Les Fantômes d’Halloween (Lady in White)

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Plus ils semblent intéressants, moins ils tiennent longtemps. C’est encore le cas avec Frank LaLoggia : ne clignez pas des yeux où vous loupez cette étoile filante vivante, qui se contente de petits rôles d’acteur pour oublier qu’il fut un jour un réalisateur prometteur. Un peu oublié, son Les Fantômes d’Halloween (Lady in White, 1988) l’est aussi chez nous, et c’est peut-être faute d’avoir su décider s’il s’adressait aux gosses ou aux adultes.

 

 

Bien avant de faire sauter le caisson de l’envahisseur dans Mars Attacks !, Lukas Haas préférait les citrouilles bien rondes aux choux verts tombés de la planète rouge, et courait déjà après le cinéma fantastique. Automne 1962, ravi de voir les feuilles orangées virevolter sous ses petits yeux et de pouvoir porter son plus beau masque de Bela Lugosi, Frankie Scarlatti traverse sa petite ville à vélo, citrouille joviale dans le panier, et file à l’école où sa maîtresse le laisse lire sa petite historiette, récit d’une créature gargantuesque capable d’aplatir Londres d’un bon coup de patte. Trop réjoui d’en être à la semaine du 31 et enfoncé dans sa cape de vampire, Frankie en oublie de se méfier des mauvaises blague de son frère aîné, et surtout de celle de deux camarades de classe peu aimants, qui l’enferment dans le vestiaire de l’école dans l’espoir que le trop imaginatif gamin passe la pire des nuits. Ce sera le cas : déjà terrifié par la pénombre, Frankie reçoit la visite d’une petite fantôme de son âge, jeune fille chantonnant dans l’école abandonnée à ces heures-là, et qui semble revivre son assassinat. Le coupable arrive d’ailleurs, en chair et en os pour le coup, soucieux de vérifier qu’aucun indice pouvant conduire à son arrestation ne traîne encore sur les lieux, et lorsqu’il découvre Frankie il songe très vite à faire taire celui qu’il considère comme un témoin gênant. Etranglé, le garçonnet n’en survit pas moins, et très vite les autorités se trouvent un condamnable idéal en la personne du concierge de l’école, afro-américain considéré comme coupable aussi bien de par sa présence sur les lieux en soirée que de par sa couleur de peau. Frankie sait fort bien que le pauvre homme ne lui a rien fait, et commence à se convaincre que la résolution du mystère se trouve dans la légende de la dame en blanc, vielle folle arpentant les bordures de falaise en pleurant sa fille disparue… Une enquête en culottes courtes s’impose.

 

 

Drôle de film que Lady in White, dont les apparences de distraction pour chérubins aventureux à la Goonies cache en fait une œuvre beaucoup plus sombre que prévu. Sous ces quelques touches d’humour (Frankie tombe dans le ciment fraîchement posé parce que son frangin s’est déguisé en loup-garou et l’a effrayé), derrière cette ambiance digne de John Hugues – les frères Scarlatti se disputent constamment, leur papa tente de joindre les deux bouts en gardant le sourire, le grand-père se fait engueuler à longueur de journée par la bonne parce qu’il fume en cachette -, c’est pour ainsi dire l’enfer. Un petit enfer, peu brûlant car LaLoggia s’adresse malgré tout à un public prépubère, mais un enfer quand même. Par-delà les belles briques rouges de cette ville tranquille, la folie, le racisme et des spectres forcés de revivre, nuit après nuit, leur violent trépas. La folie d’un meurtrier mystérieux, qui a déjà rempli le cimetière local d’une dizaine de gosses. Et celle de la mère de l’une des victimes, vivant recluse en bordure de mer et flottant dans les ténèbres en hurlant après une fillette qui n’est plus depuis longtemps. Le racisme d’une troupe d’énervés ou de peinés, pressés de trouver un bouc émissaire sur lequel cracher venin et frustration, et optant pour la solution de facilité en tombant sur un pauvre homme à tout faire, incapable de faire entendre sa voix dans des années 60 qui lui sont peu aimables. Et le spectre d’une fillette jetée dans les eaux déchaînées, enfermée dans une boucle temporelle la forçant de retrouver encore et encore la sensation de terreur que lui amena un tueur d’enfants.

 

 

Etonnante sinistrose pour un Les Fantômes d’Halloween (dont seul le premier acte sent le potiron, le second se couchant sous les lumineux sapins d’hiver) vendu comme une petite chose du mercredi après-midi, avec des marmots volant dans le ciel dans des effets désormais très datés, et qui peu à peu s’offre des contours de vrai film d’épouvante, voire de drame sévère (la conclusion de l’arc narratif du faux coupable, très rude). Parfois un peu longuet (le tout affiche 115 minutes de durée), souvent charmant dans sa volonté de se trouver en périphérie des contes anciens (la manière dont la forêt est filmée, digne d’Hansel et Gretel), Lady in White est de ces bonbons tous publics dont le sucre, une fois fondu, révèle une agréable acidité, et fait une bonne porte d’entrée vers le fantastique sérieux pour les petites têtes blondes. Encore faut-il mettre la pogne dessus, car on parle ici d’une oeuvrette restée plutôt confidentielle chez nous… Comme il n’est pas trop tard pour bien faire, commencez donc les fouilles.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Frank LaLoggia
  • Scénario : Frank LaLoggia
  • Production : Andrew G. La Marca, Frank LaLoggia
  • Pays : USA
  • Acteurs : Lukas Haas, Alex Rocco, Len Cariou, Jason Presson
  • Année : 1988
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