Dracula 3D

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Les temps ont changé, et certainement pas à l’avantage de Dario Argento. En 82, il aurait été annoncé que le petit prodige du suspense transalpin s’en allaient s’installer dans le castel de Vlad Tepes, que tous les fantasticophiles de la planète se seraient lancés dans une gigantesque ola. Mais en 2012, la donne n’est plus du tout la même, et c’était désormais avec méfiance, voire dégoût, que l’on acceptait de voir un réalisateur à l’art très diminué s’attaquer à Dracula 3D. A raison, car le résultat parvient à être aussi risible qu’ennuyeux.

 

 

Mais si ce n’est quelques éternels optimistes, qui croyaient encore que le fondateur du plus beau des couvents de sorcière était encore en capacité de rendre à Dracula un hommage qu’on n’espérait de toute façon pas, le comte nocturne n’ayant à ce stade plus besoin d’une adaptation supplémentaire ? Pas encore rangé des corbillards mais les narines bien dégagées depuis qu’il a abandonné la schnouff, Mister Argento n’a plus son talent d’antan, et le souvenir du douloureux Le Fantôme de l’Opéra nous faisait aussi dire que les grands noms de la littérature, c’était peut-être pas son truc. La preuve nous en est faite avec Dracula 3D, qui comme beaucoup de pelloches s’en remettant au relief tente de cacher toute sa vacuité derrière une giboulée d’objets tranchants et d’animaux furibards jetés à l’écran. Cela dit, il est heureux que le père Dario trouva dans le procédé une bonne excuse de se faire plus bis que bis, voire de prendre exemple sur un confrère duquel il n’a jamais été aussi proche : Bruno Mattei. Comme chez l’auteur de La Création et Virus Cannibale, on ne retient ni ses coups, ni ses idées les plus douteuses dans la crypte du vieux Drac’, au point qu’on en vient même à se demander si Dario n’a pas replongé dans la poudreuse. Et si son équipe ne l’a pas suivi dans la dope, puisque personne ne semble lui avoir susurré que l’idée d’une mante religieuse géante sortie d’un jeu Dreamcast n’est pas tout à fait l’idée du siècle. Yep, Dracula 3D ressemble parfois à Food for the Gods ou Wild Beasts, et ouvre les cages de plusieurs bestioles en images de synthèse, en fait le prince des ténèbres à chaque fois, qui mute aussi en loup, en hibou, en mouche et en cafard. Pas de chauve-souris, bizarrement. Sans doute pas assez crazyyyy pour un Dario à la dérive, qui profite de décors très Hammeriens mais semble surtout être allé chercher son inspiration dans le monde virtuel des Matrix, le petit chef des vampires se déplaçant à la vitesse de la lumière dans des effets à se tordre de rire. Et tout cela dans le but de faire voler des caboches en caoutchouc, d’égorger du badaud, mordiller des nuques bien rasées et balancer des sabres dans des vioques. Avec une expression faciale à mi-chemin entre celle du chat mécontent qu’on lui pique ses croquette et celle du travailleur fatigué de sa journée à l’usine baillant à s’en décoller la gueule. Mais nous reviendrons plus tard sur le cas du vampire en chef, Thomas Krestchmann, qui vaut bien l’attardement.

 

 

Evidemment, présenté ainsi, Dracula 3D semble être un sacré ride pour le spectateur désireux de s’en payer une bonne tranche, à la fois sur le dos de la pipistrelle suprême et sur celui du pauvre réalisateur de Suspiria. Grave erreur de jugement, car ces aventures en trois dimensions du pourri de Transylvanie n’ont même pas la carrure suffisante pour entrer dans le clan du so bad it’s good. Parce que Argento pose ici son blase sur une pelloche so boring you will sleep, et on ne lèvera une paupière que lorsqu’on sent venir des effets d’un autre âge (Ah ! Cette transformation en loup qui nous rappelle les vieilles heures d’Altered Beast!) ou une tocade bien gore. Mais du reste, on se tape l’habituelle adaptation sans valeur ajoutée, avec ses protagonistes de légende. La Mina tant convoitée, le vieux Van Helsing en guerre contre les mondes obscurs, Jonathan Harker le mal loti, Lucy la vampirisée, Renfield le dingue… C’est fidèle, certes, mais si c’est pour se refaire le petit guide de Bram Stoker, autant aller jeter nos mirettes chez Terence Fisher, Coppola ou même Jess Franco, qui récitaient bien mieux leur affaire. Oui, Argento se permet des sautes d’humeur sacrément folles ça et là, mais entre temps ? Ben on s’emmerde. Parce qu’on se retape la 1500ème photocopie du mythe, et que quand celle-ci ne balance pas des insectes géants à l’écran, elle se fait trop statique. C’est bien simple, à quelques plans réussis près, venus nous rappeler qui était Argento dans le temps, rien n’accroche la pupille ici, et Dracula 3D ressemble aux sagas de l’été de TF1, avec ses éclairages beaucoup trop lumineux pour le sujet. La facture d’électricité dût être fameuse, car ils ont sorti le grand jeu niveau spots, et je suis à peu près certain d’avoir bronzé juste en matant le film. C’est Dracula on ice pour le dire autrement, et le générique de fin signé Claudio Simonetti, avec sa chansonnette façon Chimène Badi au Parc des Princes (ou Nightwish à Bercy, c’est selon), vient en rajouter trois couches bien grasses.

 

 

Une patine trop rayonnante, sans grâce, qui révèle les imperfections d’une crypte aux parois de frigolite et ne parvient pas à rendre charmants les quelques décors réels que parcourt des comédiens à la ramasse. Sur le papier, le casting peut pourtant réchauffer les coeurs. A l’écran, il les perce. Passons encore sur Rutger Hauer, dont on dirait qu’il ne rêve que de retrouver sa couchette. Mais comment taire la nullité absolue d’Asia Argento, que son père ne manque pas de filmer nue comme au bon vieux temps ? Ses mimiques de vampires mériteraient de devenir un meme, comme on dit maintenant. Unax Ulgade, de son côté, parvient à paraître plus à côté de la plaque que Keanu Reeves dans le Dracula de Coppola, et quant à Thomas Krestchmann… Le septième art en aura avalé, des Dracula de chiffon, mais sans doute celui-ci fait-il partie des pires, car il est totalement translucide. On pourra dire ce que l’on voudra du Zandor Vorkov de Dracula vs Frankenstein selon Al Adamson, qui clignait un peu trop des yeux, ou celui pervers pépère de Dracula, The Dirty Old Man, n’empêche qu’une fois à l’écran, on les regarde, on les observe. Et on s’en souvient après. Impossible ici, tant l’Allemand semble absent, voire gêné de son sort, embarrassé d’avoir à multiplier des mimiques grotesques. Krestschmann préférerait se faire opérer des dents de sagesse que de jouer le père Tepes que ça n’étonnerait personne, tant la honte se lit sur son visage déconfit. La même doit se lire sur les nôtres lorsque nous sommes installés face à ce triste Dracula 3D, qui ne profite pas de la niaque d’une zéderie de Mattei pour le sortir de sa torpeur. Circulez y a rien à voir donc, sauf si votre curiosité morbide continue de vous pousser à voir jusqu’où Argento a dégringolé. Soit dans du gothique de comédie musicale, où Garou ferait aussi bien l’affaire que Kretschmann.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Dario Argento
  • Scénario : Dario Argento, Antonio Tentori, Stefano Piani, Enrique Cerezo
  • Production : Giovanni Paolucci, Enrique Cerezo, Roberto Di Girolamo
  • Pays : Italie, France, Espagne
  • Acteurs : Thomas Kretschmann, Rutger Hauer, Asia Argento, Marta Gastini
  • Année : 2012

8 comments to Dracula 3D

  • Pascal G.  says:

    En 3D c’est vraiment très fun . Ok, je suis déjà sorti…

  • FREUDSTEIN  says:

    Ouais,on est loin de la splendeur du maestro,trés loin même….Certains décors font vieilles cinématique ancienne génération(la gare….),bref affligeant la plupart du temps mais la 3D et quelques sursaut du réalisateur italien font passer la pilule malgré tout..c’est comme ça,ma petite faiblesse de ce realisateur qui à tant donné au genre.

  • Denis  says:

    Je me souviens de ses apparitions publiques, micro à la main, amplis Marshalls, hurlant  » Nous sommes tous des rock stars! ».
    Les années quatre-vingt…

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Tu me rassures bordel, je lui avais aussi déchiré le trou de balle mais ces derniers temps j’en ai vu plusieurs le défendre comme si c’était une sorte de chef d’oeuvre incompris.

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