet des plus agréables. Pour lâcher les images gustatives, disons que la pelloche a de la gueule et que les trois commandants à la barre montrent qu’ils ont du métier. Même si quelques différences de styles, légères, se font sentir entre les sketchs ici compilés et donc entre les différents auteurs, un filmage lisible, une photographie experte et un travail sonore feront le quotidien du film. Nous voilà donc bien installés, avec un coussin soyeux sous le fessard, et nous pouvons donc profiter d’historiettes que l’on espère un peu plus originales que la moyenne, le film à sketchs moderne ayant, je l’ai répété toutes les trois semaines depuis des années, une forte tendance à nous réchauffer les plats de l’avant-veille. Pour profiter de l’oasis The Mortuary Collection, on doit en bouffer du sable chez tous les Scare Package, The Witching Season ou All Hallow’s Eve 2 et souffrir d’une longue traversée du désert créative. La révolution ne viendra pas de A Christmas Horror Story, soyons clairs, et toutes les fables renfermées dans son grimoire ont toute un pendant filmique bien connu, qu’il se trouve dans le cabanon aux deadites d’Evil Dead 2, dans la pelloche d’enfant possédé ou dans la ghost story virant par instant au found footage (pas trop envahissant, et c’est trèèèès heureux). Rien de bien neuf, mais on évite le chapitre obligé du slasher – j’adore le genre, là n’est pas le problème, mais un film à sketch peut aussi se faire sans dégainer le hachoir, il est utile de le rappeler – ou celui du streum sous le lit ou dans le placard. Pour ça, remercions les gaziers Harvey, Sullivan et Hoban. Après, et comme d’hab’ avec la méthode du récit éclaté, mais aux histoires mêlées les unes et autres et réparties un peu partout sur cette heure quarante, comme dans Trick’r Treat encore, l’inégalité fait son nid dans le conifère.

 

 

Admettons tout d’abord qu’à aucun moment, aucun instant, nous ne trouvons le temps long face à ce réveillon maudit que subissent de pauvres protagonistes, rejoints par quelques spectres irritables, diablotins voyeurs et colosses des neiges. Maintenant, on ne se passionne pas pareil pour tout, et certainement pas pour le chapitre dédié à Krampus, bel et bien de sortie pour fesser les mauvais coucheurs incapables de profiter de l’esprit de Noël. Alors on course une petite famille dans la neige ! Et on attaque la même lorsqu’elle se cloître dans une église ! Tout cela pendant que le spectateur se dit que tout cela se regarde sans mal mais que cela n’apporte rien au schmilblick. De même, on ne zappe pas face aux errances de trois étudiants dans les sous-sols de leur école, dont le travail de fin d’étude consiste à découvrir la cause de la mort de deux élèves, crucifiés dans les pièces servant jadis de chambre dans cet institut catholique. Une bonne idée est effleurée, car on pense instant que les mannequins de la crèche, qui ne servent plus depuis des années, s’animent, le vieux Joseph et la vierge Marie, bien que de bois, éventrant du jeune curieux. On fait fausse route et c’est bien dommage, même si l’affaire se rattrape en dressant un parallèle entre la naissance du Big J en ce mois de décembre et les avortements pratiqués par des bonnes sœurs. M’enfin, visuellement ce n’est jamais que deux cons et une conne qui trimballent leurs jeans et jupe dans des couloirs mal éclairés… Reste une scène de sexe assez malsaine pour vraiment sauver le bidule. Nettement meilleure, cette virée pour découper un sapin dans un coin de terre privé, mauvaise idée de deux jeunes parents qui perdent leur fiston dans le bosquet. Pour le retrouver quelques minutes plus tard, mais avec un caractère très changé, le môme étant désormais un goinfre mangeant ses spaghettis comme un dégueulasse, un petit pervers regardant maman sous la douche et un sombre énervé plantant sa fourchette dans la mimine de son pauvre papa. La bonne idée, c’est de s’en remettre à la légende du changeling, créature peu utilisée dans le genre et sale bête prenant la place d’un mouflet au sein de sa tribu. Le déroulé ne bouleverse pas nos habitudes, mais le suspense se fait des plus compétents.

 

 

La quatrième et dernière story, vaguement reliée à celle d’un William Shatner échappé de ses galaxies lointaines pour se la jouer présentateur radio, s’envole carrément vers les ateliers du Père Noël, très occupé par une épidémie changeant ses elfes en des nains tueurs. Et Santa de prouver sa valeur en tant qu’action star, décapitant, cognant et envoyant dans le décor ses petits infectés. Malgré un twist terminal pas trop mal, quoique là aussi pas bien nouveau, la séquence la plus énergique du film est aussi la plus basique, tant sa seule idée véritable se résume à « Santa Claus défouraille vilain ». On pense beaucoup à Cooties ou au très récent Black Friday, à Evil Dead aussi (surtout la série Ash vs Evil Dead), on ne se déplaît pas mais on y reviendra pas en courant non plus. Au fond, et comme souvent dans le genre, pris séparément ces sketchs ne font trembler personne, mais réunis sous une seule et même bannière, mélangés les uns aux autres, ils finissent par faire effet. La technique du buffet : aucun des aliments sur la table n’est de première fraîcheur, mais le nombre fait loi et le spectateur abdique, également séduit par une belle patine et une atmosphère hivernale bien troussée. Plutôt du bon, donc, même si A Horror Christmas Story ne saurait être considéré comme un leader du style, bien qu’il ne soit pas totalement un follower non plus.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Grant Harvey, Brett Sullivan, Steven Hoban
  • Scénario : James Kee, Sarah Larsen, Pascal Trottier, Doug Taylor
  • Production : Steven Hoban, Mark Smith
  • Pays : Canada
  • Acteurs : George Buza, William Shatner, Oluniké Adeliyi, Amy Forsyth
  • Année : 2015

One comment to A Christmas Horror Story

  • Nazku Nazku  says:

    J’ai trouvé que ce film était une agréable surprise. Parce que comme toi, je trouvais que la jaquette laissait présager un truc pas très bon. Les bons films d’horreur de Noël sont plutôt rares et même s’il n’est pas original on passe un bon moment. 🙂

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