The Twilight People

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Fausse bande d’horreur et vrai film d’aventure, The Twilight People (1972) nous ramène sur la fameuse île du Dr. Moreau ; mais chut, il ne faut pas le dire, c’est un secret. De polichinelle alors, car même si l’îlot ne dit pas son nom et que le savant fou y rôdant ne porte pas le nom de jeune fille de ma grand-mère (oui, ma grand-mère s’appelait Moreau. On est prédestiné au fantastique ou on ne l’est pas), le Philippin Eddie Romero (Beast of the Yellow Night, Beast of Blood, Brides of Blood… un auteur aussi sanguinaire que bestial, donc) reprend le principe de la nouvelle de Wells pour la transformer, sans en avoir trop l’air, en un survival d’action.

 

 

On ne peut même plus barboter tranquille. Alors qu’il fait de la plongée et offre dès lors l’occasion au père Eddie de se fendre d’un superbe générique d’ouverture aquatique, où la caméra se glisse entre le corail et les plantes sous-marines, le mâle alpha Matt Farrell (John Ashley, Frankenstein’s Daughter, Savage Sisters, Beyond Atlantis) est kidnappé par le blond Steinman (Jan Merlin, surtout un rouage de la série télé des années 50), dont le franc sourire cache mal le profond sadisme. Pourquoi pêcher du costaud dans ces mers reculées ? Pour remplir le vivier de cobayes du Dr. Gordon (Charles Macauley, qui fut le capé Dracula à l’origine de la mutation du pauvre Blacula), mad scientist de base vivant reclus avec ses indigènes armés et sa fille Neva (Pat Woodell, The Big Doll House, The Woman Hunt), hantée par le souvenir de sa mère étrangement disparue, et dont la grande occupation est de transformer le bon peuple en de déprimées chimères. Homme antilope, gaillard chauve-souris, demoiselle clébard, femme léopard (Pam Grier, quenottes dehors et yeux revolver dans ce petit rôle néanmoins marquant), bonhomme gorille : le vieux Gordon a de la suite dans les idées et brise les barrière entre l’humanité et l’animalité, et à l’entendre c’est pour créer une race de surhomme qu’il joue avec les ADN dans son laboratoire caché. Vrai qu’un surhomme, c’est des types qui se lèchent le trou de balle, ronronnent en se frottant le dos dans les hautes herbes ou se grattent les couilles en grognant comme des fauves. Mais vous connaissez la chanson, et vous chantonniez le refrain sous la douche hier encore, Matt va se rebeller, séduire la belle Neva, et s’échapper de la forteresse avec les mutants, tandis que Steinman et ses rustres les traqueront fusil à la main lors d’une véritable chasse à l’homme. Quasiment le sport national aux Philippines, puisque selon une très sérieuse et documentée étude de l’Institut Zgegenvrille, 99,4 % des Séries B produites sur place se terminent façon the most dangerous game. Et on veut bien les croire nos chercheurs, puisque les Women in Prison montés sous le soleil du Pacifique avaient effectivement tendance à se finir en pleine jungle et dans l’échange de pruneaux.

 

 

The Twilight People n’y échappe donc pas et se découpe en deux parties. La première suivra les déambulations du beau héros Matt dans la somptueuse villa des Gordon, où il découvrira que le film est cheap et les murs en carton, que l’on branche des cervelets entre eux et que l’on collectionne les caboches décapitées pour gagner ses galons dans le lugubre. Entre deux fouilles, il se met dans la poche la zoulie Neva, lassée d’avoir à jouer les assistantes pour son maniaque de père, et en trop bon terme avec les créations de ce dernier pour les laisser croupir dans des cages. C’est là que Romero passe la seconde et enclenche le deuxième acte, grand et dangereux trek dans la nature changée en champ de bataille, où s’opposent les fuyards et les vilains à leurs basques. La bonne idée d’Eddie Romero, c’est de mettre à profit les différentes chimères, pas forcément très utiles – si ce n’est la Pam Grier griffeuse et la chauve-souris capable de planer, les créatures ne semblent pas plus forts physiquement que le pékin lambda – mais dont la psychologie varie de l’une à l’autre et crée certaines tensions. Calme et obéissant, l’antilope devient un objet de passion pour la chienne, qui regarde avec méfiance la féline, indocile et violente envers la pauvre Neva. Neva qui se trouvera aussi être la proie temporaire de l’homme singe, dont les pulsions sexuelles ne sauraient être contenues plus longtemps… Enfin, la maladroite chauve-souris ne semble aspirer qu’à la liberté, qu’à voler dans le ciel sans fin offert à elle. Pas de quoi donner dans la grande character study, mais pour un B-Movie se vendant comme un sommet de monstruosité et de sauvagerie (« Evolved from Evil », « Half Beast, All Monsters » nous gueulent les accroches), cette petite cuillerée de coeur supplémentaire étonne.

 

 

Elle étonne sans faire chavirer, notez bien, car The Twilight People malgré sa volonté évidente de donner plus de chair à ses protagonistes qu’il est de coutume de le faire (on appréciera aussi l’ambiguïté autour du méchant Steinman, homosexuel refoulé désirant tuer Matt pour que celui-ci lui appartienne) et les jolies énigmes de son script – on découvre bel et bien ce qu’il est advenu de la mère de Neva, et on est pas déçus – reste un divertissement populaire plus soucieux de dérouler des péripéties à intervalles régulier que de développer une ambiance tangible. Le côté pulp assure à l’affaire d’avancer d’un pas décidé, mais The Twilight People peine peut-être un peu à être plus qu’une très aimable récréation. Mais je pinaille sans avoir l’intention de plaquer au sol un bon petit film, à la belle bande originale et à la conclusion certes meurtrière, lors de laquelle on ne compte plus les morts éclaboussés d’une gouache écarlate, mais aussi attendrissante. Comme le film tout entier tiens, à la joyeuse naïveté.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Eddie Romero
  • Scénario : Eddie Romero, Jerome Small
  • Production : John Ashley, Eddie Romero
  • Pays : Philippines
  • Acteurs : John Ashley, Pat Woodell, Jan Merlin, Pam Grier
  • Année : 1972

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