Honeyspider

Category: Films Comments: 4 comments

Ca y est, c’est le grand jour. On a allumé les Jack-O-Lantern, planté nos canines dans de la gomme à l’orange, accroché les magiciennes au nez crochu aux fenêtres et nous nous sommes installés avec notre chat noir sur les genoux. Reste le plus compliqué : décider de notre amusette du soir, de la goule filmique avec laquelle nous allons passer deux petites heures en espérant qu’elle nous fasse frissonner bien comme il faut. Pas toujours facile, d’ailleurs, de savoir quel potiron soulever dans le champ des halloween movies, et qui s’est déjà retrouvé plusieurs fois devant ces anthologies nous contant encore et encore les mêmes historiettes ou face à une énième copie carbone des jeux de couteaux du Myers qui ne fait jamais risette sait que la méfiance est de mise. Ouf, aux bonnes petites surprises appartient Honeyspider (2014), petite production d’un Josh Hasty déjà de retour dans la tornade de feuilles mortes quatre années plus tard avec Candy Corn, et nous fait plaisir ici car il ne nous sort pas la même soupe à la citrouille pré-chauffée que les autres cuistos saisonniers.

 

 

Jackie n’aime pas Halloween, qui a trop tendance à se mêler à sa fête d’anniversaire. Peu de gâteau, de bougies et de cadeaux soigneusement emballés, mais beaucoup de reproches pour la mamzelle, forcée de souffrir des sous-entendus d’un père désireux de la voir se trouver un travail valable au plus tôt et des aimables remontrances de ses camarades étudiants, qui lui reprochent d’avoir trop le nez dans ses bouquins d’histoire et les pieds pas assez sur le dancefloor. Rajoutez un vieux prof flippant trop réjoui par le 31 octobre pour être honnête et vous comprendrez que la pauvre Jackie en a sa dose de Samhain. Elle va pourtant en reprendre une grosse louchée, car entre son poste de vendeuse de popcorn au cinéma local, qui a comme de juste programmé de l’horror movie pour faire honneur à la saison, et les blagounettes de mauvais goût des copains, la jeune femme est assaillie de visions sataniques et découvre des araignées velues partout où elle passe, comme si sa vie était devenue la gigantesque toile de tarentules diaboliques. Jackie serait-elle la cible d’un culte secret ? Oui, et ce n’est pas malice que de cracher le morceau puisque Hasty ne fait lui-même pas grand cas de son secret, qu’il dévoile à la mi-parcours en révélant les intentions du fameux professeur, caché sous un masque et qui égorge quelques jeunots avant de kidnapper la décidément malchanceuse Jackie. Pour quoi faire ? Pour la faire participer à une cérémonie peu catholique bien sûr, où on la forcera à avaler des arachnides (!) et lors de laquelle une sorcière ira de ses incantations impies. Ce n’est pas vraiment spoiler que de dire que tout cela se finira d’ailleurs assez mal…

 

 

Mais au diable la chasse au spoil et la traque aux vilains révélateurs : Honeyspider se positionne si peu comme un ride en train fantôme, et rechigne même à miser sur ses coups de surin, qu’on comprend bien vite que l’intérêt est partout ailleurs. Dans la recréation d’une journée d’automne, que l’on traverse entre deux bourrasques venues soulever des cadavres de feuillages. Dans les rencontres de tous les jours et les lieux visités, où ont poussé quelques citrouilles renfrognées et des bonbons bon marché. Hasty déroule un day in the life movie, certes parcouru par quelques mandibules, des adorateurs de Satan et un vieux stalker, ce qui le fait immédiatement entrer dans la catégorie « enfant non-admis ». Mais il paraît clair que le propos est plus dans la reproduction de la vie d’une étudiante un peu paumée plutôt que dans le surlignage des atrocités vécues. Plus sensible que le commun des films du genre, carrément mélancolique lorsque la caméra colle à la peau de cette Jackie un peu vide, dont la tristesse ressort par contraste avec ses différents amis, tous éclatant de vie. Allons jusqu’au bout : dans son dernier acte particulièrement noir et dépossédé de tout espoir, Honeyspider vire sans honte et sans rougir dans le fantastique dépressif, alors qu’il lui était pourtant arrivé de sourire peu avant cela. Surtout lorsque les troupes s’installent devant Sleepover Slaughterhouse III, petit segment réalisé par d’autres que Hasty, et gros coup de coude aux fanas de Slumber Party Massacre puisque l’on y suit brièvement une soirée pyjama interrompue par un rôdeur sanguinaire. Livreur de pizza supprimé avant même d’avoir récupéré son pourboire, nénettes passant la nuitée à jouer avec une planche de Ouija, déballage de poitrine tout ce qu’il y a de plus gratos, gore cheap au possible… Si cette gentille parodie rit autrement plus fort que le long-métrage qui l’accueille, elle ne le dénature pas pour autant et se fond on ne peut mieux dans le décor d’un Honeyspider plus versé dans l’hommage qu’il n’en a l’air.

 

 

Car à moins de faire du hasard sa loi, difficile d’imaginer que la ressemblance physique entre le professeur maniaque et le Conal Cochran d’Halloween III soit fortuite. D’autant que les deux semblent avoir très à coeur d’en revenir aux origines d’Halloween, et surtout de fêter l’All Hallow’s Eve comme le faisaient jadis les druides, c’est à dire en faisant couler du gros rouge. La comparaison s’arrête là, et heureusement car Honeyspider ne saurait lutter contre le champion de la saga lancée par Carpenter. Se trouver une identité propre tient de l’obligation, et on appréciera d’ailleurs l’utilisation d’insectes que l’on ne voudrait pas nous voir monter les gambettes, les petites bêtes étant finalement rares dans les pelloches avec le 31 octobre dans le viseur. Dégueulasse séquence d’ailleurs que celle voyant Jackie vomir dans un lavabo changé en nid de mygales… Une audace relative, certes, mais elle est bienvenue. Et puis, une production indépendante des années 2010 situées à la fin de l’automne qui ne nous fait pas le désormais trop courant coup du film à sketches, difficile de cracher dessus. Pour peu, on parlerait presque de miracle d’Halloween.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Josh Hasty
  • Scénario : Kenny Caperton
  • Production : Kenny Caperton
  • Pays : USA
  • Acteurs : Mariah Brown, Frank J. Aard, Samantha Conner, Katie Bearden
  • Année : 2014

4 comments to Honeyspider

  • Denis  says:

    Salut Rigs, assez malade et hospitalisé, j’ai beaucoup de mal à te répondre mais je n’hésite pas à te lire régulièrement.
    Bonne bourre,mon pote.

  • Denis  says:

    Pas pu lire ta réponse.

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