CarousHELL

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Selon le loufoque John Waters, saint patron des marginaux et du sexe déluré, « Si votre objectif est de tourner un mauvais film, alors vous ne pouvez pas vous louper. » Cela se vérifie avec le CarousHELL (2016) de Steve Rudzinski, fabricant de Z un peu pouacres (Basic Slaughter, Red Christmas) et de téléfilms avec des chatons aventureux (A Meowy Christmas, A Meowy Halloween) ici lancé dans un tour de manège presque fier de ses malfaçons. Le pire dans tout ça ? Sans doute le faite que cette grosse connerie est extrêmement sympatoche.

 

 

Un carnage perpétré par un cheval de manège, ou plutôt une licorne de foire, échappée de son carrousel pour aller planter sa corne dans de la jeune chair, en voilà un concept farfelu dont on ne s’étonne même plus. La faute à une production indie ayant depuis une bonne dizaine d’années pris l’habitude de se fendre de points de départ saugrenus et repoussant toujours un peu plus loin les lignes de l’extravagance. Entre les pasteurs vélociraptors, les lamas de l’espace, les pinatas tueuses, les requins possédés par le démon, les hamburgers dentés venus bouleverser la chaîne alimentaire, les pantalons assassins, les tornades de clowns et les canapés bouffeurs de fions, suffit désormais de se baisser pour avoir les mains pleines de zéderies coconnes, dont le second degré transpire dès la seule lecture du titre. On aime ou on aime pas, et force est de reconnaître qu’après avoir puisé une ou deux fois dans ce tonneau, on a déjà la sensation d’avoir vu tout ce qu’il y avait à voir. Et même que le gros des troupes en serait resté au stade de faux trailer que personne n’aurait rien trouvé à y redire. Ne comptez d’ailleurs pas sur CarousHELL pour venir renverser l’ordre naturel du genre et être plus qu’une vaste blague misant tout sur son synopsis dingo. Car dans la structure et le déroulé, nous voilà dans la mare aux slasher flicks, et jusqu’aux genoux puisque Rudzinski reprend grosso merdo l’idée de Slumber Party Massacre, avec une clique de teens occupés à faire la teuf alors que le danger vient frapper à leur porte et mettre un terme à la sauterie. Il y a de cela trente ans cela aurait été un échappé d’asile, un grand brûlé, un nerd vengeur ou un colosse golio. En 2016 et dans la turne du bon Stevie on se retrouve avec une bourrique en bois soucieuse de faire payer à un gosse son irrespect, le garnement ayant collé ses crottes de nez sur le manège alors qu’il y faisait un tour. De quoi mériter son coup de sabot dans le groin, effectivement.

 

 

 

Reste qu’une fois passée la surprise de découvrir un baudet revanchard doté de la parole et traquant la jeunesse, CarousHELL ne dévie plus jamais des rails du slasher et décime un casting volontairement constitué de clichés de la Série B, tous rendus encore plus ridicules qu’ils ne le sont déjà d’ordinaire. Livreur de pizza ne parvenant pas à obtenir son pourboire (incarné par Rudzinski lui-même), nymphomane accroc aux réseaux sociaux, nationaliste brutal distribuant du bourre-pif pour un oui ou pour un non, duo de faux Français (ils sont en vérité Québecois) incestueux et prétentieux, enfant trop gourmand nommé Lunch Box pour sa collection de boîte à tartine (chacun son truc) et engloutissant tout ce qui traîne, jeune gars à la sexualité mal définie tentant de se convaincre de son hétérosexualité en demandant aux filles de montrer leurs nibards, ce qu’elles font généralement avec plaisir, sa petite copine naïve (Haley Jay Madison de Slaughterhouse Slumber Party) obsédée par les licornes, et qui développera une irrépressible envie de s’envoyer l’étalon. Un besoin finalement assouvi comme vous l’imaginez bien, Rudzinski ne pouvant décemment pas passer à côté de l’une des scènes de cul les plus déjantées de ces quinze dernières années, où l’on ne sait plus qui du dada ou de la nana chevauche l’autre. Une séquence symptomatique de l’esprit de camaraderie qui anime ce petit DTV : on se dénude, on picole un peu et on rigole beaucoup de sa propre connerie.

 

 

Et on ne prend pas le carnage trop au sérieux non plus, puisque les meurtres sont l’occasion de faire utiliser à la carne des ustensiles que ses sabots ne sauraient pourtant manier. Lancé de shuriken dans le dos plantage de hache dans le cranium, utilisation d’un arc à flèche, labourage de visage avec une roulette à pizza, étranglement au fil de fer, encastrement d’un flamand rose en plastoc dans des torses, rayons laser… Le petit poney diabolique a de la suite dans les idées, et n’hésite jamais à user de ses belles gambettes pour faire voler en éclats des tronches entières, occasion pour CarousHELL de déployer un gore certes cheap, mais généreux et toujours très visible. Court (quelques 67 minutes au compteur) et galopant à un très bon rythme (après dix minutes, nous sommes déjà dans le bain et barbotons dans le sang des nombreuses victimes), le film a donc la bonne idée de ne pas trop nous accaparer. Une belle surprise, même si nous ne sommes pas sûrs qu’il était bien nécessaire de lui donner suite, un CarousHELL 2 ayant été bouclé en 2021. On est d’autant plus réticents à l’idée de remettre une pièce dans la machine que Haley Jay Madison n’est plus de la partie, elle qui venait de confirmer qu’elle est indéniablement ce qui est arrivé de plus mimi au petit monde des Scream Queen depuis très longtemps…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Steve Rudzinski
  • Scénario : Aleen Isley, Steve Rudzinski
  • Production : Rob Steinbock
  • Pays : USA
  • Acteurs : Sé Marie, Haley Madison, Steve Rudzinski, Teague Shaw
  • Année : 2016

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