Curse of the Blind Dead

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Ils ont beau être miros de chez miros, plus secs qu’une cacahuète et vifs comme des escargots sous Tranxène, les templiers zombies imaginés par Amando de Ossorio n’en sont pas moins des figures cultes de la terreur européenne. Et si chez nous on se lamente encore à l’idée que leurs cavalcades hantées soient toujours indisponibles sur galette, l’Italie se bouge et joue les prolongations avec un Curse of the Blind Dead (2020) moins passéiste qu’on aurait pu le supposer, puisqu’il décide au contraire de propulser nos tas d’os dans un futur post-apocalyptique.

 

 

La Révolte des Morts-Vivants croisant le fer avec 2019 après la Chute de New York ? Ardu de trouver base plus saine lorsque l’on est un réalisateur souhaitant ranimer l’exploitation sauvage d’antan, et répandre des effluves que l’on pensait perdues depuis la fin des petits cinémas de quartier. Aussi scénariste, le Raffaele Picchio aux manœuvres déplace donc les chevauchées fantomatiques dans un monde en perdition, ruiné par les guerres successives, les épidémies, le nazisme, le terrorisme et autres bonnes nouvelles. A qui la faute ? Pas aux templiers en tout cas, certes sataniques de la coiffe aux chaussettes, mais qui travaillaient justement avec le Malin dans le but de retarder l’apocalypse à grands coups de sacrifices de poupins. Jugeant que poignarder du bébé est plutôt mauvais pour le karma, les curetons et villageois des temps anciens ont bien évidemment pris fourches et torches pour montrer leur mécontentement, et ont mis un terme aux pratique de nos evil templars, corrigés par un bourreau qui leur brûle les yeux au fer chauffé à blanc puis leur fait subir le supplice du bûcher. Mauvais calcul, car c’est alors que notre pauvre monde s’écroule, et que l’on comprend que si l’on avait laissé les occultes barbus éventrer du marmot, Hitler, les talibans, Justin Bieber et autres grands criminels de notre Histoire ne seraient peut-être jamais apparus. Résultat des courses, le futur se grise, est vaguement illuminé par deux soleils, l’un clair, l’autre sombre, et l’humanité se résume à des hordes crasseuses pillant, violant et massacrant tout ce qui se trouve à porter de machette. C’est ce triste monde abandonné de Dieu comme du Diable que traversent Lili (Alice Zanini) et son père Michael (Aaron Stielstra). Attaqués par un groupe de barbares, ils sont sauvés par les hommes d’Abel (Bill Hutchens, échappé de la soupe à l’anus The Human Centipede 2), gourou d’un petit culte (dont fait partie Fabio Testi, ça fera plaisir aux vieux de la vieille) se terrant dans une vieille usine… où ils tentent de mettre la main sur une femme enceinte pour offrir aux templiers, entre-temps devenus des zombies, le nouveau-né tant espéré pour renverser la fin des temps. Bonne nouvelle pour eux, mais mauvaise pour nos héros, Lili a justement un polichinelle dans le tiroir. Il n’est dès lors plus question qu’elle reparte…

 

 

Entreprise courageuse que celle d’aller se caler sous les toges poussiéreuses de ces squelettes à capuche, qui firent les grandes heures du bis espagnol des seventies. D’autres s’y sont déjà essayés, et on se souvient du dérivé un peu salace que fut le très Z Graveyard of the Dead en 2009, entreprise un chouia moins sérieuse que ce Curse of the Blind Dead. C’est d’ailleurs bien là le problème principal de notre affaire : qu’est-ce qu’elle se prend au sérieux ! Certes, la tétralogie d’Amando de Ossorio ne nous faisait pas le coup du coussin péteur ni de la peau de banane, et l’Espagnol n’essayait jamais de nous soutirer un fou rire lorsque ses spectres infernaux étripaient de la bimbo ou mordillaient les nuques des voyageuses égarées dans leurs ruines. N’empêche qu’on sentait qu’il n’avait d’autre envie que celle de fournir de petits monster movies, avec de sempiternelles menaces cadavériques coursant une nymphe se dénudant à mesure qu’elle tente de s’échapper. Le sens de l’image, du décor, de l’ambiance et du cryptique éleva bien évidemment les quatre films à des niveaux rarement atteints dans le bis made in Europa, mais question structure, ceux-ci étaient d’une simplicité à toute épreuve et ne s’engageaient guère dans les grands discours. Tout l’inverse de ce que Picchio nous concocte ici, le jeune auteur imaginant notre menace encapuchonnée comme au centre d’un Mal mondial, là où auparavant ils n’étaient qu’une petite secte arpentant les campagnes d’Europe en vue de sacrifier et violenter à tour de bras, histoire que Satan leur fasse risette. De quoi ouvrir de longs débats entre les personnages, Abel ne manquant aucune occasion d’y aller de son petit sermon ou de sa lecture sur la terrible destinée qui attend les miettes de l’humanité. Picchio voit grand, trop grand même, et plutôt que d’appesantir l’ambiance comme de Ossorio le faisait en trois râles d’outre-tombe et un peu de brume, il la plombe en discours désespérés et déprimes carabinées de personnages ayant tout perdu.

 

 

Un tournant original (bien que peu officiel, évidemment) pour la saga, c’est vrai, mais est-ce à dire que toutes les audaces sont bonnes à prendre ? Si la sincérité de l’hommage aux blind dead ne saurait être remise en question tant elle crève les yeux (sans mauvais jeu de mots), et qu’il paraît évident que Picchio prit un grand plaisir à en revenir à un gore antique en usant de décrochage de mâchoires en latex et de colonnes vertébrales arrachées à la main, on se demande aussi s’il s’est suffisamment imprégné de l’ambiance des originaux avant de délivrer sa propre version. Visuellement, sa malédiction des morts aveugle n’a pas mauvaise allure, les effets spéciaux sont réussis et le décor de cette vieille usine se confond plutôt bien avec les vestiges de chapelles et autres nécropoles dans lesquels les templiers baladaient leurs vieux os dans les années 70. Mais il manque le plus important : la vibe. Privés de leurs effets sonores habituels et rendus plus imposants physiquement, nos revenants assassins sont certes plus vifs, sans doute plus dangereux, mais aussi nettement moins charmeurs. Il y avait une forme de poésie dans ces trop raides carcasses tendant mollement des doigts osseux, pour agripper des petites mignonnes qui ne demandaient qu’à passer quelques jours au vert, une magie indescriptible à voir ces faces impassibles, véritables têtes de bois incapables de la moindre expression, s’avancer lentement vers des proies choisie par pur hasard, par simple occasion. La mort frappait, aveugle effectivement, sourde, puante et surtout gratuite. Avec ces masques en latex presque trop expressifs et ces carrures de grands guerriers (d’ailleurs, les templiers sont restés de fiers combattants dans Curse…), nos undead perdent en personnalité ce qu’ils gagnent en vélocité.

 

 

Après tout, pourquoi pas ? Les temps ont changé et il pourrait être difficile de faire frissonner le public actuel avec quelques fémurs poussiéreux prenant cinq minutes pour sortir de leur tombe, et tout ça pour aller érafler de la blonde partie en trek dans des régions trop reculées. Mais Picchio trébuche à cette marche là aussi, et nous refait le même coup que pour son Morituris paru en 2011, dans lequel des violeurs et leurs victimes tombaient, après près d’une heure d’agressions sexuelles, sur des fantômes de gladiateurs : plutôt que d’en venir aux faits immédiatement, le réalisateur laisse traîner et met des plombes à faire sortir ses zombies de l’ombre. De quoi créer quelques frustrations, d’autant que les longues causeries servies en apéritif sont niquées par une post-synchro médiocre, les acteurs italiens (soit le gros des troupes) étant tous doublés en anglais pour faciliter l’export. Déjà qu’on ne se fascinait pas des masses pour cette relecture de Walking Dead (Abel fait autant penser au Gouverneur qu’à Herschell), si en plus elle sonne faux… Ce n’est pas de gaîté de coeur que l’on sabre ainsi une entreprise techniquement solide et habitée comme Curse of the Blind Dead, mais un peu comme chez le Ivan Zuccon des débuts (celui de Unknow Beyond) on a l’impression que Picchio façonne des épopées trop larges pour lui et ne peut dès lors jamais atteindre la grandeur espérée. Dommage, car la volonté, elle, est bien là.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Raffaele Picchio
  • Scénario : Raffaele Picchio, Lorenzo Paviano
  • Production : Francesco H. Aliberti
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Alice Zanini, Francesca Pelligrini, Aaron Stielstra, Bill Hutchens
  • Année : 2020

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