La Nuit de tous les Mystères / La Maison de l’Horreur

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L’horreur est une fête, et ça, le saltimbanque de la terreur William Castle l’avait sans doute mieux compris que tout le monde. En attestera une bonne partie de sa carrière, et surtout son classique La Nuit de tous les Mystères (The House on Haunted Hill, 1959), véritable tour en train fantôme avec comme conducteur the man, the legend, Vincent Price. Et bien installés sur la banquette de ce wagon hanté, nous avons attendu l’arrêt jusqu’au remake de 1999, La Maison de l’Horreur, derrière lequel se cache un hommage poignant à Price et Castle.

 

 

C’est une fois l’automne bien installé que surgissent ces envies si propres à la saison, et ces sensations si précises et à la fois indéfinissables. On sent tourbillonner en bouche ce léger arrière-goût de pomme, et on essaie d’attraper cette petite odeur de noisette et de feuille humide qui flotte à l’arrière des jardins. On se prépare à faire décoller les chauves-souris en carton de nos fenêtres, et à placer les citrouilles moqueuses aux pas des portes, tout en se promettant de ne pas balayer trop vite les feuilles de chêne atterries sur nos terrasses, en tout cas pas avant leur asséchement total. C’est ainsi, on veut voir la saison des sorcières durer, sentir son froid s’installer, retrouver le plaisir de s’adosser au radiateur, sentir les ultimes rayons de soleil nous passer la main dans les cheveux alors que nos pas volontiers traînants repoussent des cadavres de feuilles, rentrer chez soi et sentir les arômes du lapin à la moutarde en train de cuir. Parmi tous ces petits plaisirs, celui de laisser Vincent Price, empereur de l’arrière-saison et des brumes d’octobre, s’infiltrer dans nos salons n’est certainement pas le moindre, tant l’homme semble être l’incarnation même d’Halloween. Posez donc les yeux sur une photo de l’acteur, croisez donc son regard malicieux et voyez sa petite moustache se soulever suite à son rictus mi-sardonique mi-poli, et voyez à quelle vitesse le goût sucré des bonbons glanés au porte à porte vous vient. Plus le 31 approche, plus nous sentons l’emprise du roi des goules forte, plus nous nous sentons attirés dans son donjon de Londres, dans ses laboratoires où crépitent les concoctions interdites, dans ses manoirs maudits par des lignées de parents cruels. Au fond, n’importe quel film ferait l’affaire, et même le plus minable du lot s’illumine lorsque Monsieur Price ouvre une porte cochère et nous accueille d’une ou deux phrases pleines de sous-entendus. L’ami Vincent élèverait n’importe quoi par sa seule présence, alors que l’on décide de miser sur un La Tombe de Ligea, sur The Bat, The Mad Magician ou Le Grand Inquisiteur importe finalement peu.

 

 

N’empêche que dans cette dodue filmographie, La Nuit de tous les Mystères est peut-être le choix le plus évident, tant la simplicité de son concept (quelques personnes passent la nuit dans une maison hantée), le kitsch de ses sursauts (une chute de chandelier, une main griffue caressant une hurleuse, un spectre flottant à la fenêtre, un vieille femme fantomatique…) et son petit sourire en coin en font le parfait compagnon de vos soirées potiron. Oui, on va tressaillir un peu, mais tout en gardant à l’esprit que tout cela n’est que foire et fête foraine, parce qu’au fond cela reste du William Castle, bateleur de l’épouvante qui passait de ville en ville en installant dans les petits cinémas ses trucages bon marché, qui allaient du squelette traversant la salle (ça c’est pour le film qui nous intéresse) aux sièges tremblant aux moments opportuns. Un prince du marketing lugubre pour une horreur sentant fort le croustillon et le tire-pipe, et la certitude que la maison de la colline hantée sera plus confortable que véritablement terrifiante. C’est pourtant en vue de dresser des poils que le richissime Frederick Loren (Price évidemment) réunit quelques invités dans le besoin dans une demeure à la sinistre réputation, où de nombreux massacres et quelques décapitations auraient eu lieu. Une réception en l’honneur de sa jeune épouse, belle blonde qu’il soupçonne d’être trop volage, et un petit jeu macabre où il invite ses convives à passer la nuit sur place. A la clé, 10 000 dollars pour les plus courageux. Et surtout pour les survivants. Castle s’amuse énormément à dérouler des spooky things au sommet de sa Haunted Hill, et cela se sent : arrivée en corbillard, petits cercueils contenant des revolvers pour chaque protagoniste, trappe donnant sur une cuve d’acide dont finira par s’extraire un squelette revanchard, rideaux cachant peut-être de terribles spadassins, pièces cachées… Tout le petit attirail du parfait faiseur de frousses à l’ancienne, et si tout cela ne fait bien sûr plus le même effet qu’en 59, car on en a vu d’autres plus corsées depuis, le charme n’en finit plus d’opérer tout de même. Et puis, même s’il est désormais un peu cliché, le film s’offre un final audacieux pour l’époque, en mettant au point un petit nid de vipères dont ce n’est pas le moins méchant qui s’en sort victorieux.

 

 

De ce beau manège hanté découlera en 99 un remake, produit par la Dark Castle de Joel Silver et Robert Zemeckis, tous deux très décidés à rendre l’hommage qui lui est dû à William Castle. Pas un hasard, d’ailleurs, si le studio porte le nom du château sombre… Si 13 Ghosts suivra, et plus tard d’autres renvois aux pétoches d’antan comme Gothika, House of Wax ou Le Vaisseau de l’Angoisse, c’est en toute logique en usant pour excuse de The House on Haunted Hill – traduit par La Maison de l’Horreur chez nous – que le castel enténébré ouvre ses portes. Sans doute désireux de refiler le projet à un réalisateur ayant déjà de la bouteille et ayant possiblement grandi avec les œuvres du grand William, Silver et Zemeckis engagent William Malone, papa des fauchés mais rigolos Creature et Scared to Death, qui égayèrent tous deux quelques soirées VHS dans les eighties. Pas question d’ailleurs de trop s’éloigner de l’original, et le défunt Dick Beebe (le scénar’ de Book of Shadows : Blair Witch 2) signe une actualisation plutôt qu’une refonte complète. La bicoque laisse certes sa place à un asile désaffecté où opérait jadis le dément Dr. Vannacut (Jeffrey Combs dans un petit mais marquant rôle), et le dernier acte ancrera l’ensemble dans un fantastique que le premier film évitait de justesse, libérant une sorte de brouillard maléfique contenant les âmes en peine des nombreux patients morts sur la table d’opération. Mais du reste, on garde les grandes lignes et les moments forts de l’original, dépoussiéré mais pas trahi. La trappe pleine d’acide cède bien sa place à une cuve de sang, le chandelier est remplacé par un vitrail dévoilant des visages arrachés, et les apparitions fantomatiques prennent désormais la forme de plans très courts de créatures répugnantes, dignes du Event Horizon sorti peu avant. Mais les trahisons sont les mêmes, les protagonistes similaires (un ancien joueur de base-ball et une star de télé-réalité en lieu et place du vieux pilote de course et de la journaliste, et la femme fatale des 90’s Famke Janssen rend plus diabolique la vilaine épouse) et le déroulé simplement accéléré. Car il faut que ça aille vite pour ne pas perdre une audience de moins en moins patiente.

 

 

La modernisation, si elle apporte quelques bons éléments (quelques cadavres étranges dans le formol, les ectoplasmes d’infirmières sadiques), délivre aussi son lot d’erreurs. En premier lieu des décors certes plus glauques que précédemment, mais aussi et surtout plus redondants, ces interminables couloirs crasseux, véritables tunnels mal éclairés, semblant être le seul paysage qui nous sera montré. Et puis, ils passent mal les âges ces CGI sentant bon les débuts de Photoshop, avec cette brume maléfique du plus mauvais effet… Pas vraiment emmerdant, jamais totalement passionnant non plus, La Maison de l’Horreur se rattrape par quelques plans joliment gore (visage creusé, corps retrouvé disséqué) et surtout de par la révérence qu’il a envers Castle et Price. D’ailleurs, on ne parle plus ici de Frederick Loren, mais de Stephen Price (Geoffrey Rush, qui fournit une convaincante imitation du grand Vincent), grand entrepreneur ayant trouvé la fortune dans les parcs d’attraction branchés frisson et les fêtes foraines où ruisselle le faux sang. Une fusion réussie entre Castle et Price, et sans doute ce que ce House on Haunted Hill new look a de plus touchant.

Rigs Mordo

 

  • Réalisation : William Castle
  • Scénario : Robb White
  • Production : William Castle, Robb White
  • Pays : USA
  • Acteurs : Vincent Price, Carolyn Craig, Richard Long, Alan Marshal
  • Année : 1959

 

 

 

 

 

 

  • Réalisation : William Malone
  • Scénario : Dick Beebe
  • Production : Joel Silver, Robert Zemeckis, Gilbert Adler, Michael K. Ross
  • Pays : USA
  • Acteurs : Geoffrey Rush, Famke Janssen, Ali Larter, Taye Diggs
  • Année : 1999

One comment to La Nuit de tous les Mystères / La Maison de l’Horreur

  • Denis  says:

    De toute façon, Vincent Price dans les Tuches,tu obtiens un chef-d’œuvre.

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