Good Tidings

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C’est la saison du partage, et lorsque trois pères Noël distribuent coups de machette ou de batte de base-ball, la politesse veut qu’on les leurs rendent. Dont acte avec Good Tidings (2016), prod’ anglaise à la mode do it yourself s’attaquant aux christmas movie avec un regard neuf et une originalité bienvenue.

 

 

Les traditions sont fortes, y compris dans un genre se voulant marginal et anticonformiste comme l’horreur, dont 97 % des représentants opérant aux alentours de la fin décembre ont tendance à se poster devant les maisonnées enguirlandées ou les cabanons forestiers attaqués par la poudreuse. Du coup, lorsqu’un bad santa flick atypique tombe de la cheminée, c’est bien volontiers qu’on lui laisse une assiette de biscuits sur la table. Good Tidings ne ressemble ni à Black Christmas, éternel bon exemple du slasher des blizzards, ni à Douce Nuit, Sanglante Nuit, mémorable et sauvage coup de hache dans la bûche de Noël, et loge son intrigue dans une Grande-Bretagne toujours aussi grise, au réveillon sans couche immaculée et sans familles réunies autour d’un bon feu de bois, à déballer des cadeaux aux rubans serrés tandis que les cailles farcies se font dorer les miches au four. Plutôt que d’adopter un visuel digne des publicités Coca-Cola, où l’on chante et danse le sourire Colgate plaqué sur la gueule, le réalisateur Stuart W. Bedford s’intéresse à des carcasses de fêtes, celles des sans-abris logés rue de la dèche et dont les frusques trouées font office de domicile fixe. Le décorum ? Un palais de justice envahi par les clochards, festoyant et tournoyant dans le box des accusés au son des hymnes hivernaux, posant de la gnôle bon marché à la place du greffier et des miettes de repas là où devrait se tenir le juge. Une éclaircie dans une vie de misère, un rire dans un torrent de pleurs. Une pause dans la débrouille, et un échappatoire à la rue. Jusqu’à ce qu’arrivent trois psychopathes déguisés en Pères Noël, armes au poing avec une furieuse envie de dézinguer tout ce qui bouge, de fendre du crâne et d’étrangler du clodo en ricanant, car les trois salopards ont l’éclate de leur vie alors qu’ils massacrent du mendiant.

 

 

Direction le slasher basique, efficace et dégueulant ses litres de Bourgogne à chaque tête qui roule ? Avec le zeste de survival qui va bien alors, Bedford n’étant visiblement pas du genre à se contenter de victimes paralysées par la peur, et les tactiques des uns et des autres pour survivre aux déflagrations brutales de leurs assaillants donnent le rythme de Good Tidings, en même temps qu’elles redéfinissent la structure scénaristique du film lorsque la routine s’installe trop dangereusement. Certains, trop effrayés à l’idée de se prendre une volée, décideront d’obéir aux petits papas Noël dérangés en piégeant leurs amis, d’autres opteront pour l’opération séduction et tenteront d’amadouer ces dingos agissant sans raison, à ces tarés s’en remettant au brutal par simple amour du brutal. Enfin, le héros, un ancien militaire fatigué, que la société remercia pour tous les dangers affrontés en lui offrant un bout de trottoir et trois guenilles, décidera qu’il en a assez pris sur le casque comme ça et qu’il est temps de répliquer en fendant quelques fronts. Le Mal n’est chassé que par le Mal, et la seule loi à encore avoir cours dans ce sanctuaire du juste est celle du plus fort. Alors armons-nous d’un tuyau d’acier ou de ciseaux et taillons une nouvelle barbe à ces pourritures au bonnet rouge. Répétitif ? Parfois, et il serait mentir que de dire que Good Tidings ne souffre pas de quelques longueurs, que certaines scènes auraient peut-être gagné à être raccourcies, que s’en remettre à une centaine de minutes peut sembler excessif pour une course-poursuite dans des couloirs abandonnés ou devant le parloir. Plafonner à 80 minutes serait plus confortable pour tout le monde.

 

 

Mais Bedford a une vision, il s’y tient. L’homme étant plutôt inspiré, on se gardera bien d’aller lui faire la leçon, et plutôt que de lui balader sous le pif ses quelques petites baisses de régime, on lui offrira une belle tape dans le dos pour ses vraies réussites. Comme le fait, par exemple, qu’il transcende un budget probablement dérisoire et des visuels pas tout à fait chatoyants, la faute à un équipement probablement bon marché, par une mise en scène pensée, travaillée, presque mesurée. Qui doit beaucoup au meilleur de John Carpenter, à son étude précise du suspense, son utilisation parcimonieuse du gore ainsi qu’à sa gestion de l’espace, avec ce trio terrible avançant lentement à l’arrière-plan ou se plantant au milieu du champ comme une menace inamovible. Mais c’est fait intelligemment, sans se restreindre aux méfaits du maître – on pense aussi, et forcément, à Clowhouse de Salva et Alone in the Dark de Sholder – et sans répliquer Halloween ou Assaut de manière superficielle, comme trop de jeunes auteurs le font désormais. La maigreur du budget pousse d’ailleurs Bedford à s’en remettre à des éclairages naturels, et donc à un style très naturaliste. Sa sensibilité fera le reste, s’accrochant à des ex-camés ou des paumés ayant tout perdu, en guerre pour sauvegarder des débris de vie ratée, pour des rognures d’existence à la marge. Beau moment, car affreux, que celui voyant une SDF s’échapper par les toits de l’enfer auquel elle fut conviée par les bourreaux barbus, pour réaliser que le monde qui l’attend, celui par lequel elle peut s’échapper, n’a rien à lui offrir et ne veut pas d’elle. Ne serait-ce que pour cette superbe scène, Good Tidings mérite que l’on se glisse dans sa hotte, car le cadeau est beau.

Rigs Mordo

 

  • Réalisation : Stuart W. Bedford
  • Scénario : Stuart W. Bedford, Stu Jopia, Giovanni Gentile
  • Production :
  • Stuart W. Bedford, Stu Jopia, Giovanni Gentile
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Claire Crossland, Colin Murtagh, Stu Jopia, Liam Ashcroft
  • Année : 2016

 

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