Day the World Ended

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La fin des uns signe parfois le début des autres. En témoigne ce Day the World Ended (1955) qui nous chantait l’apocalypse nucléaire, et peut-être les derniers jours d’une humanité bosselée et réduite à peau de chagrin, mais propulsait aussi Roger Corman très haut dans le ciel des producteurs orientés low budget. On peut d’ailleurs comprendre que la AIP se soit éprise une bonne fois pour toutes du bonhomme, car pour une enveloppe à moitié vide le futur réalisateur de L’Attaque des Crabes Géants et La Chute de la Maison Usher fait quasiment des merveilles.

 

 

Il ne sera d’ailleurs pas le seul à sortir grandi de cette fin des temps anémique, Paul Blaisdell, modeleur de bestioles à antennes et mouleur de Martiens à tête de choux, prouvant que pour de la petite mitraille et des délais intenables il savait donner vie à des centaures aux sabots mal accrochés, certes, mais existant bel et bien. Ce que Corman avait entrevu dès leur premier effort commun, The Beast with a Million Eyes (1955 aussi). Oui, il manquait quelques paires de mirettes au monstre, pas loin d’un million en fait si l’on compte bien, mais assemblé en un temps record avec en poche quelques malheureux 200 billets, et pour tout salaire 200 de plus, Blaisdell avait prouvé au futur nabab du petit budget que l’on pouvait compter sur lui. On le réengage donc pour corroyer un mutant aux contours métalliques, que le petit chef Roger filmera assez peu, conscient que s’il faut faire honneur à la belle affiche du film et ne pas arnaquer le public en le privant de la bestiole qu’il venait zieuter, il faut aussi savoir laisser ses chimères aux ombres si leurs cornes sont mal accrochées. De toute façon, le réalisateur semble assez peu motivé à donner dans le creature feature pur et simple – ce qui ne l’empêchera pas de se rouler dedans par ailleurs et par la suite – et assure qu’il souhaitai donner dans le thriller psychologique, et qu’à sa monstruosité il préférait la compagnie des survivants d’un monde soufflé par les bombes atomiques. L’ancien capitaine des armées Jim Maddison (Paul Birch, Not of This Earth et The Beast with a Million Eyes, toujours chez le pape du gros B) a résisté à la bise thermonucléaire, lui, et confortablement installé dans une vallée dont les vents forts et le plomb contenu dans la roche servent de bouclier à sa personne et à sa fille Louise (Lori Nelson, mouillée dans le black lagoon pour Revenge of the Creature), et leur permettent de ne pas muter en d’inhumaines créatures. Jouissant de réserves bien fournies, et Jim disposant de tout un équipement (compteurs Geiger et tout le toutim) et d’un savoir scientifique plus que pratique, la survie semble assurée. C’est sans compter sur l’arrivée d’autres rescapés de l’holocauste nucléaire : Rick le beau et honnête militaire (Richard Denning, The Black Scorpion, Creature from the Black Lagoon), Tony le petit truand (Mike Connors, la série Mannix), la strip-teaseuse Ruby (Adele Jergens, d’ordinaire assez peu habituée au fantastique), le chercheur d’or constamment aviné Pete (Raymond Hatton, Invasion of the Saucer-Men) et son canasson Diablo. Et puis il y a Radek (Paul Dubov, Shock Corridor), retrouvé dans la purée de pois empoisonnée, dont il ressorti la peau calleuse, avec une insatiable faim de viande crue et la sinistre habitude d’aller rôder dans les hauteurs de la montagne, là où les radiations sont les plus fortes. Plus inquiétant encore : à ses retours, Radek prétend avoir croisé « les autres », personnages qu’il ne se risque ni à définir ni à décrire, mais qu’il assure être un danger pour les réchappés de la grande étincelle qui enflamma le monde…

 

 

Malgré un inamovible statut de monster movie, Day the World Ended ne mise finalement que fort peu, ou en tout cas secondairement, sur son colosse errant. Un mutant au nez pointu, muni de griffes acérées, aux oreilles tranchantes et à la peau rocailleuse tout en étant caoutchouteuse, un peu craignos monster sur les bords évidemment, mais franchement bien torché au vu des conditions de travail avec lesquelles Blaisdell devait composer. Mais prévoyant peut-être plusieurs décennies à servir la soupe aux goules en tous genres, Corman se détourne donc de ces humains d’hier devenus les monstres de demain, et plutôt que de trotter en leur compagnie entre les roches du Bronson Canyon, il file s’installer sur le canapé du pauvre Jim Maddison, malgré lui forcé de faire l’arbitrage entre tous ses nouveaux compagnons, tous versés sur la querelle. La faute, malgré elle aussi, à la jolie Louise, objet de convoitise à la fois pour le costaud Rick et la canaille Tony, tous deux conscients qu’il faudra repeupler la planète une fois les vapeurs toxiques disparues. Tant qu’à s’aliter, autant que ce soit avec la plus jolie fille de la bicoque. De quoi rendre jalouse la pauvre Ruby, éprise de son mauvais garçon de Tony, dont le but est de s’emparer des pétoires de Jim, liquider tous ses petites copains et garder toute la boustifaille pour lui et une Louise ne voulant pourtant pas de sa rustre compagnie. Un chassé-croisé de problèmes, où amour, bataille de coqs, phobie d’un monde extérieur dévasté et suspicions des mauvaises intentions de comparses parfois en pleine mue rend la vie impossible à un petit groupe se battant pour un peu d’air sain et des lendemains qui chantent.

 

 

De quoi faire de ce quasi huis-clos un ancêtre des films de bunker façon 10 Cloverfield Lane ou The Divide, où finalement le cadre fantastique sert d’excuse pour réunir des protagonistes à bout de nerfs et les voir se déchirer. Corman se penche sur une fourmilière, et se sert de son mutant comme d’un bâton pour troubler encore un peu plus ses charpentières se rêvant, pour certaines, pharaons. Sans aller jusqu’à considérer Day the World Ended comme passionnant, il faut bien reconnaître que la méthode fonctionne mieux que bien, à la grâce de comédiens d’un niveau supérieur par rapport au reste de la production typée exploitation, et dont on retire surtout Mike Connors et son physique à la Sean Connery, impeccable en fourbe ruminant dans son coin et attendant les belles occasions pour s’emparer d’un trône juché au sommet d’un monde décrépit. Au milieu de cette lutte de pouvoir ne disant pas son nom, où les mâles bombent les torses pour impressionner ces dames, la bestiole hideuse n’a finalement pas grand-chose à faire, mais le seul poids de son ombre pèse sur le film tout entier, et rappelle que Corman était bien plus qu’un simple alimentateur de pinces et mandibules en carton.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Roger Corman
  • Scénario : Lou Rusoff
  • Production : Roger Corman, Samuel Z. Arkoff, James H. Nicholson
  • Pays : USA
  • Acteurs : Paul Birch, Richard Denning, Lori Nelson, Mike Connors
  • Année : 1955

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