House 3 – The Horror Show

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Sean S. Cunningham, apôtre du changement et de la redéfinition perpétuelle, ou capitaine privé de sa boussole naviguant à vue ? Dans tous les cas, après deux House tous publics, et dont le sympathique second volet flirtait avec l’enfantin en convoquant une chenille à tête de chien et un mignon ptérodactyle, le producteur braque dès le troisième opus et mise sur la découpe de gosses. Sans doute un reste de ses dernières vacances à Crystal Lake, et a tous les coups une envie de toiser Freddy Krueger sur son propre terrain.

 

 

Car on y pense à l’oeuvre de Wes Craven au fil du récit sordide de Max Jenke (Brion James, Blade Runner, Tango et Cash), sanguinaire dément hachant menu qui lui passe sous la main et que finit par coffrer le flic de choc Lucas McCarthy (Lance Henriksen, Aliens, Pumpkinhead). Direction la chaise électrique pour notre furieux qui, hilare, promet de revenir hanter McCarthy et faire s’effondrer son petit monde. Dont acte : très vite le fantôme électrique de Jenke va se glisser dans la maisonnée du détective et lui pourrir ses nuits, moins belles que ses jours. De cauchemar en cauchemar, le bon père de famille perd pied et sa petite famille se met à le regarder de travers, le soupçonnant même de meurtres évidemment commis par le spectre du mad butcher. Un peu de Shocker, sorti la même année et donc que ce House III n’aurait probablement pas eu le temps de véritablement copier, un peu des Griffes de la Nuit (l’humour noir de Jenke, un décorum fait de vieille usine et de caves cradingues) et l’affaire est dans le sac. Enfin, sauf pour la MGM, censée distribuer le film et qui tique sacrément en découvrant que la saga aux haunted houses consommable de 7 à 77 ans plonge la tête la première dans l’exploitation la plus crapuleuse. Plutôt que de dérouter un public qui en était resté à de jolis zanimaux préhistoriques et de gentilles bagarres avec des guerriers Maya, on opte pour le changement de titre, et House III devient The Horror Show, sobriquet dénué de toute originalité mais aux intentions claires. Du changement, il y en a aussi en coulisse, secouées par un scénariste refusant d’être crédité mais aussi par le renvoi du réalisateur David Blyth (Death Warmed Up), viré après quelques jours à peine et remplacé par James Isaac, connu pour avoir par la suite fait voir des étoiles à Jason Voorhees via Jason X. Pas tout à fait un film maudit (on ne parle pas non plus de la débandade Spookies), mais pas loin quand même. D’autant que The Horror Show doit subir de sévères coupes d’une censure toujours prêtes à écrabouiller une petite production…

 

 

Le premier film du regretté James Isaac, emporté par le cancer en 2012, a néanmoins de beaux restes en la matière, et débute par un quadruple meurtres faisant rentrer son Max Jenke dans la catégorie des mabouls à ne pas chatouiller. Des trois policiers lancés à ses trousses, il en décapite deux, plongeant la caboche du premier dans la friteuse et servant celle du deuxième avec des petits pois. Quant au troisième, il finit démembré et se videra de son sang en sanglotant dans les bras d’un Lucas McCarthy sachant déjà qu’il vient de mettre une godasse en enfer. Et lorsque ce dernier retrouve enfin son beau diable, caché derrière une gamine d’une dizaine d’années, c’est pour voir la petite se faire guillotiner à son tour, Jenke allant jusqu’à jeter la tête de la gosse sur un Lucas affolé. Pour bien débuter, House III débute bien, et met une sacrée distance entre lui et les efforts précédents de Steve Miner et Ethan Wiley. N’empêche que l’on voit où veut en venir Isaac (et un petit peu Blyth), a priori peu intéressé par les classiques films de maisons hantées. The Horror Show n’en est d’ailleurs pas un stricto sensu, et plus que la baraque du pauvre Lucas, c’est le bonhomme en lui-même qu’il semble suivre. Notre revenant ne s’en tient d’ailleurs pas à la petite maisonnée, et peut fort bien aller égorger de pauvres gens à l’autre bout de la ville. On n’est pas dans la chambre à coucher des Amityville quoi, et Isaac, comme beaucoup de jeunes réalisateurs à l’oeuvre pour la première fois, met tout ce qu’il aime dans son gros mixer. Le slasher avec le géant Max Jenke se baladant le hachoir à viande à la main, le body horror à la Cronenberg (mentor de Isaac) lorsque Henriksen se retrouve avec une large plaie au torse (Videodrome!) ou que la fille du héros tombe enceinte du vilain fantôme et voit son bide se déformer, pour finalement laisser s’échapper un bébé difforme (La Mouche!), et puis un peu le film d’ectoplasme lorsque l’âme brumeuse de Jenke virevolte et s’en va posséder une chaudière. Isaac vise le schlock factor en somme, et veut en balancer plein l’écran, non sans garder un certain sérieux, apporté par les tourments d’un pauvre McCarthy ne sachant plus s’il affronte un esprit maléfique ou s’il a sombré dans la folie.

 

 

L’équilibre entre l’exploitation qui s’assume et l’épouvante plus psychologique vient d’ailleurs des deux acteurs principaux, qui nous proposent deux écoles différentes question acting. Lance Henriksen, fidèle à lui-même, traverse le film sans desserrer la mâchoire ou presque, comme s’il se demandait encore comment il a pu glisser du fréquentable Aliens à des Séries B comme celles-ci. Brion James, c’est l’inverse. Heureux de jouer Max Jenke, rôle préféré du comédien, le colosse sautille, grimace comme un diablotin monté sur ressors, balance des punchlines par paquet de douze (« Tout ce que vous êtes parvenus à faire, c’est me donner la gaule » lance-t-il à ceux qui viennent de l’électrocuter), crache son hostie sur le prêtre venu lui donner les derniers sacrements et ricane comme Elmer Fudd, le chasseur rêvant de faire du civet de lapin de Bugs Bunny. Dans un surjeu presque constant, le regretté Brion rayonne et fait de House III son Horror Show. Si cet oubliable mais fort divertissante entrée dans une franchise plus schizophrène que jamais doit être visionnée, c’est avant tout pour lui.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : James Isaac, David Blyth
  • Scénario : Allyn Warner, Leslie Bohem
  • Production : Sean S. Cunningham
  • Pays : USA
  • Acteurs : Lance Henriksen, Brion James, Rita Taggart, Dedee Pfeiffer
  • Année : 1989

 

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