The Ghoul

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Créatures de la nuit autrement moins notoires que ces tristes sires de vampires ou ces grosses peluches que sont les lycanthropes, les goules n’en viennent pas moins de loin, et nous font remonter jusqu’aux Mille et une nuits, où elles sont décrites comme des mangeuses de chair, parfois morte, parfois pas, trouvables dans les cimetières ou les déserts du Maghreb. Vu que cela coût un pont de transporter toute l’Angleterre de l’effroi ou le grand Hollywood sur le sol arabe pour vérifier quel régime fait la bête, c’est généralement au dévoreur de cadavres de se payer un trajet, et après Boris Karloff dans les années trente, c’est à Peter Cushing de goûter au mythe via… The Ghoul (1975). Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

 

 

Attention, spoiler.

 

 

On l’a répété un bon millier de fois, et on le répétera sans doute mille fois encore, les années 70 furent à l’épouvante classique et gothique ce que la guillotine fut à Landru : un coup sec qui vous rabote la nuque en un quart de seconde. Pas d’échafaud pour l’horreur de Sa Majesté, mais un tronçonnage venu du Texas, une gamine se masturbant au crucifix et toute une cohorte de détraqués sexuels surinant de la donzelle, autant de méfaits et actes répréhensibles venus démoder les désormais sages baiser de Christopher Lee et les raccommodages de macchabées du Baron Cushing. La Hammer perdait de sa superbe aux yeux du public, qui regardait donc ailleurs, et la Amicus commençait à remplir des documents de prévoyance funéraire. Certains y croyaient néanmoins encore, comme les petits gars de la Tyburn, société à la courte vie distribuant sous le manteau de la marchandise que l’on jurerait tombée des camions de ses rivales précitées, comme le velu Legend of the Werewolf (1975), occasion pour plusieurs adhérant à la Hammer de se réunir pour quelques frissons de plus. Réalisé par Freddie Francis (Dracula et les Femmes, L’Empreinte de Frankenstein), écrit par Anthony Hinds (Dracula, Prince des Ténèbres, La Femme Reptile) et joué par Peter Cushing (si à ce stade il vous faut encore que je vous déroule sa filmo, c’est que vous êtes bons pour un redoublement), cette petite pièce crochue et griffue ne cachait bien évidemment pas ses liens thématiques et humains avec la jadis puissante Hammer. La même année, la Tyburn enfonçait le clou avec The Ghoul, qui réunit le même trio et y ajouta Veronica Carlson, Hammer Girl dont le charme fit trembler quelques pierres tombales quelques années auparavant. Plus pour longtemps, car la blonde comédienne quittera les planches et plateaux pour deux décennies, fâchée avec les producteurs londoniens depuis que ceux-ci frappent à la porte de sa loge pour la forcer de plus en plus lourdement à adopter le déshabillé. Ne se voyant pas flotter plus longtemps dans une impudique terreur, Veronica fera de The Ghoul son ultime film pour un bon moment. Par chance, ce n’est pas la pire porte de sortie trouvable.

 

 

Question pitch, la fine équipe ne débordait pas d’envie de réinventer la roue : dans les années 20, pour tromper leur ennui et égayer une soirée guindée, quelques jeunes bourgeois mettent à profit leurs automobiles toutes neuves et se lancent dans une folle course à travers les bois. Daphné (Carlson) prend la tête, laissant derrière elle le pauvre Ian McCulloch (L’Enfer des Zombies, of course), forcé de se mettre sur le bas côté parce que sa vitesse rendait malade sa copilote. Mais vite perdue dans la brume, Daphné tombe nez à pustule avec le crado Tom (John Hurt avant la célébrité), homme à tout faire du Docteur Lawrence (Cushing), notable vivant reclus au beau milieu des marais, dans un luxueux manoir où il vit seul avec sa maîtresse de maison Ayah (Gwen Watford, le Cleopatra de 63), profitant de la chaleur de son feu de cheminé pour pleurer sa femme et son fils perdus entre les braises. Contente de trouver un lieu sec et un divan pour se reposer, Daphné découvre très vite que la maisonnée cache bien des secrets, dont une pièce à l’étage où pourrait se terrer une bien vilaine bête. Une goule, par exemple et à tout hasard. Vu de loin, le Freddie Francis nouveau ne diffère guère de l’ancien. Peut-être un peu plus brut et simple dans la réalisation (probable que le temps qui lui était alloué n’était plus le même que dix ans plus tôt), The Ghoul reprend les bonnes vieilles habitudes du gothique british, envoyant une jolie fille dans une sinistre demeure, où toutes les portes lui seront d’abord fermées, puis s’ouvriront à mesure que les plus inavouables secrets seront dévoilés. Ce coup-ci, ce sera la présence entre ces murs du fiston soi-disant décédé, ramené à une vie de mort-vivant cannibale par Ayah, dont les prières envers Shiva et les rites vicieux font plus de mal que de bien. Mais à y regarder de plus prêt, la Tyburn aspire à plus moderne qu’elle n’en a l’air.

 

 

Passons sur le fait que John Hurt kidnappe les voyageuses égarées pour les enfermer dans son cabanon crasseux, scènes pouvant rappeler un style plus Texas Chainsaw Massacre, car après tout le hasard peut avoir fait son œuvre. Difficile par contre de cacher que Hinds avait dans le viseur le père de l’épouvante moderne, Psychose. Pour preuve ce générique d’intro dont la bande-son plagie sans en avoir trop l’air le main theme du classique du gros Alfred. Et comme évidence la structure du récit, qui va plus loin que Hitchcock en suivant durant près d’une heure les déambulations de Veronica Carlson avant de l’envoyer dans la tombe, une silhouette dont le visage nous reste invisible la poignardant dans son lit. Certes, il manque la douche, mais c’est bien tout… Ce n’est néanmoins pas sa dévotion à Psycho qui fait de The Ghoul une réussite, pas plus que la révélation finale du monstre, visuellement décevant et qui aurait mieux fait de s’en tenir à ses ombres, mais bien la cruauté de l’ensemble, le jusqu’au-boutisme dans la noirceur. Remontés, Hinds et Francis n’épargnent personne, plantant une dague dans le front du jeune premier venu sauver les demoiselles en détresse, tandis que le reste du casting fait montre d’un certain talent dans le néfaste. Car ils sont tous des monstres à leur manière. Monstrueuse de nature, la goule, enfermée dans une pièce et nourrie des entrailles des promeneurs perdus dans le brouillard. Monstrueux de par sa lâcheté, le Dr. Lawrence ne pouvant se résigner à liquider sa descendance alors qu’il a conscience du mal qu’elle répand. Monstrueuse, cette Ayah priant des dieux impies et découpant en petits morceaux de jolies filles qu’elle servira à son zombie. Et monstrueux ce Tom bestial, rendu fou par la guerre et désormais seulement capable de dérouler démence et violence. Du bonheur au kilo donc, et pas un personnage ne sortira de l’expérience le sourire aux lèvres. Le spectateur, par contre, a de bonnes chances d’y trouver son compte et versera même un peu de sel en découvrant que Cushing, dans ses scènes les plus émues où il pleure sa famille envolée, regardait en vérité la photo de sa véritable femme, alors défunte…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Freddie Francis
  • Scénario : Anthony Hinds
  • Production : Kevin Francis
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Peter Cushing, Veronica Carlson, John Hurt, Gwen Watford
  • Année : 1975

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