Jack Frost

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Il y a un passif entre Jack Frost (1997) et moi-même. Ou plutôt un rendez-vous manqué à la fin des années 90, alors que mon père me fit le plaisir de m’amener à l’un des deux vidéoclubs de ma petite ville locale, où je pus traîner, des étoiles morbides plein les yeux, au rayon horreur à la recherche d’une nouvelle VHS sanguine, d’un noir monolithe à enchâsser dans notre vieux magnétoscope. Le choix fut vite fait : sourire carnassier fait de stalactites et de stalagmites, donnant à sa bouche grande ouverte des airs de caverne prête à s’effondrer sur la jeune chair, le regard rieur de celui prêt à éviscérer son prochain, visage autant squelettique que neigeux, Jackie le frigide me semblait particulièrement avenant. Et à sa risette je ne pouvais que succomber. C’était sans compter sur l’intervention de l’employé de la boutique, accouru pour susurrer aux oreilles de mon père que la Série B hivernale en question était un sacré navet et qu’il valait mieux se rabattre sur une pelloche plus convenable. Genre Hantise. Oui, la grosse baudruche avec Liam Neeson et Catherine Zeta Jones, dont on ne se souvient que de la décapitation du pauvre Owen Wilson, pas encore devenu le clown triste de la comédie américaine. L’arnaque.

 

 

 

Ne comptez cependant pas sur moi pour jouer de nostalgie au fil de cette chronique tombant comme un flocon sur vos écrans, ni pour faire mentir l’adage voulant que si de Jack Frost on se souvient encore, c’est seulement parce que Shannon Elizabeth, pas encore sacrée reine du strip-tease nineties grâce à American Pie, s’y faisait tringler par un bonhomme de neige. Car ils n’ont pas forcément tort, les adversaires les plus durs du film de Michael Cooney – plus tard célébré pour le script de son pourtant surfait Identity – lorsqu’ils clament haut et fort que ce direct-to-video sentant bon la bûche au moka et la poire aux airelles n’est jamais qu’un décalque brumal des creatures features de l’époque, appelant en grand renfort les protagonistes habituels et clichés du B-Movie d’alors. Faites place sous le sapin, chers enfants sages, car viendront s’allonger sous ses guirlandes quelques silhouettes que vous ne connaissez que trop bien. Comme le tueur en série enfin alpagué après avoir rougit la région de ses meurtres, un certain Jack Frost dont le convoi l’amenant à l’ombre percute un camion bourré de produits chimiques expérimentaux, avec pour tout résultat la transformation du sanguinaire en un snowman toujours assassin. Si ce n’est plus. A ses trousses, le très ordinaire shérif du petit patelin voisin, et que Frost a dans le collimateur parce que Monsieur l’agent l’avait coffré quelques mois plus tôt, signant par la même occasion sa perte. Sur les futurs lieux du carnage trottineront l’indispensable agent du FBI, un peu connard sur les bords, arrogant au possible et prenant la populace locale pour un ramassis de ploucs plus ou moins analphabètes, et l’indispensable (vraiment?) savant dingo, caution scientifique réjouie de voir que son azote liquide a donné l’immortalité à un être humain. C’est juste regrettable que ce soit tombé sur un serial killer et que celui-ci soit désormais increvable… Et pour occuper ce dernier, on envoie dans son champ de vision tout ce que la jeunesse américain compte de plus con et décérébré.

 

 

Ca, pour être cons, les personnages de Jack Frost le sont. Et Shannon Elizabeth, à laquelle on envoie bien sûr des bouquets fleuris et tout le pataquès, là n’est pas la question, est probablement la pire du lot. Alors que son jeune frère fut décapité par une luge dans la journée, la bimbo ne se laisse ni refroidir par le deuil ni par les températures négatives (une illusion d’optique apportée par beaucoup de fausse neige : il faisait en vérité pétant de chaud sur le plateau et cela se voit puisque aucune fumée ne court les lèvres de nos héros) et invite son petit copain à la culbuter dans la maison du shérif, dans laquelle elle s’introduit par effraction. Et c’est avec un sourire éternellement plaqué sur la face que la belle s’effeuille, alors que la tête de son frérot roulait sur le givre il y a quelques heures à peine. Chacun gère la douleur à sa façon, je suppose… N’empêche que c’est ça aussi, le joyeux monde de la Série B lobotomisée, et que sans ces zigs oubliant tous les sombres tournants de leur terrible existence par la lapée érotique, eh ben nos petits divertissements bêtas manqueraient leur rencart avec un érotisme grossier. Pas si torride que ça d’ailleurs la scène culte, plus intéressante parce que Jack Frost, capable de passer de la flotte à la neige ou à la glace, a rempli de lui-même la baignoire dans laquelle Miss Shannon va se savonner et l’y emprisonne en reprenant une constitution poudreuse. La suite, vous la connaissez : Jack saisit l’occasion, ne récupère pas sa carotte au milieu du visage et la glisse là où vous imaginez bien. Oui, dans le barbu de Shannon Elizabeth, si violemment fourrée qu’elle en meurt sous le coup de boutoir. Le petit pervers de base ne jutera pourtant pas puisque l’actrice ne perd jamais sa serviette, et le curieux apprendra que le caractère crapuleux de la séquence survint par accident, le but de la séquence étant à l’origine que l’adolescente périsse à force d’avoir la tête frappée contre le mur de la salle de bain. Mais comme la carotte de Jack Frost manquait à sa tête à ce moment (sans doute pour ne pas blesser la comédienne ou lui crever un œil), au montage cela ressemblait à tout autre-chose, et à une vidéo de chez Pornhub plutôt qu’à votre monster movie lambda. Comme il aurait été coûteux et que cela aurait demanderait un temps qu’il n’avait pas de ramener la Elizabeth et filmer à nouveau la séquence, Cooney décida de faire avec et souligna l’identité salace du passage en rajoutant des tirades graveleuses et humoristiques.

 

 

Car comme tous les exécuteurs fantastiques apparus après Freddy Krueger, Jack Frost a la vanne facile et saupoudre toute intervention d’une punchline souvent navrante (« Hé non, c’est pas cet enfoiré de Nounours ! » quand il défonce une porte, « Je vois ta maison d’ici » lorsqu’il est propulsé en l’air), le tout ne rivalisant bien sûr jamais de quelque sérieux que ce soit. Vu la maigreur du budget, il aurait été difficile de faire autrement. A noter qu’à la base, ce Jack Frost devait avoir bien plus de fric dans ses petits souliers et devait être tourné par Renny Harlin, avant que le projet ne fonde un grand coup et revienne dans les mains d’un Cooney alors débutant. De toute façon, dans un cas comme dans l’autre, peu de chance que cette version neigeuse de Horror Show/House 3 (le script est quasiment le même) serait devenu un classique des programmes de Noël, que France 2 calerait entre deux téléfilms à base de chiots abandonnés trouvant enfin foyer aimant et cheminée chauffée. Dénué de nudité et pas vraiment gore, en tout cas moins que ce que l’on pouvait espérer, le film transperce tout de même les buffets avec des pieux de glace, force une mère de famille à mâcher des boules de Noël et fait vomir de la poudreuse à un pauvre type. Et puis, l’histoire d’un bonhomme de neige violeur et pratiquant l’infanticide n’est pas de ces contes que l’on récite avant la messe de minuit, même s’il n’y a pas non plus de quoi faire appel à la censure. N’empêche, tout cela reste cent coudées au-dessus du piètre Hantise, et c’est fermement que j’envoie le gérant de mon vieux vidéoclub aller se faire foutre. C’est ça aussi, les fêtes de fin d’année.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Cooney
  • Scénario : Michael Cooney
  • Production : Vicki Slotnick, Jeremy Paige
  • Pays : USA
  • Acteurs : Christopher Allport, Stephen Mendel, Shannon Elizabeth, Eleen Seeley
  • Année : 1997

One comment to Jack Frost

  • Denis FF  says:

    Quelle connerie

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