Le Sorcier Macabre

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S’il n’a jamais profité de la même aura d’intouchabilité que les Carpenter, Hooper, Craven et Romero, H.G. Lewis n’en a pas moins été « honoré » autant qu’eux par la vague de remakes frappant de plein fouet les années 2000. Et si ses plus vénérés confrères ont parfois vu leur héritage souillé par de la marchandise de consommation courante à mille lieues de la rugosité de ses modèles, le père éternel du gore qui ordonne le port du tablier s’en est tiré plus honorablement, les deux 2001 Maniacs respectant à la lettre les volontés du vieux Lewis en se roulant dans les entrailles et en riant de leur débilité profonde. Pas de ça pour le plus cérébral Jeremy Kasten, qui s’attaquait en 2007 à The Wizard of Gore avec l’objectif d’élever un peu le belliqueux tour de magie d’antan.

 

 

L’avantage lorsque l’on s’attaque au papounet de dépeçages faits films comme Blood Feast ou Color Me Blood Red, c’est que l’on a moins la pression qu’en tentant de répliquer la journée shopping au royaume des macchabées de Romero ou la soirée citrouilles de Big John. A la limite, suffit presque de donner un bon coup de talon dans le seau d’abats que l’on vient de ramener de l’abattoir local et de filmer le tout en gros plan pour que soit répliqué à la perfection le style Lewis, dont le succès tenait à sa capacité à nous mettre le pif dans tout ce qu’un corps humain peut comporter de chyle et de bile. Le seul fumet de cette barbaque, maltraitée et laissée à l’abandon et aux mouches, suffisait bien souvent à faire tourner les têtes. Et à faire oublier que les scénarios de ses œuvres n’étaient pas des plus élaborés, ceux-ci s’en tenant bien souvent à la petite routine d’êtres sanguinaires dont le loisir était de démembrer de la chic fille. Simple et efficace, mais pas tout à fait ce à quoi aspire Jeremy Kasten, dont la carrière s’est principalement faite sur les bancs de montage. Secondé par Zach Chassler, scénariste ayant participé à The Theatre Bizarre, ce qui lui permit de rester sur les planches les plus sordides, le Jerem’ entreprend donc de développer un peu l’idée derrière The Wizard of Gore et d’en faire plus qu’une suite de séquences dignes du Grand Guignol. Sans trahir l’original, car sont reprises ici les grandes lignes, mais aussi la volonté de coller au plus près au film noir des années 50. C’est d’ailleurs à cette époque que croit vivre Ed Bigelow (Kip Pardue, Hostel III), journaliste indépendant éditant sa propre gazette, s’habillant comme un vieux reporter, et donc un weirdo en total décalage avec des années 2000 submergées par la mode du gothique. Accompagné de sa petite amie Maggie (Bijou Phillips, Hostel II et le slasher fantastique Venom), le scribouillard s’engouffre pour halloween dans une fête underground où les performances déroutantes s’enchaînent, les femmes nues se cognant dans la boue alors que des freaks se mélangent sous des néons aveuglants. Au milieu de ces prestations d’un genre nouveau, Montag le Magnifique (Crispin Glover, Willard) et son clochard d’assistant (Jeffrey Combs, Re-Animator bien sûr) présentent leur tour de magie. Alors que le SDF crasseux avale des asticots ou décapite un rat avec les dents, Montag opte pour un spectacle autrement plus inédit, invitant sur sa scène une demoiselle… qu’il étripe. Que le public se rassure, une fois les lumières rallumées, la jolie colombe a toujours toutes ses plumes, le meurtre n’étant qu’une illusion rondement menée. Mais le lendemain, Ed apprend que la pauvre fut retrouvée morte, le ventre à l’air. Persuadé qu’il tient là le scoop de l’année et que Montag fait bel et bien du méchoui de ses invitées, le gazetier mène l’enquête et s’enfonce dans tout ce que les bas fonds ont de plus dérangeant.

 

 

Si Kasten respecte les grandes lignes de The Wizard of Gore premier, et qu’il ne manque bien évidemment pas de faire couler les rivières vermeilles sur les poitrines dénudées des strip-teaseuses embauchées pour se faire décapiter, brûler vives ou démembrer, il n’en tourne néanmoins pas assez vite le dos au vieux Lewis et s’en va chasser l’inspiration sur des terres dites plus respectables. Tout gore soit-il, son Sorcier Macabre ne mise jamais pleinement sur les geysers cramoisis (souvent incorporés via des images de synthèses pas trop malheureuses) et préfère les tourments psychologiques à ceux de la chair. Comme dans un Memento ou un Insomnies, Ed sentira le sol se dérober sous lui à mesure qu’il s’engouffre dans toujours plus de scènes de crime, d’arrière-boutiques fétides, de soirées où se réunissent des troupeaux entiers de marginaux, tous drogués par une substance rare que Montag pourrait répandre pour faciliter l’entrée de ses trompe-l’œil dans l’esprit affaibli de son assistance toute entière. Perdu dans ses propres cauchemars et ceux que l’illusionniste lui dépose à l’arrière du crâne, Ed en vient même à se demander si le coupable de ces crimes, ce ne serait pas lui… Ambitieux chantier que celui de mêler l’exploitation la plus choc des sixties au thriller presque complotistes, pas si loin dans le style de Chinatown ou L.A. Confidential, et donc de se tenir aussi loin que possible de la Série B de base. Et pas sûr que nos charpentiers aient tous les outils en main pour bâtir le temple du polar lugubre auquel ils aspirent. Si le budget, bien que réduit, semble confortable (figuration en suffisance, décors toujours crédibles, très beaux éclairages, la présence d’acteurs confirmés comme Combs, Glover et même Brad Dourif…) cela coince question écriture, car à trop vouloir dérouter leur protagoniste principal en multipliant les twists et les découvertes incroyables, les auteurs ne parviennent plus non plus à distinguer le nord du sud. En résulte un dernier acte brouillon, où l’on nous assène avec un sérieux de fer toujours plus de révélations, jusqu’à ce que l’on finisse par ne plus rien y comprendre et qu’un clapet se ferme dans notre pauvre petit crâne, bassement assiégé par plus de retournements de situations qu’il ne saurait en contenir. Le Sorcier Macabre, alors qu’il tentait d’affiner un bête sleazy show, finit presque par se retrouver sous celui-ci, qui n’était certes pas d’une finesse exemplaire, mais dont le twist final avait au moins le bon sens de s’en remettre au second degré. La pilule passait d’une gorgée, alors qu’il nous faudra ici un bidon entier d’eau plate pour avaler un final tiré par la tignasse.

 

 

Dommage d’ailleurs que Kasten se paume dans le labyrinthe qu’il a lui-même construit, car si ce n’est ce dernier acte qui nous reste coincé dans la gorge, le reste de son low budget séduit. Bonne, l’idée d’étirer le côté macabre du spectacle de Montag (très bon Crispin Glover en magicien volontairement campy) à toute la région, véritable base de gens malhonnêtes et de sinistres magouilleurs. Et très sympa cet univers très « culture alternative » (les connaisseurs reconnaîtront d’ailleurs Evan Seinfeld, chanteur de Biohazard), où tout le monde semble tatoué et percé de la tête aux pieds, où les meufs semblent de retour d’un concert de Type O Negative, où les mecs sont soit des gros crados soit déguisés en monstres, et où le type le plus solide moralement est un coroner (Joshua John Miller, Near Dark, et le script de The Final Girls). The Wizard Of Gore n’est jamais aussi réussi que lorsqu’il nous trimballe d’un restaurant chinois où sont attablés des mafieux à une salle d’opération improvisée où on se soigne à coups de sangsues. Quand il jongle avec les lumières pétantes du pourtant sombre spectacle de Montag pour ensuite filer se réfugier dans le hangar maussade où se terre Ed. Bel univers, en somme, et c’est bien dommage que le reste ne suive pas toujours… Mais ne chouinons pas trop à l’encontre d’un remake qui se refuse à recopier bassement son aîné et tente d’y injecter un soupçon supplémentaire d’âme, car c’est assez rare pour être salué.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jeremy Kasten
  • Scénario : Zach Chassler
  • Production : Jeremy Kasten, Daniel Gold, Dan Griffiths
  • Titre original : The Wizard of Gore
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kip Pardue, Bijou Phillips, Crispin Glover, Brad Dourif
  • Année: 2007

2 comments to Le Sorcier Macabre

  • Denis  says:

    J’avais bien aimé, et Cristin Glover m’a toujours légèrement fichu les jetons.
    Même dans retour vers le futur, c’est pour dire…

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