Hell Fest

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Avant qu’une Christine Boutin paniquée n’inonde notre boîte mail d’absoutes et bénédicités, mettons les choses au clair : non, Hell Fest (2018) n’a aucun rapport avec la fête du décibel, des acouphènes, du ventre à bière et des chevelus qui font « bwaaaaaargh » en faisant les cornes avec les doigts. Cela dit on n’en est pas très loin non plus, puisque cette endiablée sauterie envoie six teenagers dans un parc d’attraction horrifique pour qu’ils y fêtent halloween avec du personnel déguisé en sales bestioles, et dans lequel se planque un assassin véritable.

 

 

Quel gigantesque escalier que le monde du cinoche, que l’on ne gravit qu’en s’usant les genoux et en vidant son stock d’huile de coude. On fait d’abord le coursier, si on a su apporter les pizzas en temps et en heure sur le set on devient script, si on n’a pas trop sale gueule on peut éventuellement passer devant la caméra, après quelques années on vous offre un poste d’assistant, puis de producteur. Peut-être qu’on vous laissera poser votre scénario sur des tarsiers mutants sur le bureau du grand patron, et après quelques années à ce régime vous revient enfin le Graal tant attendu : la casquette de réalisateur. Ce chemin, Gregory Plotkin l’a parcouru, faisant ses preuves sur le banc de montage (on lui doit le rythme de Happy Death Day, Get Out et de quasiment tous les Paranormal Activity) pour mériter de poser son derche sur la chaise de directeur, d’abord avec Paranormal Activity : The Ghost Dimension, ensuite avec le présent Hell Fest, qu’il tricote pour le compte de Lionsgate. Et pour faire plaisir à une Amérique de plus en plus passionnée par le 31 octobre. Certes, le yankee moyen a toujours eu tendance à abandonner une coloquinte grimaçante sur le pas de sa porte, mais depuis quelques années et avec l’avènement des temples de la déco morbide que sont les Spirit of Halloween, chaîne de magasins spécialisée dans la refonte des jardins en cimetière, c’est festival. Et on n’y compte plus les bicoques transformées en forêts hantées, avec faucheuse mécanisées, pantins démoniaques plus vrais que nature et tout le toutim. C’est très clairement cette audience précise que vise Hell Fest en mettant la gomme question décorum, et les ados de service iront se perdre dans tout ce que le parc d’attraction qu’ils visitent peut compter de labyrinthes lugubres, de donjons médiévaux et de vergers maudits. Bousculés tous les trois pas par des killer clowns, des goumoutes des marécages, des gosses sans visage, un Tony Todd bateleur ou des zombies estropiés, la clique de jeunots n’est finalement là que pour servir un plateau rempli à ras bord de costumes dégueulasses et de décors à faire chavirer le coeur d’une audience en bon terme avec les trains fantômes.

 

 

Beau, Hell Fest l’est assurément. Et puis osons carrément : la direction artistique est tout simplement sublime, le parc d’attraction vendant du rêve – ou du cauchemar – à tout fantasticophile normalement constitué. Et visiblement très à l’aise avec sa caméra, Plotkin filme à hauteur d’homme et prend un plaisir évident à balayer du regard les paysages mortifères à sa disposition. Gros gros pouce levé à ce niveau, donc. Mais le reste ? C’est bien évidemment là que le bât blesse, car en concentrant toutes ses forces sur l’aspect visuel de son petit slasher fluorescent, le jeune auteur pare au plus pressé et s’arrange d’une banale course-poursuite entre la final girl toute désignée, ses potes qui tomberont one by one et un maniaque portant le sweat à capuche, creepy dans ses bons moments mais pas non plus digne de rejoindre l’arche de Cropsy ou Harry Warden lorsque viendra le déluge. Le gros problème, c’est surtout les gosses, qui vont de l’insupportable au creux comme une chiotte. Intello emmerdante (et sans personnalité), bonne copine grande gueule, hystérique fatigante, puis leurs mectons, musclés et beaux comme des camions neufs, mais surtout ce que le slasher flick nous aura proposé de plus vide depuis très très longtemps. Et on sait pourtant que le genre nous a rarement approvisionnés en grands penseurs…

 

 

Mais après tout, pourquoi pas ? D’autant que l’on connaît la tactique, dont les Destination Finale s’étaient fait une spécialité. On s’arme d’une demi-douzaine de jeunes gens que l’on bafferait volontiers avec un gaufrier chaud… et on les envoie dans la gueule du loup pour rire de les voir se faire mâcher de la plus gore des façon. Pas de bol, Plotkin ose sans oser. C’est à dire qu’on le sent parfois prêt à se laisser aller à quelques virulences, et dans ces cas il couche sur pelloche un éclatement de crâne au maillet et l’entrée d’un pic à glace dans un œil (Fulci n’aurait peut-être pas applaudi, mais il aurait salué l’effort). Mais c’est pour se la couler douce plus loin et s’en remettre à de prudes coups de poignard à la Scream sur le reste du casting, qui s’en tire finalement sans trop de salissures. Frustrant, car s’il y a des garnements que l’on aurait aimé voir sévèrement punis pour leur indolence, c’est bien ceux-là. D’autant que Hell Fest fait parfois monter la sauce, harnachant une pénible sur un échafaud… sans jamais exécuter sa condamnée, dont on rêvait de voir rouler la tête. On se consolera avec l’environnement et ses guirlandes et ornements, qui valent bien le ticket de l’entrée, ainsi qu’un final sympa dans sa volonté de rappeler que les monstres ne le sont jamais vraiment à temps plein. Mais persistera l’idée que l’on couperait le son que cela ne pénaliserait pas beaucoup les festivités.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Gregory Plotkin
  • Scénario : Blair Butler, Akela Cooper, Seth Sherwood
  • Production : Tucker Tooley
  • Pays : USA
  • Acteurs : Amy Forsyth, Reign Edwards, Bex Taylor-Klaus, Matt Mercurio
  • Année : 2018

2 comments to Hell Fest

  • Roggy  says:

    I’m Roggy, and i approuved this message 🙂

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