Douce Nuit, Sanglante Nuit 5 : Les Jouets de la Mort

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La dernière fois que l’on avait pris le poux de la franchise Douce Nuit, Sanglante Nuit, elle pulsait aux rythme macabre que lui imposait Brian Yuzna, qui après trois chapitres ne formant qu’un seul et même gros slasher enneigé s’en remettait à des histoires de sectes sataniques, d’insectes putrides et de sexe déviant. Noël en plein, donc. Moins branché crasse et plus orthodoxe en apparence, Les Jouets de la Mort (1991) ne s’en ménage pas moins quelques scènes gentiment désaxées, faisant en cela honneur à ces Silent Night, Deadly Night tous marquants d’une manière ou d’une autre.

 

Attention, Spoilers !

 

A Hollywood, les réconciliations sont faciles, et il suffit de glisser un chèque dans une pogne pour que les bisbilles s’éteignent d’elles-mêmes. Très courroucé en 84 lorsque le premier Douce Nuit, Sanglante Nuit posa son traîneau sur les écrans noirs, l’enfant star des années 30 Mickey Rooney, probablement le comédien le plus longtemps resté en activité avec près de 90 années de passées devant une caméra, s’ajouta au cortège des mères remontées contre un petit slasher de rien du tout, coupable selon elles de pervertir l’image du gros Irlandais à la barbe blanche. Inacceptable pour les hordes catholiques, qui forcent le film à disparaître des programmations, et parmi lesquels le vieux Rooney n’était pas le dernier à taper d’un poing rageur sur la table. Si ce beau monde savait ce que le père Yuzna allait cracher à la face du monde avec le quatrième opus, impie de l’ongle incarné à la dent cariée, il n’en serait pas revenu et serait passé aux larmes… Décidément taquin, le réalisateur de Society va plus loin pour le cinquième et tente un coup au départ des nineties, trimballant un billet vert sous le nez du vieux Rooney… qui comme toute personnalité hollywoodienne n’a pas d’âme et enterrerait convictions profondes et éthique pour que son porte-feuille lui semble un peu plus lourd en poche. Sa haine de la franchise disparaissant tel un flocon dans une paume, le voilà donc l’un des premiers rôles de The Toy Maker, qui comme le volet précédent abandonne les histoires de bad santa fracassant du garçon pas sage à la hachette à incendie pour ne garder que le décorum scintillant des fêtes de fin d’années. Plutôt que celui qui les apporte au pied du sapin, c’est sur les jouets offerts que se concentrera le réalisateur Martin Kitrosser, scénariste de Meatballs 2 (moins drôle que le premier, mais quand même…) et des Vendredi 13 part III à V, depuis devenu un superviseur de scripts reconnu à la cité des anges. Dans un monde parallèle où Re-Animator est le plus grand film à succès de tous les temps – un père de famille en porte le t-shirt, une gamine demande à un père Noël de supermarché de lui apporter un magnétoscope et la VHS de La Fiancée de Re-Animator – le petit Derek est réveillé par la séance de culbute à laquelle sa mère Sarah (Jane Higginson, déjà passée par L’Abattoir) et son père Tom (Van Quattro, nom rigolo s’il en est) s’adonnent. Errant dans la maison, le gosse découvre un paquet cadeau avec la mention « ne pas ouvrir avant Noël » et se fait surprendre par son padré, qui ne suit pas les recommandations et ouvre ce paquet qu’il ne se souvient pas avoir déposé sous le sapin. En sort un jouet rond, grosse boule de plastique prenant la forme d’un Père Noël étrangleur. Attaqué par le joujou, Tom chute et va s’empaler le crâne sur un tisonnier.

 

 

Petit saut dans le temps : nous ne sommes désormais plus qu’à quelques jours du 25 décembre, et Derek n’a plus pipé mot depuis qu’il a vu un bout de plastoc fracasser la gueule de son vieux papa. Ce mutisme nouvellement acquis l’empêche évidemment d’expliquer à Sarah la dangerosité des jeux d’enfants, qu’il se refuse à approcher. Pourtant persuadée que cela lui ferait le plus grand bien de retrouver petites voitures et soldats miniatures, elle l’amène à la boutique du vieux Joe (Mickey Rooney), marchand de hochets à l’ancienne, fatigué d’avoir à tenir le magasin avec son turbulent fils Pino (Brian Bremer, Pumpkinhead) dont le grand plaisir est semble-t-il de déambuler avec un masque effrayant sur la tronche ou de créer des jouets dégoûtants. Tétant de la bouteille à toute heure, le vieux Joe semble avoir son lot de secrets, et ce n’est probablement pas pour rien qu’un jeune bellâtre du nom de Noah (Tracy Fraim), soldat fraîchement revenu du front, tourne autour de lui et de Sarah, comme s’il en savait long… Le spectateur pas trop con en saura long aussi dès qu’il remarquera que Rooney incarne un certain Joe Petto et que son grand gamin s’appelle Pino. Ca va, la pièce tombe ? Vous avez maintenant l’image d’un petit garçon de bois, dont le nez s’allonge à chaque mensonge mollardé ? Et vous imaginez donc la suite des évènements, tout comme les révélations à venir ne vous estomaqueront guère. Yep, Pino est un lui-même un jouet, très robotisé, alors que le vieux Joe porte sans vraiment le vouloir la blouse d’un Baron Frankenstein dépassé par sa propre création, vicieuse au point de prendre l’apparence de son créateur avant d’aller offrir au petit Derek des jouets trafiqués. Et mortels. C’est que Pino convoite Sarah, comme dans le conte parce que lui aussi aimerait avoir une maman à ses petits soins. Sauf que nous sommes dans une production Yuzna, et qu’il faut que ça dérape à un moment ou un autre : Pino, dont l’état de mannequin vivant a été dévoilé, agrippe Sarah en hurlant « Je t’aime, Maman ! Je t’aime Maman ! » en frottant le vide de son entre-jambe boisé contre celui de la pauvre femme, horrifiée face à ce grand garçon dont le complexe d’Oedipe crève le plafond et se matérialise de la plus brutale des façons.

 

 

Sans conteste l’image marquante d’un Silent Night, Deadly Night 5 cependant jamais avare en la matière. Si l’ensemble n’avance pas au pas de course et ne se fait jamais carnage ininterrompu, laissant une bonne place au suspense et au développement des personnages (qui est Noah pour Derek et Sarah ? Quel est le passé de Joe ? Pourquoi Pino est-il si bizarre ? Est-ce que Clint Howard, de retour pour un caméo, aura plus qu’une minute à l’écran?), Kitrosser garde en tête que personne ne loue un Douce Nuit… pour se retrouver avec des mystères plein les bras. Et le cinéaste de profiter de la diversité que lui offre le principe des jouets meurtriers pour varier les exécutions, toutes plus folles les unes que les autres. Une larve mécanisée rentrera donc par la bouche d’un père de famille pour ressortir par son œil, tandis que toute une armada de figurines et bagnoles téléguidées viennent interrompre la bête à deux dos que formaient deux ados. Et là, c’est festival, avec tuture munie de scie circulaires, petit tank crachant ses obus sur le buste de la cocotte, serpent en caoutchouc s’essayant au ligotage et cyclope aux dents longues mordillant de la cuisse. Le délire, finalement bien digne d’une production Yuzna, qui a toujours le don de nous endormir avec des expositions plus ou moins longues, mais déroule systématiquement des orgies de sang et de pus quand notre méfiance est au plus bas niveau. Si l’ensemble ne souffrait pas d’une croupe assez télévisuelle, The Toy Maker, de part son aisance à mêler fun et idées sordides, serait sans doute devenu un vrai et beau cult classic, n’en doutons pas.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Martin Kitrosser
  • Scénario : Martin Kitrosser, Brian Yuzna
  • Production : Brian Yuzna, Richard N. Gladstein
  • Titre original : Silent Night, Deadly Night 5 : The Toy Maker
  • Pays : USA
  • Acteurs : William Thorne, Jane Higginson, Mickey Rooney, Brian Bremer
  • Année : 1991

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