Leprechaun 2

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Sous la mauvaise peau, les pustules et la radinerie du malicieux Leprechaun bat un petit coeur, et l’envie de se ranger des voitures en se trouvant une femme au foyer capable de lui offrir une descendance. Il y a de l’amour dans l’air, alors ? Nope, et c’est pas demain la veille que la saga verra la vie en rose, la jeune cocotte avec laquelle Warwick Davis aimerait jouer à saute-mouton sur un matelas n’étant pas du genre à se laisser passer la bague au doigt par un pervers d’un mètre à peine.

 

 

Sans être l’incarnation même de la séquelle à la mode bigger and louder, Leprechaun 2 (1994) illustre assez bien l’adage voulant que lorsqu’une petite production horrifique se fait succès surprise, il ne faut jamais attendre bien longtemps avant de voir les producteurs lui injecter quelques billets supplémentaires pour qu’elle enfonce le clou. Shootée par Rodman Flender, quelques années plus tard à la tête du projet La Main qui Tue, l’un des meilleurs horror flicks des nineties, cette suite reprenant le vieux principe du « bride of… » permet donc à la franchise d’esquiver, pour un temps du moins, la dégringolade dans le milieu du direct-to-video, et avait même à l’origine très à coeur de suivre au plus près le premier volet. Etait ainsi prévu de faire revenir le personnage de Jennifer Aniston, dont Leprechaun se serait vengé en la faisant devenir sa pauvre épouse. Seulement voilà, à la même époque l’actrice monte en grade et passe ses semaines entre deux appartements voisins, à se disputer avec David Schwimmer, à parler sexe avec ses coupines Courtney et Lisa, entre deux cafés qu’elle sert sous les oeillades amoureuses du bon Gunther. Bref, Friends est lancé, et pas question pour la comédienne d’en retourner aux vannes salaces et au griffures sanglantes du nabot maléfique. Un refus qui ne s’accompagnera pas d’une refonte totale du projet, l’idée d’un Leprechaun désireux de croquer dans la jarretelle de la mariée étant considérée comme une base saine. On se passera donc de la Aniston, et on crée donc un nouveau personnage en la personne de Bridget, qu’incarnera la blondinette Shevonne Durkin (Tammy and the T-Rex), après que fut un temps considérée Denise Richards (Tammy and the T-Rex aussi, d’ailleurs). L’une ou l’autre, Leprechaun prend volontiers de toute façon, et sait qu’il lui sera très facile de passer la bague au doigt de sa cible féminine. Si la miss éternue trois fois en sa présence, elle est à lui, sauf si un gêneur récite les mots magiques (« Que dieu te bénisse, ma chérie ») avant l’union sacrée. Un gêneur, il y en aura un dans les petites pattes du lutin, Cody, petit copain de Bridget, n’étant pas résigné à la laisser passer devant l’autel avec le petit saligaud.

 

 

L’argument scénaristique est évidemment très mince, mais qu’attendre d’une expansion d’un Leprechaun lui-même très léger en la matière ? Trimark persiste et signe dans l’épouvante rigolarde et continue de reprendre à son compte la méthode Krueger, à plus petite échelle. On ne misera jamais sur un suspense de toute façon inexistant, on ne tentera jamais vraiment de faire pleurer dans les chaumières lorsque tel ou tel second rôle passera l’arme à gauche, et on ne va même pas essayer de nous faire croire que l’amourette liant Cody et Bridget mérite que vous saliez vos petits yeux d’une larmichette. Tout le monde le sait, tout le monde l’assume : l’attraction principale, c’est Warwick Davis, toujours maquillé par Gabe Bartalos (aux effets sur les Basket Case, réal’ d’Ecorché Vif) et encore plus à son aise que dans l’original. Celui qui fut vaguement starisé par Willow prend son pied dans le rôle du farfadet pour qui un sou est un sou, et s’amuse comme un beau diable à ajouter une dimension salace au personnage, pour qui ne compte plus que deux choses : le cul et l’écu. En toute logique, Leprechaun 2 n’est jamais aussi réussi que lorsque le bonhomme est à l’écran, picolant par ici, zigouillant par-là, offrant des coups de langues vicieux à sa pauvre promise entre les coups, ou lui promettant une lune de miel comme elle n’en aurait jamais connue sans lui. On veut bien le croire. Les séquences gore prennent un petit coup de boost par rapport au premier chapitre, et on envoie carrément un jeunot se faire découper la gueule par une sorte de tondeuse géante en lui faisant croire qu’il va embrasser une paire de seins, pour ensuite refaire le portrait d’un gérant de café à la vapeur. Leprechaun premier du nom flirtait déjà largement avec le cartoon live, le second confirme en offrant à sa vedette une petite formule 1, en ranimant un squelette bagarreur ou remplissant l’estomac d’un vieux soûlard de pièces d’or.

 

 

Comme précédemment, tout ce joyeux cirque divertit sans mal, sans toutefois marquer les esprits. Reste fatalement quelques scènes d’exposition un peu longue, quelques passages dans lesquels le rire tonitruant du démon (qui jouit d’une excellente VF, faut le signaler) manque, Cody et Bridget n’étant que de très ordinaires teenagers pour lesquels notre palpitant ne risque pas de faire des rebonds. Même si Cody marque des points en bossant dans une agence organisant des tours effrayant de Los Angeles (il a d’ailleurs pour client cette bonne vieille gueule de Clint Howard) et que son oncle nous ravit avec ses posters de Mutant, Godzilla, Vendredi 12 Chapitre 2 et compagnie. Subsiste aussi la malheureuse impression que le film fait parfois du surplace, que certaines scènes s’éternisent un peu trop (tout le passage avec le coffre-fort) et que le final est un peu simple pour satisfaire un esprit sévère. Mais ceux-là ne vont même pas s’aventurer dans l’antre du rigolard lutin pour y contempler son magot, n’est-ce pas ?

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Rodman Flender
  • Scénario : Alfredo Septién, Turi Meyer
  • Production : Donald P. Borchers
  • Pays : USA
  • Acteurs : Warwick Davis, Charlie Heath, Shevonne Durkin, Sandy Baron
  • Année : 1994

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