Graveyard of the Dead (El Retorno de los Templarios)

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Sacrés Templiers Zombies. Nos amis les aveugles infidèles ont beau être morts, enterrés et rongés par les vers depuis des lustres, suffit qu’une nymphe à la jupe trop courte enjambe leur pierre tombale pour que ces vieux machins tout desséchés sortent de l’humus le plus noir et blasphèment comme en 72. Ou presque, car nous sommes ici en 2007, qu’Amando de Ossorio n’est plus depuis six années déjà et l’esprit du bis espagnol depuis plus longtemps encore, forçant Vick Campbell à broder ses capuches avec du fil usé et à la mode Do It Yourself.

 

 

Ne pas espérer de son Graveyard of the Dead de luxueuses sépultures, dès lors. Et ne pas attendre qu’il y ait plus d’une tombe, comme de juste digne du cimetière de Plan 9 From Outer Space, dans son maudit champ des morts : Campbell n’a pas un sou en poche, mais des jetons de caddie. Soit aux alentours des 1500 euros, c’est-à-dire à peine le budget d’un court-métrage. On me rétorquera que le père Amando n’avait lui-même pas des diamants aux doigts et ne distribuait pas des faucons maltais sur ses tournages, et c’est très vrai. Mais au moins pouvait-il compter sur ce qui fait défaut à Vick sur son El Retorno de los Templarios parfois nommé The Erotic Nights of the Blind Dead (super titre, bravo les ricains), à savoir une équipe technique faite de professionnels qui sauront capter, éclairer et interpréter correctement les rêveries cendreuses de Monsieur de Ossorio. Dans la Barcelone de 2007, celle totalement abandonnée par le malsain esprit du cinéma le plus bourreau, c’est avec une caméra bon marché, des lumières souvent naturelles (et donc à la qualité, disons, fluctuante) et des comédiens piochés parmi ses connaissances que l’on rougit l’Ibérie. Rarement la méthode pour marquer le genre de son sceau, même si l’on sait aussi que le Z le plus pur occasionne plus souvent les bonnes surprises que l’on veut bien le reconnaître. La Spanish horror entre donc dans l’ère du digital pixelisé, et les blind dead dans celle du shot-on-video, sans que soient réellement bouleversées leurs habitudes. Contrairement au tout aussi illégitime et non-officiel Curse of the Blind Dead sorti en 2020 et qui tentait de s’emparer du mythe du templier zomblard à un point tel qu’on ne reconnaissait plus vraiment la saga, Campbell repousse la simple idée de l’originalité et fait ce qu’il peut pour reprendre la recette de Ossorio à la pincée de sel près.

 

 

L’ensemble débute donc comme les opus officiels de la tétralogie et suit les déambulations de ces sadiques templiers parcourant les champs à la recherche de sorcières à châtier. Une mission officielle très éloignée de leur but non-avoué, à savoir collecter suffisamment de sang de vierge pour pouvoir s’en repaître et toucher à l’immortalité en trois incantations et deux coups de cuillères à pot. On attache donc de nubiles demoiselles dans un repaire décrépi (quatre murs de pierre dont on se demande comment ils tiennent encore debout), on les fouette jusqu’à ce que la chair tombe et que jaillisse la rouge ambroisie, que l’on lèche dans des grimaces cruelle. On répète l’opération jusqu’à ce que les villageois, que l’on démembre et cravache à l’envi, se rebiffent et prennent les serpes pour faire payer leurs tortionnaires. Les templiers finissent pendus, égorgés ou éviscérés, mais ont sucé suffisamment de globules rouges de petites rosières pour pouvoir se réveiller un siècle plus tard, lorsque quelques teufeurs s’emparent de la cambrousse pour remuer du croupion sur de la techno bon marché. Le boucan des soirées entre jeunes, ce fléau de vos week-ends. La fête sera bien entendu vite finie lorsque nos revenants iront faire des entrailles chaudes de nos danseurs leur festin. Au milieu de tout ce chahut titube la pauvre Miranda, recherchée par son frère depuis qu’elle a fui le domicile familiale pour cause de viol de la part de son père. On aurait claqué la porte et foutu le feu à la baraque pour moins que ça… Je l’ai dit, par rapport à l’Italien Raffaele Picchio, coupable l’année passée d’avoir tant réécrit la légende des templiers satanistes qu’elle en devenait méconnaissable, Campbell joue les conservateurs, reproduisant par exemple ces longues scènes lors desquelles les morts-vivants s’extirpent péniblement du sol et avancent dans la nuit noir d’un pas traînant. Là où Curse of the Blind Dead prenait des allures d’un épisode de Walking Dead qui ne s’avoue pas, Graveyard of the Dead s’enracine aussi fermement que faire se peut dans le sentier des précédents opus, qu’il ne rejoint néanmoins que très clandestinement.

 

 

Car si Campbell a bien étudié sa leçon et a de toute évidence compris que le principal dans La Révolte des Morts-Vivants et ses suites c’est l’ambiance et une dévotion totale à l’épouvante dans tout ce qu’elle avait de plus sleazy, avec la juste utilisation des cambrures féminines et des coulées de boyaux, lui manque malheureusement les moyens de ses ambitions et le talent qui va avec. Le réalisateur n’a tout simplement pas l’oeil, ne sait pas nous balancer le plan qui tue et a toute les peines du monde à rendre iconique ses vilains. On ne parle pas là tant des versions zombifiées, recréations assez fidèles des versions seventies, sèches et raides comme à la belle époque, même si leur donner la parole est une affreuse faute de goût ; mais bien de lorsqu’ils sont encore vivants. Passe encore qu’ils soient interprétés par des comédiens assez pathétiques et grimaçants comme des clowns trop farceurs, on n’attendait pas de cette nuit érotique des morts aveuglés qu’elle nous offre une interprétation du feu de dieu. Mais ces longs plans les voyant marcher contre un vent trop puissant pour qu’ils puissent maintenir leurs cagoules sur leurs têtes fait grand tort à leur stature. Ils manquent tout simplement d’envergure, et tous les coups de nerfs de bœuf du monde (et il y en a…) ne parviendront jamais à faire d’eux d’ignobles oppresseurs. Autre problème, et pas des moindres : on se fait un peu chier, comprenant bien vite qu’une fois retirés la si étrange bande-son des premiers films, ces râles gutturaux d’un autre monde des templiers, ainsi que le style de Ossorio, et bien ne reste que des ossements vagabonds se traînant mollement – et le verbe comme l’adverbe sont choisis, vous pouvez me croire – vers des jouvencelles qu’ils dénuderont avant de les étriper sur les feuillages ou dans leurs vieilles ruines. Aguichant, et même plus, dans le principe, presque pénible à l’écran, parce qu’il manque le feu, l’habileté et l’âme qui animaient le grand Amando. A croire que lui seul pouvait faire des merveilles avec trois crânes barbus et deux fémurs fêlés…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Vick Campbell
  • Scénario : Vick Campbell
  • Production : Vick Campbell
  • Pays : Espagne
  • Acteurs : Albert Gammond, Eloise McNought, Thais Buforn, Julian Santos
  • Année : 2007

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